NOUVELLES

Chypre soumet son plan à une délégation de la troïka à Nicosie

23/03/2013 07:24 EDT | Actualisé 23/05/2013 05:12 EDT

Le gouvernement chypriote s'entretenenait samedi avec une délégation de la troïka à Nicosie sur un projet pour lever plusieurs milliards d'euros en contrepartie d'un plan de sauvetage, à moins de 48h d'un ultimatum de la BCE menaçant de couper les vivres aux banques.

Sur l'île méditerranéenne, où les banques sont fermées depuis une semaine et où tous les virements via internet sont bloqués, la situation devenait critique pour nombre d'entreprises, incapables de payer leurs fournisseurs ou d'être payées.

Signe de l'importance du dossier pour l'Union européenne, le sommet UE-Japon prévu la semaine prochaine a été reporté, et les ministres des Finances de la zone euro vont se réunir dimanche en fin d'après-midi à Bruxelles pour trouver une solution à la crise.

Le porte-parole du gouvernement Christos Stylianides a indiqué qu'en fonction des résultats de la réunion avec des représentants de la troïka (BCE-UE-FMI) au ministère des Finances, le président Nicos Anastasiades déciderait ou non de partir pour Bruxelles dans la journée.

Un vote au Parlement pourrait intervenir samedi ou dimanche, a-t-il dit au site internet de la chaîne de télévision Sigmalive.

L'agence officielle CNA avait auparavant annoncé que M. Anastasiades se rendrait à Bruxelles à la mi-journée pour des discussions avec les dirigeants de l'Union européenne sur le plan de sauvetage.

Pour éviter un effondrement de l'économie à Chypre, les députés ont adopté vendredi soir les premières mesures liées au plan: une restructuration du secteur bancaire, la création d'un fonds de solidarité et une limitation des mouvements de capitaux pour éviter une trop forte pression sur les banques à leur réouverture, prévue mardi.

Parmi les projets encore à voter figure une taxe exceptionnelle, qui pourrait s'élever à 15% selon la télévision publique, sur les dépôts bancaires à partir de 100.000 euros.

Une décote de 20 à 25% pourrait être appliquée au dessus de 100.000 euros à la Bank of Cyprus, tandis que pour la Laïki Bank, une "bonne banque" serait créée avec les actifs sains et une "mauvaise" regrouperait les comptes non performants, selon les médias locaux.

Ces deux banques, sont les deux plus grandes du pays et les plus fragiles en raison de leur exposition importante à la dette grecque.

Chypre doit trouver d'ici lundi 7 milliards d'euros -plus du tiers de son PIB-, pour débloquer l'aide internationale de 10 milliards d'euros de la troïka et obtenir que la BCE continue de fournir des liquidités d'urgence à ses banques.

Mardi, le Parlement avait rejeté l'idée d'une taxe exceptionnelle allant jusqu'à 9,9% sur tous les dépôts bancaires, censée rapporter 5,8 milliards d'euros.

"Le Parlement va bientôt être invité à adopter des décisions difficiles. Certains aspects seront douloureux, mais il faut sauver le pays", a prévenu vendredi le président chypriote.

La taxe sur les dépôts semble d'autant plus inévitable que l'option d'une aide russe, caressée par Nicosie afin d'obtenir une partie de l'aide nécessaire, s'est refermée, au moins dans l'immédiat.

Après deux jours de discussions à Moscou avec le ministre chypriote des Finances Michalis Sarris, la Russie a indiqué ne pas être intéressée par les propositions de Nicosie. Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a assuré cependant que son pays "ne fermait pas la porte" à un soutien à Chypre, mais que Nicosie devait trouver avec l'UE une issue à la crise.

Du côté de l'UE et de la zone euro, dont Chypre fait respectivement partie depuis 2004 et 2008, l'exaspération se fait croissante, en particulier à Berlin.

La chancelière Angela Merkel a prévenu vendredi qu'il ne fallait "pas abuser de la patience des partenaires de la zone euro".

Le fonds de solidarité voté vendredi soir doit utiliser en particulier les liquidités des fonds de retraites de la fonction publique, et pourrait également être garanti sur les revenus à venir dégagés par l'exploitation, encore à l'étude, du gaz naturel récemment découvert au large des côtes de l'île.

Selon un porte-parole du ministère allemand des Finances, la troïka avait déjà rejeté une telle proposition le week-end dernier.

A Nicosie, où l'activité tourne au ralenti, de nombreux cafés, restaurants ou stations-service refusent désormais les paiements par carte de crédit.

"Les gens ne savent pas s'ils auront de l'argent demain ou après-demain. Nous essayons de vivre avec ce que nous avons maintenant, et nous verrons ce qui se passe", a déclaré à l'AFP Yiorgos Andoniou, un électricien de 57 ans au chômage depuis deux mois.

Par ailleurs, le chef de la puissante Eglise orthodoxe de Chypre, Mgr Chrysostomos, qui en a mis la fortune à disposition de l'Etat face au risque de faillite, s'est déclaré en faveur d'une sortie à terme de la zone euro, dans un entretien publié samedi en Grèce.

bur/vl/sw

PLUS:afp