Roxane Pitre: police dans l'âme, justice dans le coeur

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ROXANE PITRE
Josianne Massé

L'image des policiers a été ternie ces derniers mois à la suite de la diffusion d'interventions musclées, mais pour la commandante du poste de quartier (PDQ) 22 qui couvre l'Est de l'arrondissement Ville-Marie à Montréal, le métier qu'elle a choisi est le bon.

«Je suis très sensible à l'injustice, dit Roxane Pitre, à la fois douce et énergique. La justice est une valeur profondément ancrée en moi et ça n'a rien à voir avec la police.»

Elle raconte son parcours, loin d'être linéaire, à la vitesse de l'éclair. Issue d'un milieu aisé, elle a d'abord complété une maîtrise en physiologie. Roxane Pitre a ensuite été chargée de cours à l'université, hôtesse de l'air et contrôleuse aérienne en plus d'avoir enseigné la danse. Elle a même fait du bénévolat pendant 18 ans. Elle voulait faire une différence dans le monde, avoir un pouvoir d'influence sur les gens, redonner un peu aux autres.

Un voisin policier a convaincu Roxane que la profession qu'il exerçait pouvait peut-être combler tous ses rêves et ses aspirations. Elle est retournée sur les bancs d'école pour compléter les cours obligatoires en techniques policières. Elle s'est jointe au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) à 30 ans, avec un bagage d'expériences qui lui ont permis d'aborder son travail avec «sagesse et maturité».

Elle a gravi les échelons depuis son poste d'agent de quartier jusqu'à celui de commandante en passant par la vigie des pratiques policières, l'escouade de lutte aux gangs de rue Éclipse et la brigade urbaine. Le 5 avril, Roxane célébrera ses 20 ans de service, dont les six dernières comme cadre. Elle assure maintenant la gestion administrative, financière, événementielle, opérationnelle ainsi que les ressources humaines de son territoire.

«Je fais travailler les autres», résume-t-elle dans un sourire, tout en conservant une posture d'autorité.

Roxane reconnaît le chemin parcouru grâce aux pionnières qui ont ouvert la voie pour toutes les femmes, mais elle ne souligne pas de difficulté particulière reliée à son sexe dans sa carrière. Elle souligne une capacité d'écoute particulièrement féminine pouvant avoir un impact dans la gestion quotidienne, qu'elle ramène vite à une question de personnalité plutôt qu'à un genre précis, pour s'éloigner des généralités.

Au SPVM, la première policière a été embauchée en 1979, mais ce n'est qu'en 1993 que la première femme a accédé à un poste de cadre d'après les informations transmises par la chef du service des ressources humaines et du développement organisationnel du SPVM, Geneviève Beauregard.

Aujourd'hui, près du tiers (31%) des effectifs et 15% des cadres policiers du SPVM sont des femmes. Toutes doivent être diplômées de l'École nationale de police du Québec, où l'on observe aussi une proportion d'environ 30% de femmes sur le nombre total de candidats admis chaque année.

19-2: une série «réaliste»

Quand elle parle de son amour de la profession, Roxane évoque la série télévisée 19-2. Elle applaudit les créateurs qui dressent un portrait «réaliste» du travail des policiers et qui montrent la véritable étendue de la diversité des appels auxquels ils doivent répondre.

Les policiers sont formés pour réagir à tous les types de situations, de la tuerie dans une école au schizophrène en crise. Dans les plus récents épisodes de 19-2, la cyberintimidation est l'un des grands sujets traités. Même si Roxane saisit très bien les dérives de cette problématique, elle cède ce genre d'enquête aux crimes technologiques. Certains dossiers doivent être centralisés pour des raisons techniques et parce que les gens qui se spécialisent dans ce type de criminalité viennent à connaître les modes de fonctionnement particuliers à ces outils.

En tant que commandante, elle détermine quelles enquêtes sont traitées au PDQ et lesquelles sont envoyées au SPVM. C'est un choix qu'elle fait en fonction de l'impact que le crime peut avoir sur le sentiment de sécurité des citoyens de son territoire.

«Tannés» des manifestations

En revanche, les manifestations étudiantes qui laissent place aux actes de violence exaspèrent les policiers.

«On est tanné!» lance Roxane sans retenue.

Comme la jeunesse était «belle» pourtant le 22 mars 2012, lors de du grand mouvement réunissant 200 000 jeunes dans les rues de Montréal. Il n'y avait pas eu d'incident cette journée-là, rappelle-t-elle.

«Que les gens manifestent contre la hausse des frais de scolarité ou la gratuité ou l'indexation, peu importe, dit-elle. C'est légitime de manifester.»

Depuis la mi-février, Roxane a l'impression que le débat concernant les droits de scolarité a été évacué des manifestations et que les manifestants ne sont plus des étudiants en grande majorité. La commandante observe une inquiétante «dissension sociale» opposant violemment carrés rouges et carrés verts au sein de la population, des «coûts sociaux» inévitables résultant de la crise qui perdure. Elle se fait toutefois rassurante en insistant sur le fait que les citoyens demeurent en sécurité puisque les postes de quartier ne sont jamais amputés de leurs effectifs lorsqu'il y a des manifestations.

Travailler au centre-ville de Montréal

Quand elle parle de Ville-Marie, Roxane s'emballe et ses yeux s'illuminent à nouveau. Elle se considère comme étant une «créature du centre-ville». Si elle est en poste au PDQ 22, c'est parce qu'elle l'a demandé et qu'elle a patiemment attendu que ce poste se libère. C'est ainsi qu'elle a pu prendre le siège du commandant du PDQ 22 en janvier dernier.

Certes, Roxane a de nombreux défis qui l'attendent: la cohabitation dans les espaces publics, les problèmes de vente de drogue, la piétonisation de la rue Sainte-Catherine qui amène son lot de complications comme les méfaits commis par des itinérants intoxiqués et la logistique des déplacements des véhicules d'urgence. Elle cherche aussi à sensibiliser les gens à la sécurité routière. Elle soulève que la moitié des décès sur les routes de Montréal sont des piétons et qu'ils sont fautifs dans une forte majorité des cas.

«Nos piétons sont insouciants, ils sont mal éduqués face au code de la sécurité routière, ils se déresponsabilisent, concède-t-elle. Les automobilistes ne sont pas plus respectueux des piétons. C'est toujours en donnant des constats d'infraction qu'on change le comportement des usagers. C'est plate, mais c'est notre travail et nous allons le faire.»

Il faut être ouvert aux enjeux sociaux lorsqu'on travaille comme policière à Montréal, selon Roxane Pitre. Les histoires de pauvreté, d'itinérance ou de toxicomanie touchent particulièrement la commandante. Ces gens, qui se retrouvent dans une situation hors de leur contrôle, sont ceux qui l'émeuvent le plus. Elle est convaincue que, si elle avait été à leur place, elle n'aurait sans doute pas fait mieux. Même si tout est loin d'être rose au centre-ville, Roxane choisit néanmoins de voir les problématiques sous le meilleur angle possible, ne serait-ce que le côté humain.

«J'aime le zoo du centre-ville, j'aime la cohue, dit-elle. Les journées sont longues, mais c'est un choix. Quand on décide de travailler dans Ville-Marie, on fait le choix de s'engager et de s'investir.»

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