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Chypre: les banques toujours fermées, incertitude sur leur réouverture

26/03/2013 01:20 EDT | Actualisé 26/05/2013 05:12 EDT

Les banques de Chypre sont restées fermées mardi, pour le onzième jour consécutif, et rien ne dit qu'elles rouvriront jeudi comme prévu, malgré l'annonce d'un plan de sauvetage européen encore loin d'avoir calmé toutes les inquiétudes dans l'île et en Europe.

Les autorités chypriotes mènent "des efforts intenses", selon le gouvernement, "surhumains" selon la banque centrale, pour permettre la réouverture jeudi des banques, déjà reportée à plusieurs reprises.

Chypre redoute une fuite massive des capitaux, en particulier étrangers, dès que les guichets seront ouverts et les virements via internet à nouveau possibles.

En dépit d'un plan de sauvetage européen décidé à la dernière minute ce week-end, la tension restait forte à Nicosie, où des agents de sécurité sont désormais postés devant certaines banques.

Entre 100 et 200 employés de la Bank of Cyprus, la première du pays, ont manifesté mardi après-midi devant la banque centrale, avant d'être reçus par un responsable au siège de leur banque.

Plus tôt dans la journée, un millier de lycéens, inquiets pour leur avenir, ont également manifesté dans le centre de Nicosie. "Les politiciens ont fait des erreurs et nous allons en payer le prix", s'est indignée Evan Ieridou, une lycéenne de 17 ans.

Chypre a accepté ce week-end une réduction drastique de son système bancaire, en contrepartie d'une aide internationale de dix milliards d'euros.

La deuxième banque du pays, Laiki Bank, va disparaître, et la Bank of Cyprus va être profondément restructurée, au prix de lourdes pertes pour les dépôts supérieurs à 100.000 euros et vraisemblablement en termes d'emplois.

Première victime de ce plan drastique, Andreas Artemis, président de Bank of Cyprus, la plus importante du pays, a démissionné mardi.

Les clients de Bank of Cyprus et Laiki Bank ne peuvent retirer que 100 euros par jour aux distributeurs, et pour éviter une fuite des capitaux, d'autres contrôles seront mis en place pour "quelques semaines", selon le ministre des Finances, Michalis Sarris.

"On finit par s'y habituer", a plaisanté Paris, gérant d'un salon de coiffure, avant de reconnaître, la mine assombrie, que la fréquentation de son salon avait diminué d'au moins un tiers ces dix derniers jours. "Quand les gens n'ont pas assez de liquide, ils se concentrent sur l'essentiel".

Les Chypriotes commencent toutefois à s'inquiéter. "J'ai des chèques chez moi, mais je ne veux pas les déposer à ma banque. Comment est-ce que je peux être sûr qu'ils vont créditer mon compte", s'inquiètait le propriétaire d'une petite imprimerie.

De nombreuses entreprises chypriotes peinent à fonctionner normalement, et certaines d'entre elles risquent d'être rapidement "poussées à la faillite", selon la chambre de commerce chypriote.

Le gouvernement a annoncé qu'une commission serait chargée d'enquêter sur les responsabilités dans ce désastre économique, et annoncé des démarches pour essayer de faire baisser le prix de l'électricité.

M. Sarris a également répété que ces sacrifices étaient nécessaires pour éviter une "catastrophe totale" en cas de sortie de l'euro.

La crise est aussi un véritable casse-tête pour les nombreuses petites entreprises russes qui font transiter leurs fonds à Chypre pour des raisons fiscales et se retrouvent confrontées à des difficultés de trésorerie liés à la paralysie du système bancaire.

Mardi, les marchés financiers internationaux retrouvaient un peu de sérénité, après des propos très controversés de Joeren Dijsselbloem, le patron de l'eurogroupe, qui rassemble les ministres des Finances de la zone euro.

Les principales bourses européennes ont clôturé en timide hausse, à l'exception des bourses de Madrid, Milan et surtout Athènes, où la chute a frôlé les 5%. Les investisseurs en Grèce s'inquiètent en effet des conditions de la reprise par un établissement local, la Banque du Pirée, de trois filiales grecques de banques chypriotes.

L'euro, de son côté, oscillait autour de 1,2850 dollar en fin d'après-midi, après avoir chuté la veille jusqu'à 1,2830, un niveau plus vu depuis le mois de novembre.

M. Dijsselbloem a en effet laissé entendre que la solution apportée à Chypre pourrait être appliquée à d'autres pays fragiles de la zone euro. Quelques heures plus tard, il est revenu sur ses propos, affirmant que Chypre était un cas spécifique.

"L'expérience de Chypre n'est pas un modèle pour le reste de la zone euro, parce que la situation avait atteint une ampleur qui n'est comparable à aucun autre pays", a estimé mardi Benoit Coeuré, membre du directoire de la BCE.

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