POLITIQUE

Dessau n'avait pas peur de se faire prendre (EN DIRECT)

21/03/2013 09:58 EDT | Actualisé 21/05/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - La firme de génie Dessau, qui a participé à un système de collusion à Montréal dans les années 2000 et qui a fait du financement illégal de partis politiques, n'a jamais eu peur de se faire prendre, a admis jeudi son vice-président principal, Rosaire Sauriol.

«On n'a pas eu peur», a-t-il avoué devant la Commission Charbonneau.

Interrogé par le commissaire Renaud Lachance qui voulait savoir s'il se disait, en plus, que les peines n'étaient pas importantes pour ce genre d'infractions et d'actes, M. Sauriol a indiqué que «les conséquences sur la réputation de l'entreprise sont plus....», l'ont davantage influencé que les peines prescrites. Ces peines, a-t-il dit, constituaient tout de même «un élément» qui a joué.

Dessau a cessé de participer aux stratagèmes, a fait une déclaration volontaire à l'impôt, s'est doté d'un code d'éthique.

C'est «parce que vous sentiez la soupe chaude», a lancé au témoin la juge France Charbonneau, qui a aussi qualifié cette déclaration volontaire d'«opération de marketing» pour Dessau.

Mais M. Sauriol a répondu que Dessau a 5000 employés, qu'elle devait penser à l'avenir et qu'il «était dans l'intérêt de tous» de divulguer ainsi au fisc sa fausse facturation.

M. Sauriol a admis avoir fait pour 2 millions $ de fausse facturation pour dégager de l'argent comptant afin de contribuer financièrement aux partis politiques. Les employés qui faisaient des dons étaient ensuite remboursés par l'entreprise. Et le tout était imputé au département des ventes et marketing.

«Vous corrompez du monde et c'est déductible d'impôt», s'est exclamé l'avocat de la Ville de Montréal, Me Philippe Berthelet. Le témoin a dû acquiescer.

«En 2000, vous saviez que vous commettiez des infractions au Code criminel?» lui a demandé l'avocat, en contre-interrogatoire.

«Oui, on l'a dit», a répondu le témoin.

«C'est bon de l'entendre», a rétorqué l'avocat de la Ville de Montréal.

Me Berthelet a ensuite tenté de calculer, avec le témoin, combien la collusion entre firmes de génie-conseil avait coûté aux Montréalais en prix gonflés.

Mais M. Sauriol s'est fait réticent, affirmant qu'on ne pouvait conclure à des prix nécessairement gonflés, faisant une comparaison avec le prix du baril de pétrole qui grimpe, puis baisse par la suite, sans qu'on conclut à des prix gonflés.

«Ça a coûté plus cher aux Montréalais de 12 millions $ votre collusion. Ça ne vous gêne pas, ça?», s'est exclamé Me Berthelet.

«C'est votre hypothèse», a répondu le vice-président principal de Dessau.

On a aussi appris, jeudi, que M. Sauriol a offert un certificat cadeau de 5000 $ pour un voyage à l'ancien responsable du financement du parti Union Montréal, Bernard Trépanier, pour ses 70 ans.

Pourtant, M. Sauriol avait témoigné du fait que si la firme faisait des contributions politiques, ce n'était pas de gaieté de coeur, mais parce qu'elle était sollicitée de façon pressante par les partis politiques.

Et Dessau a aussi fait affaires avec une firme de M. Trépanier. Dessau lui a confié un mandat de développement des affaires, d'organisation d'un tournoi de golf et de représentation de la firme hors de Montréal.

«Vous trouvez approprié de faire affaires avec lui en plus de ce type d'activités-là pour qu'il vous représente hors de Montréal? C'est ce genre de personne-là que vous voulez qui vous représente hors Montréal?» s'est étonné le commissaire Lachance. Le témoin a acquiescé.

L'avocat de l'Association de la construction du Québec, Me Daniel Rochefort, de son côté, s'est attardé à démontrer qu'il avait contrevenu aux codes d'éthique de sa propre entreprise et de l'Ordre des ingénieurs. Le code de Dessau dit en effet que la firme a développé une relation de confiance avec ses clients depuis 50 ans.

«Si vous avez des recommandations sur notre code d'éthique, vous êtes les bienvenus hein?» a lancé M. Sauriol.

«La première serait peut-être de les suivre», a rétorqué la juge France Charbonneau.

Par ailleurs, M. Sauriol a nié qu'il y ait eu collusion pour obtenir des contrats dans le dossier de la construction du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), un dossier pourtant sous la loupe des autorités policières pour lequel il y a même eu des accusations. «Nous sommes un sous-traitant de SNC-Lavalin, alors comme sous-traitant de SNC-Lavalin, la réponse c'est non.»

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