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La Tunisie attend vendredi son gouvernement après un mois de péripéties

08/03/2013 04:54 EST | Actualisé 07/05/2013 05:12 EDT

L'islamiste Ali Larayedh devrait annoncer vendredi la composition du nouveau gouvernement de la Tunisie, minée depuis des mois par une crise politique, institutionnelle et sécuritaire qui a été exacerbée par l'assassinat d'un opposant début février.

M. Larayedh, chargé par son parti islamiste Ennahda le 22 février de former le nouveau cabinet, a annoncé tard jeudi qu'"après des négociations marathon", un accord sur le cabinet avait été trouvé mais que de derniers pourparlers pour "apporter la touche finale" auraient lieu le lendemain.

Après moult reports, l'annonce de l'équipe gouvernementale avait déjà été promise pour jeudi soir avant d'être ajournée.

M. Larayedh "prépare désormais les documents pour le chef de l'Etat avec la liste des membres du cabinet et un résumé de son programme", a indiqué en début d'après-midi à l'AFP Mohamed Ben Salem, un des négociateurs d'Ennahda et ministre sortant de l'Agriculture.

Selon la présidence, l'équipe gouvernementale doit être présentée au président Moncef Marzouki dans l'après-midi de vendredi, date-limite pour l'annonce du gouvernement.

La promesse des islamistes de constituer une coalition élargie semblait cependant fortement compromise, les trois formations politiques approchées pour entrer dans le gouvernement ayant annoncé leur retrait des pourparlers après deux semaines de tergiversations.

Ainsi, seule la coalition sortante --Ennahda et ses alliés laïques, le Congrès pour la République (CPR) du président Marzouki et Ettakatol-- ont participé aux négociations de jeudi.

Le nouveau gouvernement devrait cependant comporter des indépendants à des postes-clés, le parti islamiste ayant finalement accepté fin février de confier les ministères régaliens (Intérieur, Justice, Affaires étrangères, Défense) à des personnalités apolitiques.

Ali Larayedh est appelé à succéder au Premier ministre démissionnaire Hamadi Jebali qui n'avait pu imposer à son parti, Ennahda, la création d'une équipe de technocrates pour sortir de la crise provoquée par le meurtre de l'opposant anti-islamiste Chokri Belaïd le 6 février.

Le scénario d'un maintien de la majorité sortante, la troïka, a cependant été vivement critiquée par des acteurs politiques et dans la presse.

"Ne pas parvenir à associer de nouveaux partenaires politiques (...) constitue une anomalie qui s'ajoute au bilan déjà mitigé des partis de la troïka et notamment d'Ennahda", souligne le quotidien La Presse.

"Personne ne sait, même approximativement, ce qui va se passer demain (...) C'est une situation qui devient insupportable, notamment sur le plan économique et social", poursuit le principal journal francophone.

Si la troïka devrait trouver sans mal la majorité de 109 députés nécessaire à la formation du gouvernement compte-tenu des rapports de forces à l'Assemblée nationale constituante (ANC), ce soutien est largement insuffisant pour pouvoir définitivement régler la crise qui mine la Tunisie depuis des mois.

L'assassinat de Chokri Belaïd n'a fait qu'exacerber les problèmes existants. Ainsi, la vie politique est paralysée depuis des mois faute de consensus sur le contenu de la nouvelle Constitution sans laquelle aucune élection ne peut être organisée.

Ennahda n'a pas trouvé, même avec ses alliés sortants, de compromis sur ce texte, en particulier sur la nature du futur régime politique en Tunisie.

Le pays est aussi déstabilisé par des conflits sociaux à répétition, le chômage et la misère, causes majeures de la révolution de 2011, continuant de faire des ravages.

De plus, il peine à juguler l'émergence de groupes islamistes radicaux violents, dont l'un a orchestré, selon les autorités, le meurtre de Belaïd.

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