NOUVELLES

Trépanier congédié pour mieux rester

25/03/2013 09:01 EDT | Actualisé 25/05/2013 05:12 EDT

EN DIRECT - Le représentant officiel d'Union Montréal affirme qu'en février 2006 le maire Gérald Tremblay lui a demandé de mettre à la porte Bernard Trépanier. Marc Deschamps dit ne pas avoir su, à l'époque, pourquoi le maire voulait mettre fin au contrat de l'argentier d'Union Montréal. Encore maintenant, il soutient n'en savoir que peu de chose.

Sous la pression du procureur Paul Crépeau, mais aussi des commissaires, M. Deschamps a reconnu que Bernard Trépanier avait été congédié « pour la forme », puisqu'il est demeuré très actif pour le financement du parti.

M. Deschamps soutient avoir eu, en octobre 2012, une conversation avec l'ex-maire lors de laquelle ce dernier lui a dit que M. Trépanier devait partir en raison de sa proximité avec le président du comité exécutif Frank Zampino, mais aussi pour une raison inconnue dont M. Deschamps dit, à ce jour, ne pas connaître la teneur.

Il a laissé entendre que le maire Tremblay viendrait lui-même exposer cette seconde raison au cours de son éventuel témoignage devant la commission.

Bernard Trépanier quitte officiellement en février 2006, avec 4 mois de salaire en poche et une prime de 25 000 $. Son poste est officiellement aboli. Il fera cependant par la suite de la sollicitation en bonne et due forme pour le parti, muni de certificats officiels signés par Marc Deschamps en 2006, 2007, 2008 et 2009.

Selon lui, Bernard Trépanier n'a pas été informé des raisons de sa mise à pied. « Je n'ai rien fait. Pourquoi? » aurait-il dit lorsqu'il l'a appris.

Le procureur Crépeau a suggéré que M. Trépanier avait quitté après que le maire eut été informé qu'il avait tenté d'extorquer 1 million de dollars au promoteur immobilier Smart Centre dans le cadre d'un projet dans le quartier Saint-Michel. Le témoin a dit ne pas être au courant d'une telle histoire.

Le procureur Crépeau a aussi suggéré que le directeur d'Union Montréal avait emporté des boîtes remplies d'argent lorsqu'il avait quitté son bureau à la permanence du parti en 2006. Là encore, le témoin a dit ne pas être au courant.

Selon Marc Deschamps, le comité exécutif d'Union Montréal n'a appris le départ de Trépanier qu'après coup. Il précise d'ailleurs qu'aucune lettre officielle n'a été envoyée au directeur du financement du parti.

M. Deschamps nie avoir su que M. Trépanier collectait illégalement de l'argent auprès d'ingénieurs et d'entrepreneurs et soutient qu'aucune rumeur de financement illégal n'était dans l'air à l'époque de son départ. Il dit d'ailleurs que le maire et M Trépanier se sont rencontrés après 2006, lors d'activités de financement pour le parti organisées par ce dernier.

M. Deschamps a indiqué que ce dernier s'est notamment occupé d'un événement officiel de financement pour le maire. Il mentionne aussi une rencontre, en décembre 2007 au club privé 357c, lors de laquelle étaient réunis le maire ainsi que MM. Zampino et Trépanier.

Selon ce qu'ont déclaré plusieurs hauts dirigeants des plus importantes firmes de génie-conseil du Québec, Bernard Trépanier gérait un système de financement occulte du parti avec l'appui de Frank Zampino.

M. Deschamps a par ailleurs affirmé que, lors de sa conversation avec le maire en octobre 2012, le jour même du témoignage de Martin Dumont, les deux hommes avaient convenu que jamais il n'y avait eu de rencontre en 2004 avec ce dernier en marge d'une élection partielle dans l'arrondissement de Saint-Laurent. L'ex-organisateur politique d'Union Montréal a soutenu puis maintenu devant la commission qu'il s'était rendu à une rencontre au cours de laquelle M. Deschamps lui avait dit, devant le maire Tremblay, que le parti pratiquait une double comptabilité.

Trépanier, Zampino et Tremblay très attendus

La Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction entreprend une semaine qui s'annonce fort chargée, avec les témoignages attendus du directeur du financement du parti Union Montréal Bernard Trépanier, de l'ex-président du comité exécutif de la Ville Frank Zampino, et de l'ex-maire de Montréal Gérald Tremblay.

