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Le plan chypriote toujours en suspens, Moscou ferme la porte

22/03/2013 05:30 EDT | Actualisé 22/05/2013 05:12 EDT

Chypre, lâchée par la Russie, n'a d'autre choix que de convaincre les Européens des vertus d'un "plan B", que son parlement doit encore adopter vendredi, si elle veut éviter avant lundi la faillite de ses banques avec des conséquences négatives pour la zone euro.

La séance exceptionnelle du Parlement chypriote, convoquée à 10H00 (08H00 GMT), a été retardée en raison du réexamen des projets de loi visant à lever des milliards d'euros par la commission parlementaire des finances.

L'option russe envisagée par Chypre pour obtenir une partie de l'aide nécessaire au sauvetage de l'économie du pays s'est refermée. Les autorités russes ont indiqué sans détours ne pas être intéressées par les propositions de Nicosie après deux jours de discussions à Moscou avec le ministre chypriote des Finances Michalis Sarris.

"Leur proposition était la suivante: créer une société publique regroupant les actifs des gisements gaziers et proposer aux investisseurs russes d'y participer", a expliqué le ministre russe des Finances Anton Silouanov.

"Nos investisseurs ont examiné ces propositions et n'ont pas été intéressés", a-t-il ajouté.

La Russie possède d'importants intérêts économiques à Chypre et les avoirs russes détenus dans les banques chypriotes dépasseraient 20 milliards de dollars, selon certaines estimations.

"Ils nous ont aussi proposé d'entrer (dans le capital) des banques. Mais aucun de nos établissements de crédit n'en a exprimé le souhait", a détaillé le ministre russe.

Du côté de l'Union européenne et de la zone euro, dont Chypre fait respectivement partie depuis 2004 et 2008, l'inquiètude devient de plus en plus palpable alors que l'échéance fixée par le BCE à lundi pour continuer d'apporter une aide d'urgence aux banques du pays s'approche.

La zone euro s'est dite prête à discuter d'une nouvelle proposition de Nicosie, attendue "le plus rapidement possible", selon le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem. Une nouvelle réunion à Bruxelles devrait se tenir dimanche, a-t-on appris de source européenne.

Un responsable du parti de la chancelière allemande Angela Merkel a estimé que la proposition de Chypre de mettre sur pied un fonds d'investissement de solidarité n'allait "pas dans le bon sens" et que le pays "jouait avec le feu".

Le ministre des Finances "Wolfgang Schäuble a bien dit qu'il ne pouvait pas accepter ce point particulier, l'utilisation des retraites", a ajouté M. Kauder dans un entretien à la télévision publique. Pour les partenaires de Nicosie, toute solution qui alourdit l'endettement de Chypre est inacceptable.

"Quand une proposition sera sur la table, je vois de bonnes chances (de se mettre d'accord)", a-t-il dit, "mais nous n'en sommes pas encore là, malheureusement".

Le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle a fait part de son côté de sa "grande inquiétude" face à la situation chypriote qui conduit à "une paralysie dans les décisions de l'Union européenne".

Chypre doit présenter à ses partenaires d'ici lundi un plan de financement à hauteur de 7 milliards d'euros, condition au déblocage par ceux-ci d'une aide de 10 milliards qui éviterait la faillite des banques et de l'économie.

Le "plan B" proposé par le président chypriote Nicos Anastasiades et les responsables politiques du pays reste encore très flou.

Il prévoit l'instauration d'un fonds de solidarité et une législation sur la limitation des mouvements de capitaux. Ce fonds de solidarité utiliserait notamment les liquidités des fonds de retraites de la fonction publique. Il pourrait également être garanti sur les revenus à venir dégagés par l'exploitation, encore à l'étude, des immenses ressources en gaz naturel découvertes au large des côtes de l'île méditerranéenne.

Si aucun accord n'est trouvé avec les partenaires européens de Nicosie d'ici lundi, la BCE a d'ores et déjà prévenu qu'elle couperait l'apport de liquidités d'urgence aux banques non solvables. Les guichets bancaires sont fermés depuis le 16 mars et le resteront jusqu'à mardi, paralysant l'économie du pays.

Les autorités chypriotes devront de toute façon trouver les 7 milliards nécessaires elle-mêmes.

Les bailleurs de fonds potentiels de Nicosie, l'UE et le FMI, refusent de lui prêter plus de 10 milliards d'euros car ils tiennent à ce que sa dette n'aille pas au-delà de 100% du PIB en 2020.

Le ministre russe des finances a également indiqué que la question d'un nouveau prêt n'avait pas été envisagée car un nouvel endettement aurait fait sortir Nicosie du cadre imposé par l'UE. Moscou a déjà prêté 2,5 milliards d'euros à Chypre en 2011.

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