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Chypre: des années difficiles à venir, un maintien en zone euro pas acquis

25/03/2013 08:45 EDT | Actualisé 25/05/2013 05:12 EDT

L'accord sur un plan de sauvetage de Chypre entraîne l'île dans des années difficiles sur le plan économique et son maintien dans la zone euro est loin d'être acquis, ont estimé lundi des analystes.

Certains experts en économie évoquent d'ores et déjà un risque de pénurie en aliments et médicaments dans les prochaines semaines, après une fermeture des banques qui dure depuis le 16 mars.

La petite République de Chypre, qui compte environ 850.000 habitants, vient de traverser deux années de récession accompagnées d'une courbe du chômage ascendante et ne pourra plus compter sur les investisseurs étrangers, notamment russes, qui vont éviter son secteur financier dévasté.

Pour l'économiste Fiona Mullen, beaucoup de Chypriotes vont se poser la question de la sortie de l'euro même si l'accord avec l'Eurogroupe a évité une telle mesure dans l'immédiat.

Le plan de sauvetage prévoit notamment la mise en faillite ordonnée de la Laïki Bank, la deuxième banque de l'île, avec des pertes importantes pour les fonds non garantis supérieurs à 100.000 euros et une ponction de 30% sur les dépôts de plus de 100.000 euros de la principale banque, la Bank of Cyprus.

Les Chypriotes "se sentent terriblement trahis par un nombre très élevé de pays, et je pense qu'il y aura des conséquences sur le plus long terme", affirme Mme Mullen à l'AFP.

Selon l'économiste, partenaire de la société Strata Insight energy policy risk consultancy, des mesures de contrôle des flux de capitaux, dont une limitation des retraits aux guichets automatiques, pourraient être maintenues pendant des semaines.

"Cela signifie notamment qu'il sera difficile pour les entreprises de payer les salaires et acheter des biens", dit-elle, précisant que l'impact de ces mesures "n'a pas été étudié".

"Les plus grandes entreprises sont celles qui travaillent dans l'importation de produits alimentaires ou pharmaceutiques et l'agroalimentaire. Elles peuvent connaître une pénurie à court terme. Les Chypriotes ont déjà commencé à faire des réserves de nourriture ces derniers jours", selon elle.

La situation est encore plus incertaine sur le long terme, l'économie chypriote faisant probablement face à sa crise la plus importante depuis l'invasion en 1974 du nord de l'île par la Turquie. L'île pourrait connaître une récession de "15% pour la 1e année et de 5% pour la suivante", estime-t-elle.

Pour l'ancien gouverneur de la Banque centrale, Afxentis Afxentiou, le pays pourrait souffrir des conséquences de la crise pendant "au moins" une décennie.

"Un défaut de paiement a été évité, ce qui aurait signifié une sortie de la zone euro, avec des conséquences dévastatrices", déclaré le porte-parole du gouvernement chypriote Christos Stylianides.

Mais Mme Mullen n'exclut pas une sortie de l'euro. "Je me demande si les Chypriotes ne sont pas en train de se poser la question s'il ne vaudrait pas mieux sortir de l'euro. Le problème, c'est qu'il n'existe aucun cadre juridique" pour cela.

Reconstruire l'économie va en tout état de cause être une tâche difficile. Le secteur financier étant le plus touché, les nombreux déposants russes, dont les avoirs représentent plus du tiers des dépôts sur l'île, en particulier vont souffrir des mesures touchant le secteur bancaire.

"Il est difficile d'être optimiste au sujet de l'économie chypriote", déclare à l'AFP Neil MacKinnon, un économiste de la banque d'investissement VTB Capital à Londres.

"Réduire la taille du secteur financier était l'objectif explicite de l'Union européenne et du FMI", estime-t-il. Il se traduira par "des suppressions d'emplois" et "un impact négatif sur l'économie très sévère".

Quant à une sortie ultérieure de l'euro, il ne l'écarte pas non plus: "l'hostilité vis-à-vis de l'UE monte, et l'on ne peut pas ne pas envisager une sortie future" de la zone euro.

dk/tg/sw

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