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Russie: mort de Boris Berezovski, l'ex-éminence grise du Kremlin tombée en disgrâce

23/03/2013 04:10 EDT | Actualisé 23/05/2013 05:12 EDT
AP
Russian tycoon Boris Berezovsky talks to the media after losing his case against Russian oligarch Roman Abramovich as he leaves the High Court in London, Friday, Aug. 31, 2012. Berezovsky lost his multibillion-dollar legal battle against a fellow Russian oligarch on Friday, with a British judge ruling that Roman Abramovich was the more truthful witness in their clash over vast oil wealth. (AP Photo/Sang Tan)

Boris Berezovski, décédé samedi en Angleterre, a été un flamboyant oligarque russe puis l'éminence grise du Kremlin sous Boris Eltsine, avant de connaitre la disgrâce puis l'exil sous Vladimir Poutine dont il était devenu l'ennemi juré.

Berezovski était accusé de tous les maux par le Kremlin, notamment de financer l'opposition et de fomenter une révolution en Russie: un retournement de situation radical pour celui qui se flattait il y a quelques années encore d'avoir porté Poutine au pouvoir, grâce à son influence dans l'entourage de Eltsine.

A cette époque, Boris Berezovski était considéré comme un spécialiste des intrigues et des manipulations, aussi bien dans les négociations avec les indépendantistes tchétchènes pendant la guerre que dans les grandes manoeuvres autour du pétrole et du gaz. Autant d'éléments qui l'ont rendu très impopulaire jusqu'à ce jour en Russie.

Boris Berezovski, décédé à l'âge de 67 ans, était tombé en disgrâce peu après l'arrivée de M. Poutine au pouvoir, en 2000. Il s'était alors exilé au Royaume-Uni où il a obtenu l'asile politique trois ans plus tard.

Né à Moscou le 23 janvier 1946, Berezovski a fait des études de mathématiques et s'est découvert une âme d'homme d'affaires avec les débuts de la perestroïka en 1985. C'est alors qu'il gagne ses premiers millions de dollars dans la vente de voitures.

Chauve, bien portant, doté d'une certaine éloquence et d'un réel sens de l'humour, Boris Berezovski avait bâti un empire commercial et médiatique pendant les privatisations controversées des années 1990 en Russie.

Il fait son entrée en politique en finançant la réélection de Boris Eltsine, en 1996.

Cet homme marié et père de deux enfants va alors être largement récompensé pour ses bons services: il devient l'un des personnages principaux du Kremlin et de l'entourage de Eltsine, incarnant tous les excès de cette période troublée.

L'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine sonne la fin de ses ambitions et le pousse à l'exil. Mais Boris Berezovski ne s'avoue pas vaincu: il rêve de renverser le régime de celui qu'il qualifie désormais de "dictateur typique".

En Russie, la justice ouvre plusieurs enquêtes contre lui, la dernière remontant à mai 2012 après qu'il eut proposé une récompense à ceux qui "arrêteront le dangereux criminel Poutine".

La chance semblait ces derniers temps avoir tourné le dos à Berezovski qui, selon des informations de presse, avait connu d'importants revers de fortune.

En août 2012, il a été débouté dans un procès contre le milliardaire Roman Abramovitch, lui toujours bien vu par le Kremlin et propriétaire du club Chelsea, à qui il réclamait 5 milliards de dollars.

Son avocat Alexandre Dobrovinski a affirmé samedi que Berezovski s'était suicidé alors qu'il était ruiné, au point de devoir vendre ses tableaux et emprunter à des amis 5.000 dollars pour acheter un billet d'avion.

Dernier coup de théâtre dans une vie marquée par le secret, les réseaux d'influence et les coups tordus, le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a affirmé quelques heures après l'annonce de sa mort que Berezovski avait écrit à Poutine pour lui demander pardon et solliciter son aide pour revenir en Russie.