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Chypre sauve sa place dans l'euro mais ses banques en paient le prix

24/03/2013 09:24 EDT | Actualisé 24/05/2013 05:12 EDT
AFP

Chypre a sauvé sa place dans la zone euro, qui ne sort pas indemne d'une semaine de fortes tensions, mais au prix d'un accord visant ses deux premières banques ainsi que leurs plus gros déposants souvent russes et lourd d'incertitudes pour son avenir économique.

"Finalement, Chypre sort d'une période d'incertitude et d'insécurité pour l'économie. Un défaut de paiement a été évité, ce qui aurait signifié une sortie de la zone euro, avec des conséquences dévastatrices", a indiqué lundi le porte-parole du gouvernement chypriote Christos Stylianides.

Le plan "se concentre sur les deux banques qui posent problème et la protection entière des dépôts dans toutes les banques", a déclaré la directrice générale du FMI Christine Lagarde. Le plan de sauvetage est "équitable", a assuré de son côté le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble.

Le prix à payer par Nicosie est très élevé. La deuxième banque du pays, la Laiki Bank (Popular Bank en anglais), sera mise en faillite de manière ordonnée. Elle sera scindée entre une "bad bank", entité résiduelle amenée à disparaître progressivement, et une "good bank", où seront regroupés les dépôts inférieurs à 100.000 euros, qui bénéficient d'une garantie publique dans l'Union européenne.

Cette mesure aura pour effet de réduire considérablement la taille du secteur bancaire chypriote, jugé surdimensionné par rapport à l'économie de l'île puisqu'il représente environ huit fois son Produit intérieur brut.

La première banque du pays, la Bank of Cyprus, reprendra à terme les dépôts garantis de Laiki Bank. Elle reprendra aussi les dettes de celle-ci envers la Banque centrale européenne, qui s'élèvent à 9 milliards d'euros. Les déposants la Bank of Cyprus vont aussi subir des pertes.

Le porte-parole du gouvernement Christos Stylianides a indiqué que les dépôts de plus de 100.000 euros de la Bank of Cyprus subiraient une ponction d'"environ 30%".

Les autorités chypriotes vont également signer dans les prochaines semaines avec la troïka (UE, Banque centrale européenne et FMI) un protocole d'accord prévoyant des réformes structurelles, des privatisations et une hausse de l'impôt sur les sociétés qui passera de 10 à 12,5%. Parmi les efforts demandés à Chypre figurera aussi la lutte contre le blanchiment d'argent, en fonction des résultats d'un audit imminent.

En échange, une aide allant jusqu'à 10 milliards d'euros sera fournie essentiellement par le pare-feu de la zone euro, le Mécanisme européen de stabilité (MES), mais comprendra un apport du Fonds monétaire international qui reste à déterminer.

L'accord permet de respecter la garantie européenne des dépôts bancaires jusqu'à 100.000 euros pour tous les déposants mais aura de lourdes conséquences pour les détenteurs de comptes étrangers, notamment russes, qui plaçaient leur argent sur l'île méditerranéenne notamment en raison d'une fiscalité attractive.

Nicosie va restreindre les mouvements de capitaux, pour éviter leur fuite et la réouverture mardi des banques de l'île, fermées depuis le 16 mars, restait incertaine.

Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a indiqué que Moscou allait étudier les conséquences du plan pour ses intérêts. M. Schäuble a précisé de son côté que la troïka serait en contact avec la Russie.

L'idée d'une taxe sur tous les dépôts bancaires, prévue dans le premier plan concocté en fin de semaine dernière, a finalement été abandonnée. Elle avait suscité un tollé à Chypre, inquiété les marchés et avait été rejetée par le Parlement chypriote.

"Chypre a pris un gros coup et notre niveau de vie va baisser, même si notre économie peut être en mesure de se rétablir dans deux ou trois ans cela va prendre au moins dix ans pour retrouver notre niveau de vie", a estimé l'ancien gouverneur de la banque centrale Afxentis Afxentiou sur la radio d'Etat.

L'accord, intervenu dans la nuit de dimanche à lundi après des négociations qui ont duré tout le week-end, a été salué lundi par les marchés financiers. Les principales bourses asiatiques ont terminé en hausse et les bourses européennes démarraient la journée sur une note positive.

L'euro grimpait face au dollar, passant au-dessus des 1,30 dollar contre 1,2986 dollar vendredi soir.

"Globalement, l'accord a été bien accueilli par le marché, puisqu'il évite au moins un véritable effondrement du secteur bancaire" de Chypre, explique Chris Tedder, analyste à Sydney pour Forex.com.

Les autorités chypriotes, qui avaient fait voter vendredi une loi sur les résolutions bancaires, n'auront pas besoin de repasser devant le Parlement pour adopter le nouveau plan de sauvetage. Celui-ci doit encore être approuvé d'ici mi-avril par plusieurs Parlements de pays de la zone euro, dont l'Allemagne. Le premier versement de l'aide devrait avoir lieu début mai.

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