MONTRÉAL - Coup de tonnerre dans le monde des médias, jeudi: après 14 années tumultueuses à la tête de Québecor (TSX:QBR.B), Pierre Karl Péladeau a annoncé qu'il allait quitter en mai ses fonctions de président et chef de la direction.

«Je fais ce travail depuis presque 25 ans et je me suis consacré entièrement aux intérêts de nos actionnaires, a-t-il déclaré, la voix étreinte par l'émotion, au cours d'une téléconférence. Ma vie s'est résumée à Québecor, bien souvent à l'exclusion de toute autre chose.»

L'homme de 51 ans veut passer plus de temps avec sa conjointe, Julie Snyder, et leurs trois enfants. Il compte aussi s'occuper des «missions philanthropiques» de Québecor et des dossiers «stratégiques» du conglomérat.

Parmi ceux-ci, on compte la transformation continue du secteur des médias, les investissements à faire dans le réseau cellulaire de Vidéotron et, surtout, les efforts de Québecor pour installer une équipe de hockey de la Ligue nationale à Québec, a indiqué Françoise Bertrand, présidente du conseil d'administration de l'entreprise, au cours d'un entretien téléphonique.

À l'assemblée annuelle du 8 mai, M. Péladeau deviendra vice-président du conseil de Québecor et président du conseil des filiales Québecor Média et TVA (TSX:TVA.B). Serge Gouin, qui présidait le conseil de Québecor Média depuis 1999, prendra sa retraite.

Celui que l'on surnomme PKP est l'actionnaire de contrôle de l'entreprise fondée en 1965 par son père, Pierre Péladeau. Il a assuré jeudi ne pas avoir l'intention de céder les actions de la famille.

Pierre Karl Péladeau s'est joint à Québecor comme adjoint de son père en 1985. Il est devenu président et chef de la direction de l'entreprise en avril 1999.

C'est Robert Dépatie, qui dirige Vidéotron depuis 2003, qui deviendra président et chef de la direction de Québecor. Manon Brouillette sera la nouvelle présidente de Vidéotron, où elle travaille depuis 2004.

Les dernières années ont été fort mouvementées chez Québecor. Elles ont notamment été marquées par le lock-out au Journal de Montréal, le lancement du réseau cellulaire de Vidéotron, la mise en ondes du canal TVA Sports et le rachat d'une bonne partie de la participation de la Caisse de dépôt et placement du Québec dans Québecor Média.

M. Péladeau laisse une entreprise en bonne santé financière. Les investisseurs le reconnaissent: le cours de l'action de Québecor s'est établi à 46,28 $ mardi, un sommet qu'il n'avait pas atteint depuis le début de l'année 2000.

Le géant médiatique est toutefois confronté à des défis grandissants. Depuis quelques années, les secteurs des médias d'information, de l'édition de livres et de la distribution de produits culturels (Archambault) voient leurs résultats fléchir alors que la croissance de Vidéotron, jadis fulgurante, ralentit.

Résultats

Au quatrième trimestre de 2012, Québecor a enregistré des profits nets de 9,2 millions $ (15 cents par action), en forte baisse par rapport aux 85,4 millions $ (1,34 $ par action) dégagés pendant la même période de l'an dernier. Les résultats ont notamment été plombés par des pertes liées à des instruments financiers et le refinancement de dettes.

En excluant les éléments exceptionnels, le bénéfice par action s'est élevé à 89 cents alors que les analystes financiers tablaient en moyenne sur 1,13 $.

Les revenus trimestriels ont atteint 1,14 milliard $, en baisse de 0,5 pour cent.

«Ces résultats montrent clairement l'impact de la concurrence accrue de Bell, qui s'est traduite par un faible niveau de nouveaux abonnés (chez Vidéotron)», a commenté l'analyste Maher Yaghi, de Valeurs mobilières Desjardins, dans une note.

Pour l'ensemble de 2012, les profits nets ont totalisé 167,7 millions $ (2,65 $ par action), en baisse de 16,6 pour cent par rapport aux 201 millions $ (3,14 $ par action) engrangés en 2011. Les revenus annuels se sont chiffrés à 4,35 milliards $, en hausse de 3,5 pour cent.

L'action de Québecor a perdu 5,2 pour cent jeudi pour clôturer à 43,66 $, à la Bourse de Toronto.

Voir aussi: les 7 géants des médias au Canada
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  • Les 7 géants des médias au Canada

  • Postmedia - 1,1 milliard $

    Postmedia a été créée en 2010, après le démantèlement de Canwest. Un consortium mené l'ancien PDG de Canwest Paul Godfrey a acheté actifs des journaux de Canwest, dont le National Post, le Ottawa Citizen et le Calgary Herald, de même que deux quotidiens de Vancouver. En photo: le PDG de Postmedia, Paul Godfrey <em>*Selon les chiffres annoncés par l'entreprise</em>

  • Torstar - 1,48 milliard $

    Torstar détient le Toronto Star, plus important quotidien au pays. L'entreprise détient aussi la chaîne de magazine Metroland et l'éditeur Harlequin, qui publie des romans à l'eau-de-rose. En photo: l'édifice de Torstar à Toronto <em>*Selon les chiffres annoncés par l'entreprise</em>

  • Shaw - 4,74 milliards $

    Le géant du câble dans l'ouest canadien est entré dans les ligues majeures en 2009 avec l'achat de plusieurs affiliés de CTV. L'entreprise fondée par Jim Shaw est toujours contrôlée par sa famille. En photo: le PDG Brad Shaw <em>*Selon les chiffres annoncés par l'entreprise</em>

  • Quebecor - 9,8 milliards $

    Fondée par Pierre Péladeau, l'entreprise détient Sun Media et la chaîne de quotidiens Osprey, de même que Vidéotron, TVA et nombre de publications et de sites web. Le fils de Pierre Péladeau, Pierre-Karl, a occupé le poste de PDG de 1999 à 2013. Depuis mars 2013, Robert Dépatie occupe ce poste. Photo: Pierre-Karl Peladeau <em>*Selon les chiffres annoncés par l'entreprise</em>

  • Rogers - 12,1 milliards $

    Fondée par Ted Rogers, Rogers Communications est un acteur de premier plan dans le secteur du câble et des services sans-fil. L'entreprise contrôle Rogers Media, qui détient 70 publications, 54 stations de radio et plusieurs chaînes de télé, dont CityTV et The Shopping Channel. En photo: Le PDG de Rogers, Nadir Mohamed <em>*Selon les chiffres annoncés par l'entreprise</em>

  • Woodbridge (Thomson Reuters) - 13,8 milliards $

    Woodbridge est le holding de la milliardaire famille Thomson. L'entreprise contrôle 55 % de Thomson Reuters, l'une des plus grandes organisations médias. En photo: le fondateur Kenneth Thomson photographié en 2003. <em>*Selon les chiffres annoncés par l'entreprise</em>

  • Bell Canada (BCE) - 18,1 milliards $

    BCE est l'une des plus importantes entreprises canadiennes, avec ses services de téléphonie, de web et de télévision. Sa filiale Bell Média a acheté les stations de radio du groupe CHUM en 2006, et celles d'Astral Media en 2012. Bell détient également le réseau CTV. <em>*Selon les chiffres annoncés par l'entreprise</em>