NOUVELLES

Chypre étudie un "plan B", les banques restent fermées

20/03/2013 02:36 EDT | Actualisé 20/05/2013 05:12 EDT

Les banques chypriotes, fermées depuis cinq jours, le resteront cinq jours encore, pendant que les dirigeants étudient un "plan B" pour empêcher une faillite de l'île après le rejet par le Parlement d'une aide européenne prévoyant une taxe sur les dépôts bancaires.

Chypre est prise en tenailles entre les bailleurs de fonds européens -- qui exigent qu'elle mette sur la table au moins 7 milliards d'euros, dont 5,8 mds en taxant les dépôts bancaires, en échange d'un prêt de 10 milliards d'euros -- et son allié traditionnel russe.

Ses partenaires européens se sont dits prêts à examiner un plan de sauvetage remodelé.

Jörg Asmussen, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), s'est dit "persuadé" qu'un plan de sauvetage était "dans le meilleur intérêt de Chypre et de tous les Etats membres de la zone euro", dans un entretien à l'hebdomadaire Die Zeit à paraître jeudi.

La chancelière allemande Angela Merkel, qui s'est entretenue à plusieurs reprises avec le président chypriote Nicos Anastasiades, a pour sa part affirmé que trouver une solution pour Chypre était un "devoir" pour les pays de la zone euro.

Dans le même temps, le ministre chypriote des Finances, Michalis Sarris, était en Russie pour essayer d'obtenir une extension du crédit de 2,5 milliards d'euros accordé à Nicosie en 2011 et qui arrive à terme en 2016.

La mesure inédite de taxe sur les dépôts, qui met fortement à contribution les fortunes russes placées à Chypre, a provoqué la colère de Moscou.

Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a estimé que "toutes les erreurs possibles" avaient été commises dans l'approche de la crise financière à Chypre, et souhaité une approche "réfléchie" pour ne pas nuire aux relations Russie-UE.

A Nicosie, les réunions se succédaient pour trouver une solution à la crise.

Le gouvernement s'est à nouveau réuni mercredi en fin d'après-midi, et le président Anastasiades a convoqué une réunion des chefs de file parlementaires jeudi à 07H30 GMT.

"Un groupe composé d'experts de chaque parti politique s'est rendu à la Banque centrale pour discuter d'un plan B pour le financement et la réduction du montant de 5,8 milliards d'euros", a déclaré le porte-parole du gouvernement, Christos Stylianides.

Selon la radio publique, les autorités chypriotes envisagent une loi restreignant les sorties en liquide du pays une fois les banques rouvertes, et scindant les établissements en deux catégories, bonnes et mauvaises banques.

Les établissements financiers, qui n'ont pas réouvert après le week-end pour empêcher une ruée aux guichets de clients inquiets et une fuite massive de capitaux, vont rester fermer jusqu'à mardi, a indiqué la Banque centrale.

S'il est encore possible de retirer de l'argent aux guichets, tous les virements sont bloqués.

"On ne peut pas acheter, on ne peut pas vendre", a résumé Costakis Sophoclides, directeur d'une société de produits surgelés, s'inquiétant pour ses 25 employés.

Mercredi en fin de journée, aucun accord se dégageait sur une aide de Moscou, selon une source gouvernementale russe.

Selon les agences de presse russes, les négociations devaient se poursuivre jeudi, coïncidant avec une visite programmée du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso à Moscou.

M. Medvedev a souligné que la crise chypriote ferait l'objet d'une "attention particulière", lors de la rencontre.

La Commission européenne a souligné que Nicosie devait présenter une solution garantissant que la dette publique chypriote reste soutenable -- or si Chypre sollicitait un prêt plus important que celui accordé par la zone euro et le FMI, sa dette publique dépasserait mécaniquement le seuil de 100% du PIB en 2020 retenu dans le plan de sauvetage initial.

Le président français François Hollande a souligné lors d'un entretien avec M. Anastasiades la nécessité que Chypre apporte la "contribution convenue" au plan d'aide européen.

Selon un porte-parole du gouvernement chypriote, une éventuelle nationalisation des fonds de pensions d'institutions publiques et semi-publiques pourrait rapporter 3 milliards d'euros. Une autre solution pourrait être la fusion des deux principales banques pour réduire le montant de la recapitalisation nécessaire.

Autre piste: une aide de la puissante Eglise orthodoxe de Chypre. Son chef, l'archevêque Chrysostomos II, a déclaré que l'Eglise était prête à mettre son énorme patrimoine foncier et ses avoirs à la disposition de l'Etat, sous forme de garantie.

Nicosie pourrait aussi jouer la carte énergétique grâce aux réserves de gaz récemment découvertes au large de ses côtes méridionales, qui laissent présager des revenus massifs d'ici une décennie.

Selon le quotidien russe Vedomosti, la banque russe Gazprombank, détenue à 41% par le géant public gazier Gazprom, a proposé à Chypre une aide financière en échange de licences d'exploitation du gaz naturel.

cc-cnp/feb

PLUS:afp