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Chypre: les banques toujours fermées, les marchés retrouvent leur calme

26/03/2013 06:31 EDT | Actualisé 26/05/2013 05:12 EDT

Les banques de Chypre sont restées fermées mardi, pour le onzième jour consécutif, par crainte d'une fuite massive de capitaux malgré l'annonce d'un plan de sauvetage européen, encore loin d'avoir calmé toutes les incertitudes sur l'île et en Europe.

Première victime de ce plan drastique de réduction du secteur bancaire chypriote, Andreas Artemis, président de Bank of Cyprus, plus importante du pays, a démissionné mardi.

Selon des sites internet locaux, il a renoncé à ses fonctions pour protester contre les modalités d'absorption par Bank of Cyprus de Laiki Bank, la deuxième banque du pays, qui sera pour sa part mise en liquidation.

La tension restait forte à Nicosie où des agents de sécurité sont désormais postés devant certaines banques. Au point que le ministre chypriote des Finances Michael Sarris a finalement décidé tard lundi soir de reporter à jeudi la réouverture des banques, fermées depuis le 16 mars.

"Nous faisons face à une urgence, c'est véritablement une expérience sans précédent à laquelle nous sommes confrontés", a-t-il expliqué mardi à la BBC.

Chypre redoute une fuite massive des capitaux, en particulier étrangers, dès que les clients pourront à nouveau faire des transferts sur internet ou se rendre au guichet.

Les clients de Bank of Cyprus et Laiki Bank ne peuvent retirer que 100 euros par jour aux distributeurs, et d'autres contrôles seront mis en place à partir de jeudi, pour "quelques semaines" selon le ministre.

Les Chypriotes, résignés, ont renoncé mardi matin à se rendre aux guichets. "On finit par s'y habituer", a plaisanté Paris, gérant d'un salon de coiffure, avant de reconnaître, la mine assombrie, que la fréquentation de son salon avait diminué d'au moins un tiers ces dix derniers jours.

"Quand les gens n'ont pas assez de liquide, ils se concentrent sur l'essentiel", a-t-il souligné.

Les Chypriotes commencent toutefois à s'inquiéter. "J'ai des chèques chez moi, mais je ne veux pas les déposer à ma banque. Comment est-ce que je peux être sûr qu'ils vont créditer mon compte", s'inquiètait le propriétaire d'une petite imprimerie.

La crise est aussi un véritable casse-tête pour les nombreuses petites entreprises russes qui font transiter leurs fonds à Chypre pour des raisons fiscales et se retrouvent confrontées à des difficultés de trésorerie liés à la paralysie du système bancaire.

Dans la matinée, 1.500 étudiants inquiets pour leur avenir ont protesté dans le centre de Nicosie contre le plan de sauvetage décidé dans l'urgence ce week-end entre les autorités chypriotes, les Européens et le Fonds monétaire international (FMI).

Chypre recevra une aide de dix milliards d'euros de la part de ses bailleurs de fonds mais en contrepartie, l'île méditerranéenne devra réduire drastiquement son système bancaire, au prix de lourdes pertes pour les plus gros déposants des deux principales banques de l'île.

Ce plan, qui a permis à Chypre de sauver in extremis sa place dans l'euro, a d'abord été plutôt bien accueilli par les marchés. Mais les conclusions tirées lundi devant la presse par Joeren Dijsselbloem, le patron de l'Eurogroupe, ont fait plonger les bourses et la monnaie unique.

Le ministre néerlandais des Finances a en effet laissé entendre que la solution apportée à Chypre pourrait être appliquée à d'autres pays fragiles de la zone euro. Quelques heures plus tard, il est revenu sur ses propos, affirmant que Chypre était un cas spécifique.

Mardi, les marchés financiers retrouvaient un peu de sérénité. Les principales bourses européennes évoluaient timidement dans le vert dans l'après-midi, à l'exception des bourses de Madrid, Milan et surtout Athènes, où la chute a dépassé les 5%. Les investisseurs s'inquiètent des conditions de la reprise par un établissement local, la Banque du Pirée, de trois filiales grecques de banques chypriotes.

L'euro, de son côté, restait relativement stable autour de 1,2870 dollar, après avoir chuté la veille jusqu'à 1,2830, un niveau plus vu depuis le mois de novembre.

"M. Djisselbloem a eu tort de dire ce qu'il a dit", a jugé mardi matin Benoit Coeuré, membre du directoire de la BCE. "L'expérience de Chypre n'est pas un modèle pour le reste de la zone euro, parce que la situation avait atteint une ampleur qui n'est comparable à aucun autre pays".

Insistant sur la situation "tout à fait unique" de Chypre, M. Coeuré a écarté tout risque de contagion: "C'était une place financière offshore, ça n'existe pas ailleurs dans la zone euro".

Des propos repris à Athènes par le ministre des Finances Yannis Stournaras: "La solution sur Chypre ne concerne que Chypre en raison de son système bancaire particulier, il n'y pas de direction (pour des décisions) en ce sens" en Europe.

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