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Les gros comptes de la Bank of Cyprus sous pression

23/03/2013 04:17 EDT | Actualisé 23/05/2013 05:12 EDT

Chypre attendait samedi soir avec anxiété de connaître le sort réservé dans les négociations entre Nicosie et Bruxelles aux gros comptes de la Bank of Cyprus, première banque du pays, qui compte parmi ses clients la plupart des grandes entreprises de l'île.

Vendredi soir, le Parlement a voté une loi de restructuration du secteur bancaire gelant tous les dépôts de la Popular Bank (Laiki, en grec), la deuxième du pays, au-delà de 100.000 euros, en vue de liquider les actifs toxiques regroupés au sein d'une "bad bank".

C'est maintenant le tour de la Bank of Cyprus. Le gouvernement négocie avec les représentants de la zone euro une décote sur tous les dépôts de plus de 100.000 euros, dont le taux reste à déterminer.

Selon les médias chypriotes, il pourrait être compris entre 16 et 25%, et s'accompagner d'une contrepartie en bonds du Trésor qui permettrait au gouvernement de se passer de l'accord -- non garanti -- du Parlement pour mettre la mesure en place.

L'idée d'une taxe exceptionnelle sur l'ensemble des dépôts bancaires au-delà de 100.000 euros faisant craindre des recours en justice de la part des banques saines, l'attention se concentre désormais sur la Bank of Cyprus, la principale banque commerciale du pays.

"La philosophie semble être que les banques qui ont des problèmes sont celles qui doivent payer", estime Yiannis Tirkides, économiste à la Popular Bank.

Le gel des gros dépôts de la Popular Bank rendra cet argent indisponible "pour des années", même si ce "qui restera après que les pertes aient été absorbées par les fonds des épargnants sera rendu à ses propriétaires", explique-t-il.

Selon lui, sur les 10 milliards d'euros d'actifs de la Popular Bank, 3 milliards pourraient se retrouver dans la "bad bank".

Pour la Bank of Cyprus, la troïka refuse une décote inférieure à 25%, mais le Parlement chypriote risque de refuser un taux aussi élevé. En conséquence, le gouvernement pourrait décider de geler également tous les gros dépôts, ou transformer la décote en bonds du Trésor pour s'éviter un vote au Parlement.

Une décote ou à plus forte raison un gel aura des effets très néfastes sur l'économie, déjà plongée dans une profonde récession, en menaçant de faillite à très court terme les entreprises ayant emprunté en vue d'investissements ou fonctionnant avec d'importantes liquidités, rappelle M. Tirkides.

De son côté, l'économiste Fiona Mullen fait aussi valoir que si les mesures concernent quelques grosses fortunes, elles touchent aussi aux économies des retraités. "Tout le monde pense que seuls les Russes vont être concernés, mais les retraites des gens peuvent être touchées".

Les partenaires européens de Nicosie se sont montrés peu enclins à rabaisser le taux de décote, en particulier parce qu'ils devront tous obtenir l'aval de leurs Parlements respectifs pour débloquer les 10 milliards d'euros du plan de sauvetage négocié en contrepartie de la restructuration des banques.

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