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Le système bancaire, le nerf de la guerre à Chypre

22/03/2013 11:47 EDT | Actualisé 22/05/2013 05:12 EDT

Le secteur bancaire de Chypre, moteur de la prospérité de l'île méditerranéenne depuis deux décennies, a finalement contribué à l'effondrement brutal de l'économie, même si pour les experts, c'est l'aide apportée à sa grande soeur grecque qui a provoqué sa perte.

"Malheureusement, nous avons pris la mauvaise décision d'accepter (en 2012) la décote" des titres publics grecs achetés en 2009 et 2010 et "nous avons perdu 4,5 milliards d'euros", soit le quart du PIB annuel chypriote, alors que "nous répondions à une demande de l'Union européenne" explique Mario Skandalis, un haut dirigeant de la Bank of Cyprus, la première banque commerciale de Chypre.

Avec la Popular Bank (Laiki en grec), la Bank of Cyprus est l'une des plus exposées à la dette grecque. Les deux mastodontes du système bancaire local, qui représentent selon M. Skandalis la moitié des capitaux bancaires sur l'île, sont aujourd'hui menacés de faillite ou de restructuration.

Les autorités chypriotes sont en effet engagées dans une course contre la montre pour trouver d'ici lundi 7 milliards d'euros en échange d'une aide européenne de 10 milliards d'euros pour éviter la banqueroute.

A elle seule, Bank of Cyprus emploie 11.000 personnes, dont 8.000 à l'étranger, en particulier dans ses 199 branches russes et 188 grecques, selon un rapport de l'Association des banques de Chypre.

"Si nous perdons le secteur bancaire, alors, de toute façon, nous serons perdus", assène, désespéré, Marios Zachariadis, professeur d'économie à l'université de Chypre.

Le secteur bancaire de l'île et les services financiers qui y sont liés représentent environ 45% du Produit intérieur brut (PIB) de Chypre (17,5 milliards d'euros), selon M. Skandalis.

Depuis la fin des années 1980, la petite île située aux confins du bassin méditerranéen a accueilli, au gré des conflits et troubles dans la région, des fonds venant du Liban, situé à une demi-heure d'avion, mais aussi de Russie.

"Au début des années 90, beaucoup d'argent est arrivé, du Liban, de Grande-Bretagne (ancien pays mandataire) et aussi de Russie, après l'effondrement de l'ex-Union soviétique", explique M. Zachariadis.

Un taux d'imposition sur les sociétés à 10%, diverses exonérations de taxes sur les plus values et dividendes, des accords de non double-imposition (en particulier avec la Russie) et une législation anglo-saxonne plus libérale ont contribué à alimenter un flux permanent de liquidités à travers le pays et fait gonfler les dépôts bancaires.

En novembre, un rapport d'information du Sénat français réalisé au nom la commission des Affaires européennes dénonçait l'hypertrophie du système bancaire chypriote en évoquant des "actifs bancaires qui représentent 750% du PIB".

Les avoirs russes sur l'île sont estimés par l'agence Moody's à 31 milliards de dollars (24 milliards d'euros), soit plus du tiers des dépôts, évalués par l'Association des banques de Chypre à 69,3 milliards d'euros.

Mais l'alliance historique de Nicosie avec Moscou a contribué à alimenter à l'égard de l'île méditerranéenne des soupçons de paradis fiscal ensoleillé et peu vigilante sur l'origine des fonds, surtout avant son adhésion à l'Union européenne en 2004.

"Une partie des avoirs (étrangers à Chypre) est vraisemblablement illégale, mais dans quelle proportion? Certainement pas davantage qu'en Suisse ou au Luxembourg", estime M. Zachariadis.

"La taille du système est tout à fait raisonnable", tonne M. Skandalis s'étonnant que personne au sein de l'Union européenne ne se montre aussi critique envers les secteurs bancaires de ces deux autres pays.

"Nous voulons rester dans la zone euro, nous appartenons à la famille européenne", insiste M. Skandalis, dénonçant "l'attitude hostile" à l'égard de Chypre de la part de "certains pays", en particulier l'Allemagne.

"Ils (l'UE) poussent Chypre à se tourner vers la Russie", déplore M. Zachariadis. "D'ici 5 ans, nous allons avoir des milliards de revenus issus des gisements de gaz" découverts au large de Chypre, ajoute M. Skandalis. "Comment peuvent-il (l'UE) ne pas voir cela?", lance-t-il.

sw/fc

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