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Inquiets pour leur avenir, un millier de jeunes manifestent à Nicosie

26/03/2013 10:02 EDT | Actualisé 26/05/2013 05:12 EDT

"Les politiciens ont fait des erreurs et nous allons en payer le prix", s'indigne Evan Ieridou, une lycéenne de 17 ans. Comme elle, plus d'un millier de jeunes Chypriotes ont manifesté mardi, inquiets pour leur avenir qui s'est brutalement assombri sur l'île au bord de la faillite.

"L'argent de ma famille est à la Laiki, on va nous le prendre. Je veux étudier à l'étranger, mais je n'aurai pas de travail en rentrant", souligne la jeune fille.

Après s'être rassemblés devant le Parlement, les manifestants se sont dirigés vers le palais présidentiel pour protester contre les mesures du plan de sauvetage européen en scandant: "Ceux qui ont volé notre argent doivent payer et aller en prison".

Chypre a accepté ce week-end une réduction drastique de son système bancaire, en contrepartie d'une aide internationale de dix milliards d'euros.

La deuxième banque du pays, Laiki Bank, va disparaître, et la première, la Bank of Cyprus, va être profondément restructurée, au prix de lourdes pertes pour les dépôts supérieurs à 100.000 euros et vraisemblablement en termes d'emplois.

"Mon père travaille pour la Bank of Cyprus. A cause du plan de sauvetage, il va être viré. Je voulais étudier à l'étranger, mais je ne sais pas ce qui va se passer maintenant", affirme Andreas, 15 ans, dans un anglais hésitant.

"Nos parents vont perdre leur emploi, ils vont devoir retirer leurs enfants des écoles privées et les mettre dans des écoles publiques", déplore de son côté Sophia Brown, jeune anglo-chypriote de 16 ans qui fréquente un lycée privé anglophone.

Après des années de prospérité, grâce en partie au secteur bancaire et aux services financiers qui y sont liés, l'île s'attend désormais à des années difficiles.

"Notre génération a eu de la chance, nous avons eu des opportunités sur le plan économique et sur le plan de l'éducation que les générations à venir n'auront peut-être pas", reconnaît Marios Iracleos, 33 ans, employé dans le secteur des services.

Lucia, retraitée de 67 ans, a décidé de faire un bout de chemin avec les jeunes par solidarité: "Je suis triste pour eux. Leur avenir va être très difficile. Encore plus difficile qu'en Grèce".

A quelques rues de là, installés aux terrasses des cafés clinquants d'une artère animée de la capitale, certains Chypriotes estiment cependant que la partie sera beaucoup plus difficile pour ceux qui arrivent sur le marché du travail ou qui vont devoir se battre pour garder leur emploi.

"Notre génération est dans une situation plus difficile. Nous travaillons et nous sommes directement concernés. Leur génération a encore quatre ou cinq années d'études" devant elle, affirme Ploutarchos Christodoulou, 25 ans, employé par l'agence de chasseurs de tête de son père.

Pour lui, ce sont surtout les jeunes de 22-25 ans aujourd'hui qui vont avoir du mal à rester sur l'île.

Son ami, Panayiotis Placotas, 28 ans, chimiste dans une usine de dessalement, est également optimiste pour les lycéens: "D'ici leur entrée sur le marché du travail, dans quatre ou cinq ans, la situation se sera améliorée. Et puis nous avons le gaz maintenant", souligne-t-il, en référence aux importants gisements de gaz naturels récemment découverts au large de Chypre.

tg/sw/fc

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