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Centrafrique: la rébellion dit reprendre les armes malgré des concessions du pouvoir

20/03/2013 05:12 EDT | Actualisé 20/05/2013 05:12 EDT

L'annonce mercredi par la rébellion centrafricaine Séléka qu'elle reprenait les armes en raison du non-respect des accords de paix de Libreville fait planer la menace de nouveaux combats, notamment à Bangui, malgré des concessions tardives du président François Bozizé en soirée.

"L'ultimatum est terminé. Nous allons retourner aux armes", a affirmé à l'AFP le colonel Djouma Narkoyo, un des chefs militaires rebelles, soulignant que le président Bozizé, au pouvoir depuis 2003, n'avait pas respecté les accords de paix signés à Libreville le 11 janvier.

Dimanche, la rébellion avait donné 72 heures au pouvoir pour respecter les accords et retient depuis à Sibut (160 km au nord de Bangui), cinq ministres issus de la rébellion et membres du gouvernement d'union nationale formé après les accords de Libreville. Parmi les ministres retenus, jusqu'ici chef officiel de la rébellion, le vice-Premier ministre Michel Djotodia, et le ministre des Forêts, le général Mohamed Dhaffane.

Mercredi soir, le président Bozizé a signé deux décrets portant sur les revendications du Séléka. Il a notamment fait libérer "tous les prisonniers politiques et de guerre mentionnés dans les accords de Libreville" et levé le couvre-feu à Bangui, ouvrant ainsi la voie à la suppression des barrages mis en place par ses partisans. Ceux-ci contrôlaient de nombreux axes dans la capitale et étaient accusés de racket voire d'arrestations illégales de sympathisants présumés de la rébellion.

Toutefois, le colonel Narkoyo a estimé en soirée: "Ce n'est pas encore ça. Ca ne suffit pas (...) Il (Bozizé) a fait semblant de signer des décrets mais il n'a pas parlé du recrutement de nos éléments dans l'armée centrafricaine (...) ni du départ des troupes centrafricaines et ougandaises".

Il n'a toutefois pas fermé la porte. S'il a souligné que le Séléka étudiait encore sa "stratégie", il a concédé: "On peut lui (Bozizé) accorder une chance s'il accepte d'exécuter les revendications. Ces revendications existent depuis le 11 janvier mais on peut encore lui donner un délai: il faut qu'il mentionne sa volonté de ramener la paix dans le pays".

Les deux principaux points d'achoppement sont la présence des troupes sud-africaines et ougandaises dans le pays et l'intégration des combattants Séléka dans l'armée. La rébellion estime que ces troupes ont été appelées par le président Bozzizé pour se maintenir au pouvoir. Elle réclame l'unique présence de forces sous-régionales.

Actuellement, l'effectif de la Fomac (la force mixte) composée de Tchadiens, Congolais, Camerounais et Gabonais est estimé à environ 500 hommes alors que la France dispose dans le cadre de l'opération Boali de 250 hommes qui ne sont pas intervenus pendant l'offensive rebelle entamée le 10 décembre et qui s'est achevée aux portes de Bangui le 11 janvier sous la pression internationale. Le président français François Hollande avait clairement indiqué que ces troupes n'étaient là que pour défendre les ressortissants et intérêts français.

La veille, le Premier ministre issu de l'opposition Nicolas Tiangaye avait aussi donné des gages à la rébellion lançant "un appel pressant (...) pour que l'esprit de dialogue qui a prévalu à Libreville puisse demeurer". Il avait souligné que l'intégration des combattants Séléka n'étaient pas prévus dans l'accord de Libreville.

De sources proches de l'opposition et du pouvoir, le départ des troupes étrangères non sous-régionales étaient, selon les termes de l'accord, un principe acquis mais conditionné par l'évaluation de la situation sécuritaire.

"Le dialogue" est la "seule solution à la crise actuelle (...). 1,5 million de nos concitoyens sont devenus déplacés internes et vivent dans des conditions nécessitant une assistance humanitaire urgente. Les populations civiles sont victimes de graves violations des Droits de l'Homme: assassinats, viols, pillages et vols", a-t-il souligné.

Une source proche du président Fraçois Bozizé a indiqué à l'AFP "toutes les revendications de la rébellion ont été acceptées. Alors, ils n'ont plus aucune raison de jouer les va-t-en-guerre".

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