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Chypre: la BCE pose un ultimatum, Nicosie exclut toute taxe sur les dépôts

21/03/2013 08:23 EDT | Actualisé 21/05/2013 05:12 EDT

Paralysée par la crise financière, Chypre était suspendue jeudi à la présentation d'un "plan B" par les autorités pour éviter une faillite de ses banques désormais exposées à un ultimatum de la BCE.

Le président du pays, Nicos Anastasiades, a réclamé qu'une décision soit prise "jeudi au plus tard" par les élus chypriotes sur une version amendée du plan de sauvetage européen. Sur l'île, les banques, fermées depuis le week-end dernier, vont le rester jusqu'à la semaine prochaine.

Face à cette paralysie, la BCE a indiqué qu'elle maintenait la fourniture de liquidités d'urgence pour Chypre jusqu'à lundi. Mais cette bouée de sauvetage s'accompagne d'un ultimatum car, après cette date, ces liquidités d'urgence "ne pourront être envisagées que si un programme UE/FMI est en place qui assure la solvabilité des banques concernées", a ajouté la BCE.

Pour Marie Diron, économiste du groupe de conseil et d'audit Ernst & Young, la BCE vient de poser un ultimatum aux négociateurs du plan d'aide chypriote.

"Elle veut montrer l'urgence des choses à Chypre, à l'Union européenne mais aussi à Moscou", a-t-elle déclaré à l'AFP. La Russie s'est invitée dans les négociations avec Nicosie en raison des sommes énormes déposées par ses ressortissants auprès des banques de l'île méditerranéenne.

Le "plan B" exclut toute taxe sur les dépôts bancaires, une disposition qui avait provoqué le rejet mardi par le Parlement de l'île méditerranéenne d'une première mouture du plan de sauvetage européen.

Le président Anastasiades a rencontré les responsables politiques du pays jeudi matin et le nouveau plan pourrait être présenté au parlement dans l'après-midi, selon des sources gouvernementales.

"Le sujet de la taxe n'était pas sur la table", a déclaré à l'issue de la réunion le président du Parlement Yiannakis Omirou.

Le porte-parole du gouvernement a indiqué de son côté que ce plan prévoyait la création d'un fonds d'investissement de solidarité.

Les responsables européens faisaient également monter la pression sur les autorités chypriotes. La crise à Chypre pose un "risque systémique" pour la zone euro, a affirmé le chef de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem. "Nous devons travailler à un programme qui mettra fin à ce risque", a-t-il souligné devant le Parlement européen.

Chypre, membre de l'UE depuis 2004 et de la zone euro depuis 2008, doit trouver les moyens de financer sa part du plan de sauvetage européen qui s'élève à 7 milliards d'euros sur un total de 17 milliards d'euros. Le plan initial prévoyait que 5,8 milliards proviennent de la taxe sur les dépôts bancaires.

Ses partenaires européens lui apporteront en échange 10 milliards d'euros pour renflouer ses banques et payer ses dettes.

Nicosie s'est aussi tournée vers Moscou, partenaire économique de premier plan et avec lequel les liens culturels sont très forts, pour demander de l'aide.

Le ministre chypriote des Finances Michalis Sarris est en Russie depuis mardi pour essayer d'obtenir une extension du crédit de 2,5 milliards d'euros accordé à Nicosie en 2011 et qui arrive à terme en 2016.

La crise chypriote a provoqué une forte tension entre la Russie et l'Union européenne, les Russes ayant protesté contre les projets de taxer les dépôts des sociétés et ressortissants russes à Chypre qui dépasseraient, selon certaines estimations, 20 milliards d'euros.

Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a ainsi menacé jeudi de revoir la part de l'euro dans les réserves du pays si le règlement de la crise financière à Chypre lèse les intérêts russes, une déclaration fait cependant avant l'annonce des Chypriotes disant que la taxe était désormais exclue.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, également présent dans la capitale russe jeudi, a rejeté les critiques russes soulignant que Bruxelles avait été "en consultations avec la Russie depuis un certain temps" sur le sujet.

Dmitri Medvedev a indiqué que la délégation chypriote avait "apporté toute une série de propositions concernant notamment des actifs que la Russie serait intéressée d'acquérir".

Des informations de presse ont évoqué de possibles rachats d'actifs dans le secteur bancaire ou énergétique, l'île méditerranéenne disposant d'importantes réserves d'hydrocarbures au large de ses côtes méridionales.

A Chypre, les habitants pouvaient encore retirer de l'argent aux guichets, mais tous les virements sont bloqués.

Le "plan B" doit permettre à l'île, touchée de plein fouet par la crise grecque et la récession économique, de se sortir de la paralysie tout en garantissant la viabilité à long terme de son économie. Celle-ci repose essentiellement sur le tourisme et les placements étrangers, compte tenu du régime fiscal favorable aux entreprises.

La Commission européenne a souligné que Nicosie devait présenter une solution garantissant que la dette publique chypriote reste soutenable. Or, si Chypre sollicitait un prêt plus important que les 10 milliards d'euros accordés par la zone euro et le FMI, sa dette publique dépasserait mécaniquement le seuil de 100% du PIB en 2020 retenu dans le plan de sauvetage initial.

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