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Toujours pas de plan à Chypre, où l'économie est paralysée

22/03/2013 01:42 EDT | Actualisé 22/05/2013 05:12 EDT

D'âpres négociations se tenaient vendredi sur le plan de sauvetage de l'économie chypriote que Nicosie doit présenter d'ici lundi à ses partenaires européens, la situation sur l'île devenant de plus en plus critique en raison de la fermeture prolongée des banques.

Chypre est engagée dans d'"âpres négociations" avec la troïka des bailleurs de fonds (UE-FMI-BCE), a déclaré vendredi le porte-parole du gouvernement, Christos Stylianides. "Dans les prochaines heures, nous allons devoir prendre des décisions importantes", a-t-il ajouté dans une brève déclaration.

Mais aucun détail n'a filtré sur les détails du plan qui devait en principe être soumis vendredi au Parlement de l'île méditerranéenne, et l'énervement de ses partenaires au sein de l'UE se fait de plus en plus palpable.

Selon la chaîne de télévision chypriote Sigma, les responsables des partis politiques de l'île devaient se retrouver une nouvelle fois en début de soirée au Parlement, où une séance plénière était ensuite prévue.

Chypre doit trouver d'ici lundi 7 milliards d'euros -- plus du tiers de son PIB annuel --, condition au déblocage par la troïka d'une aide de 10 milliards qui lui éviterait la faillite.

La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé qu'elle n'apporterait plus de liquidités d'urgences aux banques chypriotes non solvables à partir de lundi faute d'un accord acceptable sur le sauvetage de l'île, les condamnant de facto à la faillite.

Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a dit attendre les nouvelles propositions de Nicosie. "La situation est très incertaine, nous attendons que Chypre propose des alternatives", a-t-il dit selon l'agence de presse ANP.

L'idée d'une taxe sur les dépôts bancaires a refait son apparition. Les deux grandes banques de Chypre, Bank of Cyprus et Popular Bank (Laiki), ont plaidé vendredi en faveur d'un tel prélèvement sur les dépôts supérieurs à 100.000 euros.

Cette mesure est comprise dans l'accord actuellement négocié avec la troïka, a déclaré une source gouvernementale citée par l'agence chypriote CNA, assurant qu'il s'agissait de la "meilleure solution" dans les circonstances actuelles.

Pour tenter d'éviter la faillite à leur pays, les autorités chypriotes avaient conclu le 16 mars à Bruxelles un accord sur un plan de sauvetage prévoyant une taxe inédite sur tous les comptes bancaires de l'île, allant jusqu'à 9,9%, censée rapporter 5,8 milliards d'euros selon l'Eurogroupe.

Mais cette mesure avait provoqué un tollé et, malgré un amendement en vue d'épargner les petits épargnants, elle a été rejetée mardi par le Parlement. Une telle taxe aurait permis de mettre à contribution les fonds étrangers, notamment russes, déposés dans les banques chypriotes.

La mesure semble d'autant plus inévitable que l'option d'une aide russe caressée par Nicosie afin d'obtenir une partie de l'aide nécessaire s'est refermée.

Après deux jours de discussions à Moscou avec le ministre chypriote des Finances Michalis Sarris, la Russie a indiqué ne pas être intéressée par les propositions de Nicosie.

Le Premier russe Dmitri Medvedev a assuré cependant que la Russie "ne fermait pas la porte" à un soutien à Chypre, mais que Nicosie devait trouver avec l'UE une issue à la crise.

Du côté de l'Union européenne et de la zone euro, dont Chypre fait respectivement partie depuis 2004 et 2008, l'énervement grimpe, en particulier à Berlin.

La chancelière allemande Angela Merkel a prévenu vendredi matin qu'il ne fallait "pas abuser de la patience des partenaires de la zone euro", selon des propos rapportés par des députés de sa coalition, à qui elle s'est adressée lors de réunions fermées à la presse.

Dans le cadre de son nouveau plan, Nicosie proposerait l'instauration d'un fonds de solidarité et une législation sur la limitation des mouvements de capitaux.

Le fonds de solidarité utiliserait en particulier les liquidités des fonds de retraites de la fonction publique, et pourrait également être garanti sur les revenus à venir dégagés par l'exploitation, encore à l'étude, des importantes réserves de gaz naturel récemment découvertes au large des côtes de l'île.

Mais l'Allemagne refuse un alourdissement de la dette chypriote, de même qu'une implication des fonds de pension dans le plan d'aide. Selon un porte-parole du ministère allemand des Finances, la troïka avait déjà rejeté une telle proposition le week-end dernier.

Chypre a besoin de 17 milliards d'euros pour éviter la faillite, mais l'UE et le FMI refusent de prêter à Nicosie plus de 10 milliards d'euros, car ils tiennent à ce que la dette publique de l'île ne dépasse pas 100% du PIB en 2020.

Sur l'île même, la situation devient critique en raison de la paralysie du système bancaire. Les virements sont interdits et les banques, fermées depuis le 16 mars, ne rouvriront au plus tôt que mardi. De nombreux cafés, restaurants ou stations-service refusent désormais les paiements par carte de crédit ou par chèque.

"Durant ces trois derniers jours, j'ai constaté une baisse de 70% de la fréquentation. Généralement, les réservations sont complètes le vendredi et durant le week-end. Mais je n'ai presque aucune réservation pour les jours à venir. Je ne sais pas si je vais ouvrir la semaine prochaine", a ainsi indiqué Demos Strouthos, le gérant d'un restaurant dans le centre de Nicosie.

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