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Budget fédéral: Québec monte au front dans le dossier de la main-d'oeuvre

22/03/2013 12:33 EDT | Actualisé 22/05/2013 05:12 EDT

QUÉBEC - Indigné par le budget fédéral, le gouvernement Marois va refuser d'adhérer au nouveau programme sur la formation de la main-d'oeuvre.

Le Québec ne laissera pas le fédéral s'immiscer «dans un domaine où il n'a aucune expertise», a prévenu vendredi le ministre des Relations intergouvernementales canadiennes, Alexandre Cloutier, sans préciser les moyens qui seront mis de l'avant.

Le gouvernement du Québec entend être le seul maître à bord dans le dossier de la main-d'oeuvre et va exiger de son vis-à-vis fédéral qu'il lui verse l'entièreté des sommes consacrées aux mesures d'emploi, a expliqué, de son côté, la ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais.

En point de presse, Mme Maltais a accusé le gouvernement Harper de faire reculer le Québec de 15 ans avec ses nouvelles orientations sur la main-d'oeuvre.

«Nous demandons l'exclusion du Québec de ce nouveau programme fédéral et nous refusons ce recul de 15 ans dans les travaux qui ont été faits pour être efficace et performant en matière de formation», a-t-elle lancé.

Le gouvernement fédéral compte en effet revoir les ententes relatives à la formation de la main-d'oeuvre afin d'imposer ses conditions et établir de nouveaux paramètres, notamment en exigeant une contribution des entreprises.

Le Québec, qui a signé des ententes en 1997 et 2008 qui lui assurent des transferts annuels de 700 millions $ pour l'employabilité, refuse de laisser Ottawa intervenir dans son champ de compétence.

À Ottawa, le député conservateur Jacques Gourde a dit espérer que le gouvernement péquiste changera d'avis.

«Ce serait très malheureux pour le Québec d'être exclu de ce programme de formation», a-t-il dit en entrevue.

«On va tenter par tous les moyens de les convaincre. (...) Le plus important, ici, c'est la population qui a besoin de ces emplois. Sinon, ces emplois vont aller à des étrangers», a ajouté M. Gourde.

Le gouvernement du Parti québécois n'est pas seul dans le camp des indignés à Québec. Les principaux partis d'opposition ont eux aussi condamné les visées d'Ottawa sur la formation de la main-d'oeuvre.

L'abandon graduel du crédit d'impôt sur les cotisations aux fonds de travailleurs suscite également l'indignation unanime de la classe politique au Québec.

L'opposition libérale croit néanmoins que le gouvernement péquiste est responsable des décisions fédérales défavorables au Québec.

«Qu'est-ce qu'il a fait depuis six mois? En fait, ils ont fait le show, ils ont fait la chicane avec le fédéral, ils ont coupé les ponts et détruit tout rapport de force», a déclaré le porte-parole libéral pour le Conseil du trésor, Sam Hamad.

À titre d'exemple, il a rappelé que la ministre Maltais avait perdu toute crédibilité dans sa bataille contre la réforme fédérale de l'assurance-emploi depuis qu'elle a elle-même passé en catimini le couperet à l'aide sociale.

Selon lui, les orientations budgétaires du ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, auraient peut-être été plus acceptables si Québec avait su maintenir ouvertes «les voies de communication» avec le gouvernement Harper.

Manifestement, le gouvernement fédéral n'a pas fait ses devoirs avant la présentation du budget, a quant à lui affirmé le député Christian Dubé, de la Coalition avenir Québec.

M. Dubé a invité le ministre québécois des Finances, Nicolas Marceau, à faire alliance avec son homologue de l'Ontario pour défendre auprès d'Ottawa la compétence des provinces en matière de formation de la main-d'oeuvre.

Que ce soit pour la main-d'oeuvre ou pour les fonds de travailleurs, le gouvernement Marois doit mettre son option nationale de côté et négocier de bonne foi des pistes de solution avec Ottawa, a-t-il fait valoir.

«Le gouvernement fédéral est à blâmer (mais) j'espère que le gouvernement actuel, notre gouvernement du Parti québécois, n'ira pas en profiter, je le souhaite, je touche du bois, pour en faire un débat souverainiste», a soulevé M. Dubé.

Il n'y a pas que du mauvais dans le budget Flaherty, a nuancé le député de Lévis. La reconduction du programme pour les infrastructures, l'aide au secteur aérospatial et le maintien du cap vers l'équilibre budgétaire en 2015 sont d'heureuses nouvelles, a-t-il dit.

De passage à Vancouver pour faire la promotion de son budget, le ministre Flaherty n'a pas répondu directement aux inquiétudes du Québec, mais a indiqué qu'Ottawa était prêt à négocier avec les provinces sur le fonctionnement du programme de formation de la main-d'oeuvre.

Le ministre des Finances croit qu'il est possible d'en arriver à un arrangement flexible.

«Je pense qu'il existe de la place pour négocier et trouver une solution», a déclaré M. Flaherty, après une allocution devant des gens d'affaires.

«La situation n'est pas la même partout au pays. Depuis 2007, nous avons travaillé efficacement avec les provinces sur ce dossier — nous croyons que nous pouvons faire mieux».

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