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Pietro Mennea: le culte du travail et la manie des détails

21/03/2013 10:18 EDT | Actualisé 21/05/2013 05:12 EDT

L'Italien Pietro Mennea, décédé jeudi à 60 ans, a été plus encore que recordman du monde du 200 m (19.72) pendant 17 ans (1979-1996), un homme normal (1,79 m et 68 kg) transformé en champion par une préparation physique méthodique, maniaque et monacale.

De concert avec son entraîneur historique, "il professore" Carlo Vittori, le champion olympique du 200 m à Moscou (1980) aimait à rappeler comment il avait, athlète blanc sans grandes qualités, escaladé les sommets de la vitesse.

"Pour lutter avec les athlètes noirs, j'ai dû m'entraîner deux fois plus qu'eux", assurait-il. Et ce n'était pas une légende, avec des séances quotidiennes de cinq à six heures, à raison de 350 jours par an durant plus d'une décennie et demie à haut niveau.

"Mon menu type? 25 fois 60 m et 10 fois 150 m", avait expliqué l'Italien à l'AFP, qui l'interrogeait sur le phénomène Usain Bolt. Au vu de l'"exceptionnel potentiel" du Jamaïquain, Mennea n'avait pas été surpris par les chronos réalisés aux jeux Olympiques de Pékin, en 2008, puis aux Mondiaux d'athlétisme de Berlin, l'année suivante.

"Mennea était un ascète du sport, un hymne à la résistance, à la ténacité et à la souffrance. Pour lui l'athlétisme était labeur, quand il était plaisir pour moi. Il était pragmatique, j'étais idéaliste. Entre nous, ce fut un affrontement, comme entre Platon et Aristote", a résumé le Piémontais Livio Berruti, médaille d'or du 200 m aux Jeux de Rome, en 1960.

Considérant qu'il fut sur sa distance fétiche médaillé de bronze à seulement 20 ans lors de la première de ses cinq participations aux JO, en 1972 à Munich, Mennea devait avoir aussi quelques prédispositions à la course rapide.

Son chef-d'oeuvre reste les 19 sec 72/100 accrochés à l'altitude de Mexico, le 12 septembre 1979, marque planétaire qui allait l'habiter pendant 6018 jours. Pourtant, Mennea ne fut jamais aussi fort qu'aux Championnats d'Europe de 1978. Dans la froideur pluvieuse de Prague, il réalisa le doublé 100-200 m, remportant notamment l'épreuve du demi-tour de piste, en 20 sec 16, près de cinq mètres devant ses plus proches concurrents.

Adversaire déclaré du dopage, le sujet lui revint comme un boomerang en 1994 alors qu'il avait attaqué l'incurie des dirigeants de la Fédération italienne d'athlétisme (Fidal). C'est que le sprinter avait admis, quelques années plus tôt, s'être laissé aller à l'interdit en fin de carrière, avant de se raviser.

Surnommé "La Flèche du Sud", Pietro Mennea, né le 28 juin 1952 à Barletta, sur la côte méridionale de l'Adriatique, aura contribué par sa fulgurance à changer l'image négative du Mezzogiorno.

Il y a une vie après la réussite sportive. Troisième d'une fratrie de cinq enfants, le fils de tailleur avait affiché la même détermination dans les études que sur le tartan.

Licencié en droit, sciences politiques, lettres et sciences motrices, il avait embrassé la carrière d'avocat notamment, et celle de député européen, de 1999 à 2004.

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