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Chypre: l'argent liquide devient roi à mesure que l'incertitude se prolonge

22/03/2013 11:15 EDT | Actualisé 22/05/2013 05:12 EDT

Face à une grave crise financière qui menace leur pays de faillite, les commerçants chypriotes exigent désormais d'êtres payés en espèces, mais la population s'inquiète d'une imminente pénurie de liquidités, les banques devant rester fermées jusqu'à mardi.

Cafés, restaurants, stations-service: nombreux sont ceux qui refusent désormais les paiements par carte de crédit ou par chèque.

"Nos fournisseurs font pression pour être payés en espèces. Je n'ai pas d'autre choix que de demander à mes clients de payer en espèces", affirme Demos Strouthos, le gérant d'un restaurant dans le centre de Nicosie.

"Durant ces trois derniers jours, j'ai constaté une baisse de 70% de la fréquentation. Généralement, les réservations sont complètes le vendredi et durant le week-end. Mais je n'ai presque aucune réservation pour les jours à venir. Je ne sais pas si je vais ouvrir la semaine prochaine", ajoute-t-il.

Les stations-services pourraient également fermer si elles n'avaient plus assez d'argent liquide pour s'approvisionner, a mis en garde vendredi le président de l'association des propriétaires de stations-services, Stefanos Stefanou, qui a cependant précisé que l'île avait suffisamment de réserves de carburant.

Pour éviter d'arriver à cette situation, les stations-services insistent pour être payées en espèces, selon un correspondant de l'AFP.

"Je ne prends que de l'argent liquide. Tous les deux jours je dois payer mon fournisseur en espèces. Je ne prends pas les cartes de crédit ou de débit, surtout celles de Laiki Bank (la banque populaire de Chypre)", a indiqué à l'AFP le gérant d'une station-service située sur l'avenue Makarios, dans le centre de Nicosie.

Et face à l'incertitude, nombreux sont les Chypriotes qui redoutent une pénurie d'argent liquide si les banques, fermées depuis le 16 mars, n'ouvrent pas mardi comme prévu.

Vendredi, des files d'attentes se sont de nouveau formées devant les distributeurs automatiques, notamment ceux de la Banque populaire, les clients craignant une fermeture définitive de la deuxième banque de Chypre qui pourrait faire les frais d'une restructuration du système bancaire.

"J'ai retiré 260 euros à l'instant. C'est la limite quotidienne maintenant. J'ai un peu d'argent liquide à la maison, mais combien de temps allons-nous tenir?", se demande Albert Tutundjian.

Selon lui, les Chypriotes ont peur de garder d'importantes sommes d'argent à domicile. "C'est dangereux. Avoir trop d'argent liquide à la maison, c'est une invitation ouverte au vol. La criminalité va augmenter à Chypre si on ne trouve pas une solution".

Vendredi, certains grands magasins et boutiques de prêt-à-porter de la capitale acceptaient toujours les cartes de crédit et de débit.

"Notre activité commerciale est quelque peu différente. Je ne dois pas effectuer de paiement immédiat à mon fournisseur qui est en Espagne", indique à l'AFP Peter Hadji Thomas, gérant de cinq boutiques de prêt-à-porter à Chypre.

"Hier, deux-tiers de mes paiements ont été effectués en carte de crédit. Mais combien de temps cette situation va-t-elle encore durer? Nous devons attendre et voir", ajoute-t-il.

Chypre doit trouver d'ici lundi 7 milliards d'euros, condition au déblocage par la troïka (UE-BCE-FMI) d'une aide de 10 milliards qui lui éviterait la faillite.

Si aucune solution n'est trouvée d'ici là, la BCE a d'ores et déjà prévenu qu'elle couperait l'apport de liquidités d'urgence aux banques non solvables.

jds/tg/hj

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