BIEN-ÊTRE

Chirurgie de l'appareil digestif: la course à l'équipement

25/03/2013 09:02 EDT | Actualisé 25/05/2013 05:12 EDT

Disséquer au millimètre par endoscopie les parties cancéreuses d'un oesophage ou opérer par coelioscopie un patient au colon pour le renvoyer le soir même chez lui : il est loin le temps où les spécialistes de chirurgie digestive faisaient confiance à leurs seules mains.

Le congrès des maladies et cancers de l'appareil digestifs, JFHOD (Journées francophones d'hépato-gastroentérologie et d'oncologie digestive) a témoigné de la place prépondérante prise par la technologie dans cette spécialité.

La Clinique de la Sauvagarde à Lyon a profité de ce rendez-vous annuel de la gastro-entérologie française (à Paris jusqu'à ce dimanche) pour annoncer une "première mondiale" en matière de brièveté d'hospitalisation.

Un patient de 66 ans, souffrant d'un cancer du colon, a été opéré pour une ablation partielle sous coelioscopie, c'est à dire sans ouvrir l'abdomen et à l'aide d'images vidéo, comme c'est désormais l'usage.

La prouesse, minutieusement préparée, réside dans la rapidité de la récupération du patient. Cinq heures après, il pouvait se lever et marcher. Moins de 12 heures après son admission, il rentrait chez lui alors que ce type d'intervention nécessite généralement une "petite semaine" d'hospitalisation, selon les spécialistes.

Pour cette intervention, le patient a bénéficié d'une "préparation spécifique", son anesthésie n'a utilisé que des "molécules à courtes durées d'action" et il a été l'objet d'une surveillance à son domicile pour prévenir toute complication post-opératoire.

"Cette nouvelle approche permet de réduire l'agression d'une intervention chirurgicale" et d'améliorer "la satisfaction des patients" se félicite l'équipe emmenée par le chirurgien Benoît Gignoux, qui a réalisé cette première.

Pour le gastroentérologue Jean-Christophe Saurin du CHU de Lyon, "il s'agit d'une expérience extrême" avec une prise de "risque" en cas de survenue de problèmes post-opératoires.

"C'est de l'ordre de la performance mais cela va dans le sens de l'histoire, on va traiter de plus en plus des gens en chirurgie ambulatoire", explique le Dr Saurin qui dirige la société savante de gastroentérologie SNFGE.

La méthode du tunnel

L'un des avantages des interventions sous coeloscopie et par endoscopie est le raccourcissement des délais d'hospitalisation et la plus grande rapidité de la récupération pour les patients.

Mais ce n'est pas le seul, souligne le Pr Yves Panis (Hôpital Beaujon, Clichy, en région parisienne).

La laparoscopie (autre nom de la coeloscopie) pour réaliser des ablations partielles ou totale du côlon (notamment pour traiter des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin MICI) réduit les complications à long terme comme les occlusions et éventrations, par rapport à la chirurgie classique, explique-t-il.

Elle offre aussi et surtout l'avantage pour les jeunes femmes ainsi opérées de mieux préserver leur fertilité alors que l'un des principaux risques de ces intervention en chirurgie classique est l'infertilité, insiste ce spécialiste de chirurgie digestive.

Autre communication lors du congrès: une technique de pointe dite "méthode du tunnel" pour retirer finement par dissection sous endoscopie les parties cancéreuses superficielles d'un oesophage.

"Une méthode sûre, plus rapide que la technique standard et permettant de traiter des lésions de grand taille sans complication" commente le Dr Saurin avec ses collègues du CHU de Lyon dans une présentation.

Les allées du congrès JFHOD, où de nombreuses entreprises de hautes technologies étaient représentées, témoignent de la technicité croissante de la spécialité.

Parmi celles-ci, la start-up française Mauna Réa propose un système de biopsie optique Cellvizio qui permet à l'endoscopiste de réaliser en même temps que son examen du système digestif ou des poumons, la biopsie immédiate des tissus rencontrés.

Il peut ainsi savoir sur le champ si telle lésion est cancéreuse et décider d'une intervention, sans devoir attendre le résultat de la biopsie classique en laboratoire qui prend généralement plusieurs jours.

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