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Chypre: l'opacité financière dénoncée après des années de bienveillance

21/03/2013 05:25 EDT | Actualisé 21/05/2013 05:12 EDT

En pleine crise, Chypre est accusée de tous les maux: blanchiment d'argent, opacité financière, secteur bancaire hypertrophié. Mais si les ONG classent de longue date l'île parmi les paradis fiscaux, les institutions internationales ont été jusqu'ici assez bienveillantes.

La zone euro et le Fonds monétaire international (FMI), appelés à la rescousse de ce petit pays méditerranéen, n'ont pas de mots assez durs pour décrire les dérives de son économie. Et justifier ainsi leur intervention pour sauver un Etat membre de l'Union monétaire européenne.

Le ministre français des Finances Pierre Moscovici a évoqué une "situation d'hypertrophie et d'hypergénérosité du secteur financier chypriote", au bord de la "faillite", ce qui en fait à ses yeux un "cas très spécifique de la zone euro".

Le système bancaire représente "sept fois le produit intérieur brut (PIB) du pays", les dépôts sont "rémunérés à 5% ou 6% par an minimum", et les non-résidents comptent pour une très grande partie de ces dépôts, a-t-il égrené, rappelant l'existence d'"intérêts russes".

De fait, les dépôts des non-résidents à Chypre atteignaient, fin septembre 2012, 20 milliards d'euros, sur un total de 52,2 milliards, selon une étude de l'Institut de la finance internationale (IIF), le lobby bancaire mondial. L'IIF cite aussi des chiffres de la Banque centrale européenne (BCE) indiquant que 85% environ des dépôts de ces non-résidents, proviendraient de pays situés hors de l'Union européenne, plusieurs sources mentionnant la Russie, l'Ukraine, voire le Liban.

Certains pays, Allemagne en tête, soupçonnent aussi Nicosie de fermer les yeux sur le blanchiment d'argent --un audit indépendant réclamé par les Européens est attendu.

Et le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble classe désormais Chypre parmi les pays où on "paye moins d'impôts" et où on est aussi "moins contrôlé", ce qui n'est pas très loin de la définition d'un paradis fiscal.

Autant de commentaires qui rejoignent le diagnostic du Tax Justice Network, qui regroupe les organisations non gouvernementales (ONG) en pointe sur ces dossiers.

Dans son dernier classement du "secret financier", Chypre occupe le 20e rang sur 71 pays. En cause, notamment, un secret bancaire encore peu combattu et une coopération seulement partielle en matière de blanchiment d'argent issu de la criminalité.

"Pour nous, Chypre est encore un paradis fiscal très opaque, c'est un des trous noirs de la zone euro", explique à l'AFP Mathilde Dupré, de l'ONG CCFD-Terre solidaire.

Pourtant, les organisations internationales, dont sont membres les pays qui aujourd'hui critiquent l'économie chypriote, ont plutôt fermé les yeux sur autant de mauvaises pratiques.

Nicosie a été autorisée à adhérer à l'Union européenne en 2004 et a adopté la monnaie commune en 2008.

Le Groupe d'action financière (Gafi), chargé de la lutte contre le blanchiment d'argent, ne classe pas l'île parmi les mauvais élèves, même si dans le dernier rapport d'évaluation, fin 2011, les experts relevaient que les lois répressives étaient encore trop peu appliquées, avec peu ou pas de poursuites et condamnations.

De son côté, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui coordonne la lutte institutionnelle contre les paradis fiscaux, n'a pas non plus stigmatisé Chypre dans les listes publiées en 2009. Motif: le pays avait signé suffisamment de traités fiscaux avec d'autres Etats.

Depuis, un Forum fiscal mondial passe au crible les différents territoires. Chypre a fait l'objet d'un premier rapport en avril 2012 sur son cadre législatif, dans lequel plusieurs défaillances sont relevées.

Parmi les principales recommandations, "les plus sérieuses portent sur la disponibilité d'informations comptables", nettement insuffisante, affirme à l'AFP un responsable de ce forum chapeauté par l'OCDE, Andrew Auerbach. "C'est clairement quelque chose que Chypre doit améliorer", dit-il.

Dans le rapport, les experts déplorent aussi que, lorsque l'administration fiscale chypriote demande des informations à un contribuable à la demande d'un pays tiers, elle soit obligée de lui dire quel Etat est à l'origine de la requête, au risque de mettre en péril l'enquête concernée.

Le forum mondial a entamé en décembre un nouvelle évaluation, portant sur les pratiques chypriotes, dont le résultat est attendu d'ici la fin de l'année.

fff/sw

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