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La manne gazière de Chypre, une bouée de sauvetage encore très virtuelle

22/03/2013 11:29 EDT | Actualisé 22/05/2013 05:12 EDT

Les fonds sous-marins chypriotes recèlent d'importantes réserves de gaz, souvent présentées comme une bouée de sauvetage pour cette île au bord de la banqueroute, mais il faudra des années et de gros investissements pour en tirer les fruits, sans parler des écueils géopolitiques.

Depuis plusieurs années, la Méditerranée orientale est devenue une zone d'exploration gazière très active, et après la découverte en 2010 de gros gisements gaziers au large d'Israël, le gouvernement chypriote a attribué des permis d'exploration en mer au sud de l'île.

Cela a débouché en 2011 sur une première découverte de gaz naturel par l'américain Noble Energy, au fonds d'un puits poétiquement nommé "Aphrodite-1", foré au sud-est de l'île, tout près des gisements israéliens.

Cette découverte a fait naître d'importants espoirs dans le pays, où la perspective d'une possible manne gazière est apparue comme un remède à la profonde crise financière et économique qui secoue le pays. Le gouvernement au aussi tenté d'en faire une monnaie d'échange ou un gage contre une aide européenne ou russe, courtisant en particulier le géant russe du gaz, Gazprom.

Cependant, le potentiel gazier chypriote est très incertain et plusieurs obstacles devront être surmontés avant que le pays ne commence à l'exploiter, probablement pas avant la fin de la décennie.

Dans une présentation datant de décembre, Noble Energy a évalué les ressources brutes du gisement qu'il a détecté en 2011 entre 141 et 227 milliards de mètres cubes. Des chiffres conséquents, comparables dans le meilleur des cas à la production gazière annuelle de la Mer du Nord.

Mais à ce stade, il s'agit uniquement de "ressources", c'est-à-dire la quantité brute de gaz qui serait contenue dans le réservoir sous-marin. Noble Energy n'a pas encore chiffré la taille des "réserves" correspondantes, c'est-à-dire la partie techniquement et économiquement exploitable, et doit mener cette année des forages complémentaires pour les évaluer.

Le ministère chypriote de l'Energie envisage pour sa part des ressources considérables, de l'ordre de 1.700 milliards de mètres cubes, en fondant ses espoirs sur les autres zones où la prospection n'a pas encore commencé.

Chypre a attribué en début d'année de nouvelles licences d'exploration à des compagnies internationales, dont deux au géant pétrolier français Total, et d'autres à l'italien Eni et au sud-coréen Kogas, mais ces opérateurs n'ont pas encore commencé à forer.

Et si le gouvernement chypriote a touché quelques recettes bienvenues en attribuant ces permis aux enchères, "la pleine valorisation des richesses en hydrocarbures du pays ne devrait probablement pas intervenir avant 2020, au plus tôt", prévenait récemment Catherine Hunter, experte du cabinet d'études IHS.

Selon elle, le potentiel gazier chypriote ne devrait pas être clarifié avant 2015-2016.

Et pour passer à la production, il faudra relever d'autres défis, en particulier les aspects techniques liés à la profondeur des réserves et la délicate question des voies de commercialisation, dans un pays tourné vers le tourisme et la finance et dépourvu d'infrastructures adéquates.

Construire un gazoduc pour rattacher Chypre au projet Nabucco entre l'Asie et l'Europe nécessiterait une improbable réconciliation avec la Turquie, qui occupe le tiers nord de l'île depuis 1974 et ne reconnaît pas le gouvernement du Sud.

Et le projet d'usine de gaz naturel liquéfié (GNL) près de la ville balnéaire de Limassol présenté l'année dernière par le gouvernement chypriote, qui envisage d'y retraiter aussi le gaz des réserves israéliennes voire libanaises, a été chiffré à 10 milliards de dollars pour la seule première tranche.

Sans oublier la géopolitique: la Turquie s'oppose fermement à la politique chypriote d'exploration, illégale selon elle, et a déjà envoyé des navires militaires lors des opérations de prospection.

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