DIVERTISSEMENT

Portrait de Manon Gauthier : femme d'influence, femme de culture, femme d'affaires

22/03/2013 11:53 EDT | Actualisé 22/05/2013 05:12 EDT
Courtoisie

Il y a un peu plus de trois ans, Manon Gauthier prenait la tête du Centre Segal des arts et de la scène de Montréal. L’année suivante, elle était nommée parmi les 100 femmes les plus influentes au Canada dans la catégorie « Arts et communications ». À l’hiver 2012, le magazine Premières en affaires soulignait son travail en la citant parmi les « Incontournables de l’industrie du divertissement ».

Après avoir complété un baccalauréat en arts à l’Université Concordia, Manon Gauthier a découvert les dessous de l’industrie culturelle en œuvrant aux côtés de Jacques Primeau, le gérant de Rock et Belles Oreilles, dès la fin des années 80. Elle a ensuite occupé d’importants postes de direction au sein d’agences de communications internationales.

Ses expériences dans le milieu des affaires et de la culture se sont avérées fort bénéfiques, lorsqu’elle a accepté de diriger l’énorme bateau du Centre Segal à l’automne 2009. « Le défi était d’envergure. Je devais prendre une institution solidement et fièrement ancrée dans la communauté juive montréalaise, et en faire un centre multidisciplinaire, multilingue et ouvert sur le monde. Je devais en quelque sorte lui redonner une seconde vie. »

Manon Gauthier affirme que l’institution culturelle devait se repositionner et changer la perception des gens. « Le centre était reconnu pour son théâtre anglophone, mais on devait dépasser la différence linguistique et développer une programmation qui rejoint tout le monde. Depuis 2009, il se passe quelque chose d’extraordinaire. Les spectateurs qui avaient leurs habitudes depuis longtemps se sentent encore chez eux, mais on voit aussi une grande diversité linguistique, culturelle et générationnelle qu’on n’avait pas avant. Les gens ont le sentiment que leurs différences sont les bienvenues. »

Diversifier son offre

Pour arriver à de tels résultats, l’équipe du Centre Segal a décidé de jouer sur plusieurs terrains à la fois. « Tout en continuant de miser sur la force du théâtre anglophone, on a renforcé l’héritage du théâtre musical et yiddish, on a ouvert nos portes à la relève théâtrale, tant en français qu’en anglais, et on a invité les communautés culturelles. Par exemple, on a créé un Macbeth en créole, et on offre du théâtre bilingue sur nos planches. Avec Danse Danse, on a mis sur pieds un lieu de résidence pour la création. Du côté de la musique, le centre a eu envie de faire entendre un échantillon vivant du Montréal linguistique et culturel avec une offre plus diversifiée. On présente du jazz, du classique, de la musique du monde et des artistes québécois en tous genres. »

Même si la directrice du Centre Segal sait que les publics sont loin d’être tous conquis, elle se dit très satisfaite du chemin parcouru. « Dans le passé, la presse francophone ne parlait pas du Centre Segal, mais elle a commencé à couvrir nos activités. Notre public venait principalement de Côte St-Luc, NDG et Westmount, mais on voit aujourd’hui des spectateurs de plusieurs codes postaux partout dans la région métropolitaine. »

Elle est également fière de voir la communauté des affaires emboîter le bas. « Étant donné que les revenus de la billetterie dépassent rarement 25 % de nos besoins financiers, nous avons besoin de diversifier nos sources de revenus. Les mécènes et les philanthropes culturels sont merveilleux, mais nous devons également compter sur les petites, moyennes et grandes entreprises pour nous supporter. »

En plus de l’offre en théâtre, en musique, en danse et en cinéma, le Centre Segal se démarque par la portion jeunesse et académique de son institution. « C’est un modèle qui n’existe pas ailleurs. On crée, on produit, on présente tous les arts dans les deux langues, et on propose une expérience aux spectateurs au-delà du spectacle. Nous avons des programmes éducatifs d’éveil artistique, tant pour les jeunes que pour les adultes. »

Rapprocher les deux solitudes

Refusant de s’asseoir sur ses plus récents succès, Manon Gauthier affirme qu’il est grand temps de rapprocher les deux solitudes. « Je sens encore que les communautés francophones et anglophones se rejoignent peu. On a besoin de construire davantage de ponts entre les artistes et les auditoires des deux milieux. Selon moi, la culture a un rôle extraordinaire à jouer. C’est le lieu parfait où porter la grande dualité qui nous tiraille. »

Un objectif qu’elle tente d’ailleurs de concrétiser avec la vaste programmation de la saison 2013-2014 qui a été dévoilée le 21 mars dernier. Dans le lot des spectacles prévus, notons les pièces Othello, de Shakespeare, et The Seagull, d’Anton Tchekov, ainsi que ceux du pianiste Oliver Jones, du multiinstrumentiste Ben Charest et de la chanteuse-violoncelliste Jorane.

Pour des détails sur la programmation de la prochaine saison, cliquez ici.