Tous trois ont été dûment convoqués par la commission, qui refuse cependant de préciser à quel moment ils seront entendus.

Les audiences publiques ont repris entre-temps avec Marc Deschamps. Cet associé de la firme de comptables Raymond Chabot Grant Thornton, qui agit depuis 2001 comme trésorier et représentant officiel d'Union Montréal (autrefois connu sous le nom d'Union des citoyens et citoyennes de l'île de montréal, UCIM), a été appelé à la barre des témoins jeudi dernier.

M. Deschamps devrait être interrogé sur le fait qu'il a siégé au comité de sélection qui a sélectionné Frank Catania et associés dans le dossier du projet immobilier Faubourg Contrecoeur, alors que sa firme avait des mandats avec l'entrepreneur et que lui-même était le comptable personnel de Paolo Catania, selon le témoignage de l'enquêtrice Isabelle Toupin.

Cette dernière portion du témoignage ne sera cependant pas livrée publiquement. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a déposé une requête partielle et préventive de non-publication afin de « préserver l'équité procédurale » dans le cadre du procès que doivent subir Frank Catania et associés et huit personnes, dont Frank Zampino et Bernard Trépanier, dans le dossier du Faubourg Contrecoeur.

Au coeur des finances d'Union Montréal

Marc Deschamps avait accès à toutes les informations sur la comptabilité du parti Union Montréal, dont il signait d'ailleurs les états financiers. À titre de représentant officiel du parti, il en était l'agent officiel lors de périodes électorales, y compris lors d'élections partielles.

M. Deschamps a d'ailleurs précisé qu'il lui revenait de signer les certificats que doivent obligatoirement détenir les solliciteurs du parti. Selon lui, un « nombre considérable de certificats de sollicitation pouvait être en circulation à une période donnée ».

« Je les ai tous signés. On a vu qu'en 2001 il pouvait y avoir quelques exceptions où ma signature pouvait manquer, où la signature de la personne désignée solliciteur pouvait manquer, mais ce sont des circonstances excessivement exceptionnelles », a-t-il noté.

« Une fois que le certificat a été émis, il y a une gestion de date d'échéance. Évidemment, il est possible d'y mettre une date d'échéance, et il est physiquement impossible de vérifier pour savoir si, cinq ans après, la personne sollicite encore, si elle est décédée, ou quoi que ce soit », a-t-il précisé.

« Au début, nos pratiques étaient peut-être [...] un peu plus approximatives, on n'a peut-être pas mis de date d'expiration », a-t-il laissé tomber.

Le parti devait tenir une liste de ses solliciteurs, mais n'avait pas à la transmettre au Directeur général des élections du Québec, a-t-il dit.

Marc Deschamps a expliqué que son rôle consistait notamment à vérifier la légalité des contributions faites à Union Montréal. Pour qu'une contribution soit officielle, a-t-il dit, elle doit être déposée dans le compte du parti.

La loi, a-t-il spécifié, exige qu'un donateur réside sur l'île, y détienne un titre de propriété foncière ou ait le titre d'associé dans une société de personnes ayant une place d'affaires à Montréal. Cela doit être vérifié avant qu'une contribution ne soit déposée dans le compte du parti.

Dans le cas des contributions par Internet cependant, l'argent est d'abord déposé dans le compte, et la vérification s'effectue après coup.

Marc Deschamps a aussi mentionné que, si la grande majorité des électeurs sont des résidants de la Ville, les propriétaires fonciers ont également le droit de voter, tout comme les associés de sociétés en nom collectif qui ont une place d'affaires à Montréal.

L'agent officiel d'Union Montréal a dit qu'il avait commencé à faire de la politique en 1989, lorsque Gérald Tremblay s'était présenté comme député libéral dans Outremont. M. Deschamps a ensuite été le représentant officiel de l'association libérale de la circonscription jusqu'en 2011.

Il n'a quitté ce poste que cette année-là, lorsqu'il s'est joint à la Coalition avenir Québec, dont il a brièvement été l'agent officiel. Il a quitté cet autre poste au moment où s'amorçait la campagne électorale de 2012, en raison d'allégations à son endroit dans le dossier du Faubourg Contrecoeur.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

 

PLUS:rc