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L'avocat de la commission évoque une tentative d'extorsion par Trépanier

25/03/2013 10:29 EDT | Actualisé 25/05/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Me Paul Crépeau, procureur de la Commission Charbonneau, a évoqué lundi l'hypothèse que l'ancien responsable du financement d'Union Montréal, Bernard Trépanier, aurait été congédié par Gérald Tremblay, après que le maire eut été informé du fait qu'il aurait tenté d'extorquer une somme de 1 million $ à un promoteur immobilier.

L'avocat a interrogé le représentant officiel d'Union Montréal, Marc Deschamps, à ce sujet, mais ce dernier a affirmé ne pas avoir entendu parler de cette hypothèse concernant la cause réelle du congédiement de M. Trépanier.

Selon Me Crépeau, le promoteur immobilier en question serait Smart Centers, qui voulait développer un centre commercial dans l'arrondissement Saint-Michel.

Me Crépeau a aussi fait une autre révélation choc concernant le départ d'Union Montréal de Bernard Trépanier. «Êtes-vous au courant qu'il est parti avec des boîtes, des boîtes de carton? Des boîtes de chaussures remplies d'argent? Des boîtes remplies de billets de 100 $? Avez-vous déjà entendu parler de ça?»

«Non plus», a rétorqué M. Deschamps.

M. Deschamps a dit avoir entendu parler d'un premier motif pour le congédiement en 2006 de M. Trépanier lors d'une conversation en octobre 2012 avec l'ex-maire Tremblay. Ce dernier aurait alors évoqué la trop grande proximité de M. Trépanier avec l'ancien président du comité exécutif, Frank Zampino. Il aurait aussi été question d'un second motif de congédiement, dont M. Deschamps a dit ignorer la teneur encore aujourd'hui _ ce que Me Crépeau a évoqué comme hypothèse.

Toujours dans le paysage

M. Deschamps a admis que même s'il avait été remercié de ses services en février 2006, M. Trépanier a continué à faire du financement pour le parti dans les années qui ont suivi, et ce, à la connaissance du maire Tremblay, selon lui, puisque les deux hommes continuaient à se rencontrer lors d'activités de financement, même après son départ officiel.

«Vous avez continué à tolérer la présence de Bernard Trépanier, alors que vous saviez que le maire l'avait mis à la porte? Vous ne vous êtes pas inquiété qu'une personne qu'on vient de mettre à la porte soit tout autant active dans l'organisation du parti au niveau du financement? Il a continué de faire exactement la même chose après avoir été mis à la porte!» s'est étonné le commissaire Renaud Lachance.

M. Deschamps a admis qu'il avait lui-même signé le certificat de solliciteur de fonds de M. Trépanier après son départ du parti, en 2007, 2008 et 2009.

C'est ce qui a fait dire à Me Crépeau que dans le fond, «c'est un congédiement pour la forme qu'on a fait» et que M. Trépanier «a quitté sur papier Union Montréal mais a continué à faire du financement».

Quand il a quitté en 2006, M. Trépanier a pourtant touché quatre mois de salaire, en plus d'une indemnité de départ de 25 000 $. Il touchait un salaire annuel de 82 000 $. Et il a été congédié sans qu'une lettre de congédiement soit rédigée, a indiqué M. Deschamps.

M. Deschamps, qui est comptable chez Raymond Chabot, a également aidé M. Trépanier lorsque celui-ci a eu des démêlés avec le fisc pour des revenus non déclarés durant plusieurs années.

«Vous, comme comptable, ça ne vous inquiète pas de voir quelqu'un qui faisait 90 000 $ par année avec un emploi à temps plein, qui perd son emploi, qui continue à faire des activités de financement, donc à manipuler de l'argent comptant aussi, au nom du parti, et qui est en période de faillite?» lui a demandé Me Crépeau.

La commission a dénombré pas moins de 1401 appels téléphoniques, uniquement de M. Trépanier à M. Deschamps, de janvier 2005 à août 2011. M. Deschamps a décrit M. Trépanier comme un véritable maniaque du téléphone. «C'est presque RoboCall», a-t-il lancé.

M. Deschamps a par ailleurs souligné que la fameuse contribution de trois pour cent que M. Trépanier demandait aux firmes de génie et entrepreneurs, selon plusieurs témoignages devant la commission, le parti n'en a pas vu l'ombre. Cet argent comptant «n'a pas été déposé dans le parti», a assuré le représentant officiel.

Lui qui était responsable des finances du parti a soutenu qu'il n'était même pas au courant du fait que M. Trépanier demandait de telles contributions financières.

M. Deschamps a par ailleurs dû admettre qu'il avait contacté, avant son témoignage devant la commission, le représentant d'une firme de communication. Le vice-président principal de SNC-Lavalin, Yves Cadotte, avait affirmé devant la commission que pour parvenir à faire 200 000 $ de contribution au parti Union Montréal, il avait accepté de payer une facture de 75 000 $ de cette firme de communication Morrow. Or, M. Deschamps a admis qu'il avait contacté André Morrow vendredi dernier «pour avoir l'heure juste sur cette facture».

Mais cette facture de 75 000 $ ne valait pas pour des services rendus à Union Montréal, a-t-il soutenu, après s'en être enquis auprès de M. Morrow, mais pour «peu ou pas de service rendus dans les faits à SNC-Lavalin».

Vous servez à quoi?

Le commissaire Renaud Lachance, un ancien vérificateur général du Québec, s'est insurgé du fait que M. Deschamps, un comptable, semble si peu au courant des finances du parti pour lequel il fait la comptabilité.

«Vous êtes en charge des finances du parti, vous, et personne ne vous informe qu'on est en train de payer une facture pour des services rendus à Union Montréal par de l'argent de SNC-Lavalin. Vous êtes en charge des finances du parti et on ne vous parle pas de ça? Vous servez à quoi, finalement, dans les finances du parti? C'est grave, là, vous êtes comptable agréé!», s'est exclamé M. Lachance.

Le témoin a répondu qu'il «prenait offense» du commentaire du commissaire.

M. Deschamps a par ailleurs contredit le témoignage de l'ex-organisateur politique du parti, Martin Dumont, qui avait relaté devant la commission une rencontre avec le maire Tremblay au cours de laquelle M. Deschamps aurait présenté une feuille de «double comptabilité». Le maire aurait alors quitté, disant préférer ne pas savoir. «Cette rencontre-là n'a jamais eu lieu», a assuré M. Deschamps.

Contre-interrogé par Me Michel Dorval, l'avocat d'Union Montréal, M. Deschamps a raconté que l'ex-maire Tremblay avait réclamé la démission de l'employé du parti Jean Bosco-Boursier, après que ce dernier se soit présenté au parti avec une enveloppe de 5000 $ en argent comptant «sollicité auprès d'un entrepreneur». Lorsque ce fait a été porté à la connaissance du maire, celui-ci a exigé qu'il rembourse la somme et qu'il quitte son poste, a relaté M. Deschamps.

La commission entendra la suite du témoignage de M. Deschamps sous ordonnance de non-publication.

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