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Ahmed Moaz al-Khatib, un franc-tireur au franc-parler

24/03/2013 11:39 EDT | Actualisé 24/05/2013 05:12 EDT

Le chef de l'opposition syrienne, Ahmed Moaz al-Khatib, qui a démissionné dimanche, est un homme éclectique et respecté prêt à prendre tous les risques pour défendre ses convictions.

"J'annonce ma démission de la Coalition nationale, afin de pouvoir oeuvrer avec une liberté que je ne peux pas avoir au sein d'une organisation officielle", dit-il dans un communiqué sur sa page Facebook.

Ces mots représentent parfaitement sa personnalité: un franc-tireur au franc-parler. Svelte et élégant, barbiche et cheveux gris, la voix calme mais décidée, M. Khatib a milité jusqu'en juin 2012 en Syrie même, contrairement aux principaux chefs de l'opposition qui vivent depuis des années à l'étranger.

Dans un pays où le conflit a coûté la vie à plus de 70.000 personnes, cet homme a su se montrer iconoclaste. "Je dis à Bachar al-Assad: +regarde dans les yeux de tes enfants et essaie de trouver une solution+. Nous nous entraiderons alors dans l'intérêt du peuple", a-t-il déclaré fin janvier.

Contesté dans son propre camp pour ce choix, il rétorque fermement: "Je ne peux accepter que ceux qui parlent de négociations soient accusés de trahison".

Sa décision de quitter son poste au bout de cinq mois découle de opposition à l'idée de nommer un Premier ministre intérimaire, qui coupe selon lui toute possibilité de négocier avec le régime.

Un opposant syrien qui a requis l'anonymat a affirmé à l'AFP que M. Khatib reprochait "à certains pays, notamment le Qatar, de vouloir contrôler l'opposition".

Selon un membre de son entourage, sa démission est aussi "une réponse au silence de la communauté internationale" face aux violences qui font des centaines de morts chaque semaine en Syrie.

Né en 1960 à Damas dans une famille de notables religieux et père de quatre enfants, il a suivi un parcours atypique: études de géophysique, diplôme de sciences politiques et relations internationales puis études islamiques.

Eclectique, il est à la fois membre de la Société syrienne de géologie et de la Société de psychologie.

Après avoir travaillé six ans comme ingénieur en géophysique, il succède en 1990 à son père, cheikh Badreddine al-Khatib, comme prêcheur de la prière de vendredi à la prestigieuse mosquée des Omeyyades à Damas. Mais il est relevé de ses fonctions deux ans plus tard en raison de ses prêches politiquement audacieux.

Ce salafiste modéré, comme le qualifie l'expert de la Syrie Thomas Pierret, étudie et enseigne la charia (loi musulmane) et le Dawa (prédication) ainsi que la rhétorique islamique à Damas. Il donne des conférences sur l'islam au Nigeria, en Bosnie, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et aux Pays-Bas.

Il participe au soulèvement contre le régime de Bachar al-Assad, lancé en mars 2011, notamment dans les régions rebelles près de Damas. Il est arrêté et harcelé à plusieurs reprises par les autorités et quitte le pays en juin 2012 pour s'installer au Caire.

La presse, qui ne le connaît pas, est surprise quand cet islamiste modéré est choisi en novembre à Doha pour diriger la "Coalition nationale de l'opposition et des forces révolutionnaires", censée représenter toute l'opposition syrienne.

Mais les militants et combattants de la banlieue de Damas s'en félicitent. "Il est à la fois islamiste et modéré. Il est respecté", assure à l'AFP Abou Nadim, militant de Douma, près de Damas.

Pour Thomas Pierret, maître de conférence à l'Université d'Edimbourg (Ecosse), "c'est une personne extrêmement honnête, ouverte d'esprit, capable de dialoguer sereinement avec des représentants de toutes les tendances philosophiques, de l'islamiste radical au laïc convaincu".

"Certains m'ont dit +les hommes politiques ne parlent pas ainsi+... Je leur réponds +je ne suis qu'un révolutionnaire+", a-t-il un jour écrit sur sa page sur Facebook.

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