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Que faisait et que savait Bergoglio pendant la guerre sale en Argentine?

14/03/2013 10:34 EDT | Actualisé 14/05/2013 05:12 EDT
AP
Pope Francis waves to the crowd from the central balcony of St. Peter's Basilica at the Vatican, Wednesday, March 13, 2013. Cardinal Jorge Bergoglio, who chose the name of Francis is the 266th pontiff of the Roman Catholic Church. (AP Photo/Dmitry Lovetsky)

BUENOS AIRES, Argentine - Le pape François est connu pour son humilité et sa réticence à parler de lui-même. Cet effacement de soi, disent ses partisans, explique pourquoi il n'a pratiquement jamais réfuté une des allégations les plus sérieuses dont il fasse l'objet: qu'il comptait parmi les dirigeants de l'Église à avoir activement appuyé la dictature meurtrière d'Argentine.

Tous s'entendent pour dire que Jose Mario Bergoglio, comme la majorité des autres Argentins, n'a jamais défié ouvertement la junte militaire au moment où celle-ci, entre 1976 et 1983, enlevait et tuait des milliers de dissidents dans le cadre d'une «guerre sale» lancée pour éliminer l'opposition de gauche.

Mais le biographe officiel du nouveau pape, Sergio Rubin, épingle le blâme sur l'Église catholique en général et estime qu'il serait injuste de pointer le doigt uniquement en direction de monseigneur Bergoglio.

«D'une certaine manière tous les Argentins ont fini par être complices» à une époque où tous étaient susceptibles d'être dénoncés, a-t-il déclaré au cours d'une entrevue accordée à l'Associated Press peu de temps avant le conclave.

Certains militants argentins des droits de la personne affirment eux aussi que le nouveau pape ne mérite pas d'être placé dans le même bateau que d'autres leaders de l'Église qui s'étaient alignés étroitement sur la dictature.

«Il n'a peut-être jamais eu le courage démontré par d'autres prêtres, mais il n'a jamais collaboré avec la dictature, a dit jeudi Adolfo Perez Esquivel, qui a remporté le prix Nobel de la paix en 1980 pour avoir documenté les gestes de la junte. Bergoglio n'a jamais été un complice de la dictature. On ne peut pas lui reprocher ça.»

Mais d'autres sont beaucoup moins indulgents envers lui et font remarquer qu'il a invoqué la loi argentine à deux reprises pour éviter de devoir témoigner lors de procès pour torture et meurtre, en lien avec des événements survenus pendant la dictature. Quand il a finalement témoigné en 2010, ses réponses seraient demeurées vagues.

«La conduite de l'Église est remplie d'hypocrisie, et encore plus celle de Bergoglio, a lancé Estela de la Cuadra, dont la mère a fondé un groupe dédié à la recherche des personnes disparues sous la dictature. Il a y de multiples procès maintenant, et Bergoglio refuse systématiquement de les appuyer.»

L'accusation la plus cinglante lancée contre monseigneur Bergoglio concerne le sort réservé à deux prêtres jésuites dont il avait la responsabilité. Ces deux prêtres — Orlando Yorio et Francisco Jalics — travaillaient dans les bidonvilles quand ils ont été arrêtés et torturés. Monseigneur Bergoglio a déclaré à Sergio Rubin qu'il avait demandé aux deux prêtres de cesser leur travail, mais qu'ils avaient refusé.

«Je les ai prévenus d'être très prudents, a-t-il dit. Ils étaient trop vulnérables à la paranoïa de la chasse aux sorcières. Parce qu'ils sont restés dans le barrio, Yorio et Yalics ont été enlevés.»

Les deux religieux ont éventuellement été libérés. Mais plus tard, le père Yorio a publiquement accusé monseigneur Bergoglio de les avoir essentiellement livrés aux escouades de la mort en refusant d'endosser publiquement leur travail. Le père Yorio est maintenant décédé pendant que le père Jalics, qui s'est retiré dans un monastère allemand, refuse de discuter de ces événements.

Sergio Rubin affirme que monseigneur Bergoglio a longtemps hésité avant de lui raconter le reste de l'histoire. Alors âgé d'une trentaine d'années, le Jésuite aurait convaincu le prêtre personnel du dictateur Jorge Videla de le laisser dire la messe à sa place. Il aurait ensuite profité de cette occasion pour lancer un appel privé à la clémence en faveur des deux prêtres.

Sous la gouverne de monseigneur Bergoglio, les évêques argentins ont publié des excuses communes, en 2012, pour ne pas avoir fait assez pour protéger leurs ouailles sous la dictature. Mais le communiqué blâmait la violence de l'époque autant sur la junte que sur ses ennemis.

«Bergoglio a sévèrement critiqué les violations des droits de la personne pendant la dictature, mais il a aussi toujours critiqué la guérilla de gauche; il n'oublie pas cette partie», a dit M. Rubin.

Monseigneur Bergoglio a aussi été accusé d'avoir abandonné à son sort la famille De la Cuadra, dont une jeune femme qui était enceinte de cinq mois quand elle a été enlevée et tuée en 1977. La famille a lancé un appel au leader des Jésuites, à Rome, qui a demandé à monseigneur Bergoglio d'intervenir. Les policiers lui auraient alors répondu que la jeune femme était décédée et que son bébé avait été confié à une famille importante. Malgré son implication personnelle dans cette affaire, monseigneur Bergoglio a témoigné en 2010 qu'il n'a découvert l'existence d'éventuels bébés volés qu'après la fin de la dictature.

En bout de compte, dit Sergio Rubin, monseigneur Bergoglio n'était ni meilleur, ni pire que les autres leaders religieux argentins de l'époque.

«Certains étaient impliqués jusqu'au cou», a-t-il dit, en citant l'exemple de l'aumônier de la police Christian Federico von Wernich, qui est aujourd'hui incarcéré à vie pour enlèvement et torture. «Et il y a ceux qui ont tout risqué pour défier la junte et qui y ont laissé leur vie», a-t-il ajouté, comme l'évêque Enrique Angelelli qui a été tué lors d'un accident de la route mystérieux alors qu'il était en possession de preuves concernant l'assassinat de deux prêtres.

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