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Ultimes négociations à Nicosie entre les Chypriotes et la troïka

23/03/2013 09:55 EDT | Actualisé 23/05/2013 05:12 EDT

Les négociations entre Chypre et la troïka butaient encore samedi sur plusieurs questions pour lever les milliards d'euros nécessaires à l'obtention d'un plan de sauvetage, à moins de 48h de l'expiration d'un délai de la BCE menaçant de couper les vivres aux banques.

Sur l'île méditerranéenne, où les banques sont fermées depuis une semaine et où tous les virements via internet sont bloqués, la situation devenait critique pour nombre d'entreprises, incapables de payer leurs fournisseurs ou d'être payées.

Des centaines d'employés de banques inquiets pour leur emploi et leur fonds de pension ont manifesté samedi après-midi à Nicosie devant le palais présidentiel puis devant le Parlement, menaçant de se mettre en grève mardi, date prévue de la réouverture des banques, faute de garanties sur leur avenir.

"Il y a eu des progrès significatifs effectués en vue d'un accord", a déclaré le ministre chypriote des Finances Michalis Sarris à l'issue d'une réunion samedi matin à Nicosie avec des représentants de l'Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international (FMI).

"Il y a deux trois questions" qui doivent encore être discutées, a-t-il ajouté. Une autre réunion était en cours dans l'après-midi.

"A mon avis, (la proposition) sera prête d'ici la fin d'après-midi ou en début de soirée et pourra être discutée au Parlement", a déclaré le ministre, mais un responsable administratif de la Chambre a assuré qu'aucun débat ni vote n'était prévu samedi.

A Bruxelles, des sources proches du dossier soulignaient elles que les négociations avec la partie chypriote étaient "difficiles".

Le président chypriote Nicos Anastasiades doit rencontrer dimanche à Bruxelles les présidents du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et de la Commission, José Manuel Barroso, à condition que les négociations de samedi aboutissent, ont indiqué à l'AFP plusieurs sources européennes.

De plus, les ministres des Finances de la zone euro doivent se retrouver à 17H00 GMT à Bruxelles, a confirmé le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem.

Chypre doit trouver d'ici lundi 7 milliards d'euros -plus du tiers de son PIB-, pour débloquer l'aide internationale de 10 milliards d'euros de la troïka et obtenir que la BCE continue de fournir des liquidités d'urgence à ses banques.

Face à la menace d'effondrement, les députés ont adopté vendredi soir une première série de mesures: restructuration du secteur bancaire, création d'un fonds de solidarité et limitation des mouvements de capitaux pour éviter une trop forte pression sur les banques à leur réouverture.

Selon plusieurs sources proches des négociations à Bruxelles, le plan négocié comprend la restructuration des deux grandes banques chypriotes --Bank of Cyprus et Popular Bank (Laiki en grec), qui "doivent disparaître" pour laisser la place à nouvelle banque créée avec leurs actifs sains.

La mesure doit être complétée par une décote sur les actifs sains tirés des deux banques. La fourchette en négociation varie entre 15 à 20%. L'opération, qui avait été refusée par les autorités chypriotes la semaine dernière, frapperait les détenteurs de titres, mais pas les déposants.

Selon Yiannis Tirkides, économiste à la Popular Bank, le gouvernement cherchait à convaincre les bailleurs de fonds de baisser la décote sous peine de la voir rejetée par les députés, qui avaient déjà refusé mardi une taxe inédite allant jusqu'à 9,9% sur tous les dépôts bancaires.

Cette taxe pourrait finalement être appliquée aux dépôts supérieurs à 100.000 euros. Selon les même sources à Bruxelles, il reste à déterminer si les non-résidents, en particulier russes, doivent être mis à contribution.

Les Russes détient, selon l'agence Moody's, 24 milliards d'euros sur des comptes bancaires à Chypre, soit plus du tiers des dépôts total.

"Le Parlement va bientôt être invité à adopter des décisions difficiles. Certains aspects seront douloureux, mais il faut sauver le pays", a prévenu vendredi le président chypriote.

Du côté de l'UE et de la zone euro, dont Chypre fait respectivement partie depuis 2004 et 2008, l'exaspération se fait croissante, en particulier à Berlin. La chancelière Angela Merkel a prévenu vendredi qu'il ne fallait "pas abuser de la patience des partenaires de la zone euro".

A Nicosie, où l'activité tourne au ralenti, de nombreux cafés, restaurants ou stations-service refusent désormais les paiements par carte de crédit.

"Les gens ne savent pas s'ils auront de l'argent demain ou après-demain. Nous essayons de vivre avec ce que nous avons maintenant, et nous verrons ce qui se passe", a déclaré à l'AFP Yiorgos Andoniou, un électricien de 57 ans au chômage depuis deux mois.

Le chef de la puissante Eglise orthodoxe de Chypre, Mgr Chrysostomos, qui en a mis la fortune à disposition de l'Etat sous forme de garanties, s'est déclaré en faveur d'une sortie à terme de la zone euro.

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