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Baptême d'"Océanomics", le fruit scientifique de "Tara-Océans"

22/03/2013 10:56 EDT | Actualisé 22/05/2013 05:12 EDT

"Océanomics", un projet scientifique inédit, fruit dans le domaine des recherches fondamentale et appliquée de l'expédition "Tara-océans", première étude planétaire intégrée des écosystèmes planctoniques marins réalisée par la goélette Tara de 2009 et 2012, a été porté sur les fonds baptismaux jeudi à Paris.

Inauguré par un aréopage de "pointures" scientifiques (CNRS, ENS, CEA), au Palais de la Porte Dorée, ce projet ambitieux, lauréat il y a un an du programme gouvernemental des "Investissements d'Avenir" dans sa section "Biotechnologies et Bioressources", sera financé jusqu'en 2020, à hauteur de 7 millions d'euros, par l'Agence nationale de la recherche (ANR).

Il est consacré à l'étude biologique et génomique de la moisson des quelque 30.000 échantillons de micro-organismes marins -- du virus à la méduse -- recueillis pendant 2 ans et demi dans le monde du silence encore trop méconnu des mers du monde, par les marins et chercheurs de "Tara-Océans".

Il engage une centaine de chercheurs et une douzaine de prestigieux laboratoires français et internationaux.

Pour Colomban de Vargas, jeune directeur de recherche du CNRS à la station océanographique de Roscoff et coordinateur d'Océanomics, il ne s'agit pas moins de "comprendre la biocomplexité -- plus de 60% des gènes déjà identifiés dans le phytoplancton (végétal) et zooplancton (animal) depuis le retour de Tara à Lorient en septembre dernier, étaient inconnus des biologistes marins --, mais aussi d'explorer la biopotentialité du plus grand écosystème planétaire: le plancton océanique".

"Les écosystèmes planctoniques couvrent près de 98% du volume de notre biosphère, a-t-il indiqué à l'AFP. La France planctonique, avec ses nombreuses possessions d'outre-mer et autant de Zones économiques exclusives (ZEE, s'étendant à 200 milles marins (370 km) d'une côte nationale), est vingt fois plus étendue que sa superficie terrienne".

Pour le chercheur, "la France, avec ce projet, fait une entrée remarquée dans la +révolution bleue+".

Ce concept scientifique fait référence à la recherche visant à l'application biotechnologique et industrielle potentielle, présente et future, des immenses ressources contenues dans les écosystèmes marins.

"Il y a de 10 à 100 milliards de micro-organismes dans un litre d'eau de mer. C'est une ressource colossale en formes de vie encore inconnues, ainsi qu'en composés bioactifs inexplorés", a-t-il souligné.

Les chercheurs vont cibler leurs travaux -- en fonction de leurs futures découvertes fondamentales -- sur l'énergie propre (les biocarburants), la pharmacie et la médecine, certaines molécules issues d'organismes microscopiques marins étant déjà à l'oeuvre dans la composition des traitements d'affections cutanées ou de pathologies létales comme le cancer.

Mais rien n'aurait été possible sans la circumnavigation scientifique de la goélette Tara et ses équipages de marins et scientifiques qui ont parcouru quelque 140.000 km sur l'Atlantique, la Méditerranée, la mer Rouge, les océans Indien et Pacifique, jusqu'en Antarctique, pour la plus grande "partie de pêche" au plancton jamais réalisée.

Après une longue escale à Paris, de novembre à février derniers, le deux mâts se prépare à larguer de nouveau les amarres en mai à Lorient, pour un tour complet de l'océan Arctique lors de l'été boréal, par les passages du nord-est (Russie) et du nord-ouest (Canada), ultime grande campagne de pêche au plancton, cette fois dans les très hautes latitudes.

PF/CHC

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