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L'idée d'intégration de l'ACDI aux Affaires étrangères avait été lancée dès 2006

22/03/2013 06:23 EDT | Actualisé 22/05/2013 05:12 EDT

OTTAWA - L'idée de démanteler l'Agence canadienne de développement international (ACDI), qui s'est concrétisée jeudi avec le dernier budget fédéral, avait émergé avant même l'arrivée au pouvoir des conservateurs.

Diplomate chevronné et haut fonctionnaire à la tête du comité de transition du nouveau gouvernement de Stephen Harper, Derek Burney suggérait déjà, en 2006, l'intégration de l'ACDI au ministère des Affaires étrangères. Sa proposition avait toutefois provoqué une levée de boucliers de la part des fonctionnaires, mais aussi de la direction du Bureau du conseil privé.

Devant une telle résistance, M. Burney, qui a notamment été ambassadeur du Canada aux États-Unis et chef de cabinet sous le gouvernement de Brian Mulroney, avait alors reculé.

Il a été agréablement surpris de constater que son idée avait été reprise dans le huitième budget du ministre des Finances, Jim Flaherty.

M. Burney ne s'est par ailleurs pas privé, en entrevue avec La Presse Canadienne vendredi, de répondre aux nombreuses critiques émises par des organisations non-gouvernementales dans la foulée du dépôt du budget. Il a qualifié les inquiétudes soulevées «d'insensées» et de «plaintes typiques que font les ONG», des ONG dont le financement dépend essentiellement du gouvernement fédéral, a-t-il fait remarquer.

Pour M. Burney, il s'agit plutôt d'une «décision cohérente», qui permettra d'harmoniser les programmes d'aide à la politique étrangère du Canada. Par ailleurs, M. Burney a souligné que les États-Unis avaient eux aussi intégré leur agence d'aide internationale, la USAID, à son Département d'État et que le tout avait été couronné de succès.

«J'avais eu peu de succès à l'époque avec l'idée de fondre l'ACDI au ministère des Affaires étrangères, mais j'avais des priorités plus importantes comme celle de remettre en un morceau le MAECI après le passage de M. Martin», s'est remémoré M. Burney. L'homme avait également été chargé, en 2006, de ramener sous un même toit les ministères des Affaires étrangères et du Commerce international (MAECI), scindé en deux entités par le gouvernement libéral de Paul Martin.

M. Burney a indiqué que s'il n'avait jamais eu l'occasion, à l'époque, de discuter de son idée avec M. Harper, il n'avait pas manqué de critiquer vertement l'ACDI deux ans plus tard, en 2008. Le comité indépendant sur le rôle du Canada en Afghanistan, présidé par le libéral John Manley, avait alors déposé un rapport accablant pour l'organisation. L'ACDI avait été critiquée pour sa façon d'apporter de l'aide et le comité l'avait pressé de mettre en oeuvre des «projets signatures», qui seraient étiquetés de «canadiens».

Le gouvernement fédéral n'avait que peu de détails à donner vendredi sur la façon dont cette intégration se déroulera. Le ministre des Affaires étrangères, John Baird, a déclaré qu'Ottawa prendrait «une étape à la fois» dans ce dossier. Il a néanmoins souligné que les groupes d'aide ayant émis des inquiétudes quant à leur financement futur devraient refroidir leurs ardeurs.

«Toute agence effectuant un bon travail ne devrait pas avoir de souci à se faire.»

La porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière de développement international, Hélène Laverdière, a quant à elle indiqué vendredi que les opinions étaient divisées au sein des groupes d'aide avec qui elle a échangé.

«Certains n'aiment pas l'idée d'être intégré au MAECI, mais d'autres affirment que ce n'est pas là une nouvelle si terrible. Mais je crois que tout le monde s'inquiète à cause de ce qui s'est passé ces dernières années, avec les compressions financières et le manque de véritable leadership, et de respect, par rapport au mandat de l'ACDI», a-t-elle mentionné.

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