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Le Qatar, petit pays devenu puissance régionale controversée

23/03/2013 05:09 EDT | Actualisé 22/05/2013 05:12 EDT

Petit Etat d'à peine deux millions d'habitants, le Qatar qui accueille mardi le sommet arabe s'est imposé en puissance régionale, grâce à son appui aux soulèvements populaires et à la marginalisation des poids lourds de la région.

Mais la politique volontariste de ce richissime Etat gazier, allié fidèle des Etats-Unis, son appui aux islamistes dont certains ont pris le pouvoir et sa "diplomatie du carnet de chèques" suscitent des critiques.

L'émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, "est obsédé par l'ambition de laisser à ses héritiers un pays qui compte sur la carte du monde, alors qu'il était pratiquement inconnu il y a seulement vingt ans", souligne Olivier Da Lage, auteur de "Qatar, les nouveaux maîtres du jeu" qui vient de paraître.

Pour lui, "la place du Qatar, disproportionnée compte tenu de sa taille et sa population, s'explique notamment par ses moyens financiers considérables (...) et l'effacement prolongé des acteurs historiques du monde arabe", l'Egypte, la Syrie et dans une moindre mesure l'Arabie saoudite.

"Qu’un si petit Etat ait pu devenir une puissance régionale de cette envergure n’est pas un cas unique dans l’histoire", estime Paul Salem, directeur du centre Carnegie pour le Moyen-Orient, dans une étude publiée le 31 décembre 2012, citant entre autres Venise.

"Mais cette influence du Qatar oblige à s’interroger sur l’impact des médias et la puissance de l’argent dans le monde actuel", ajoute-t-il.

Une question qui ne manque pas d'être soulignée dans les pays qui subissent le contre-coup du "printemps arabe", comme la Tunisie où le parti Ennahda est accusé d'être financé par le Qatar dans le but d'instaurer un régime islamique.

"Doha voit dans la formation d’une alliance avec les Frères musulmans grâce à la diplomatie du carnet de chèques un moyen de créer une base régionale à une influence économique et politique accrue au Moyen-Orient et au-delà", écrivait pour sa part l'hebdomadaire égyptien Al Ahram hebdo dans un éditorial le 20 mars.

Selon lui, le "soutien financier massif accordé par le Qatar à l’Egypte" --une aide de cinq milliards de dollars et une promesse d'investissements de 18 milliards USD sur cinq ans-- fait craindre "la domination qu’elle pourrait conférer au petit émirat dans la définition et la formulation des politiques intérieures et extérieures de l’Egypte".

Car le Qatar a tiré avantage de ses relations avec les courants islamistes, notamment les Frères musulmans, qu'il a toujours encouragés et dont il a abrité de nombreux dirigeants alors qu'ils étaient dans l'opposition, pour devenir le meilleur allié des nouveaux régimes en place en Tunisie et en Egypte.

En Libye, il s'est placé en première ligne contre le régime de Mouammar Kadhafi, participant aux opérations aériennes sous le commandement de l'OTAN et dépêchant hommes et armes sur le terrain pour appuyer les rebelles.

Encouragé par la chute du régime de Kadhafi, il a appelé à armer les rebelles syriens et financé l'opposition.

Comptant sur sa puissante chaîne Al-Jazeera, ce pays s'est rendu compte "qu’il pouvait être un acteur central de cette nouvelle région en transition plutôt que le protecteur d’un ordre ancien à l’agonie", explique M. Salem.

"Le rôle diplomatique de premier plan du Qatar dans la région a jusqu'ici principalement servi les intérêts économiques et politiques du pays lui-même", reconnaît Amel Boubekeur, chercheuse à l'institut Brookings de Doha.

Aujourd'hui, avec les échecs répétés de la Ligue arabe, "tout l'enjeu est de savoir si le Qatar peut dépasser son agenda régional exclusif et proposer des mécanismes multilatéraux de résolution des crises arabes", estime-t-elle.

at/sw

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