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Bochra, la "réfugiée millionième" de la guerre syrienne

08/03/2013 07:27 EST | Actualisé 08/05/2013 05:12 EDT

Sa maison a été détruite à Homs dans le centre de la Syrie et elle a dû vendre ses bijoux pour fuir le pays. En arrivant au Liban voisin, Bochra est devenue la réfugiée syrienne "numéro million" selon l'ONU.

Sans nouvelle de son mari, porté disparu depuis un an à Homs, cette mère de deux enfants s'est installée fin février avec 20 membres de sa belle-famille, dans une maison modeste d'un quartier pauvre de Tripoli, la grande ville du nord du Liban.

En se présentant mercredi au bureau du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), cette jeune mère de 19 ans apprend qu'elle a été enregistrée réfugiée syrienne "numéro million".

"Cela veut dire qu'un million de Syriens vivent la même expérience que moi", affirme-t-elle à l'AFP, les larmes aux yeux et assise à même le sol sur une vieille nappe.

"Ce chiffre pourrait sensibiliser le monde à la situation des réfugiés syriens pour nous aider un peu plus", ajoute-t-elle sans conviction.

Elle rappelle avoir longtemps hésité avant quitter sa maison à Homs.

"J'étais parmi les derniers à quitter Homs. Nous avions peur, on disait que des chabbiha (miliciens pro-régime) allaient entrer dans la ville et violer les femmes. Paniqués, nous sommes partis en février 2012", raconte-t-elle à voix basse.

Son mari, Mohamed, 30 ans, qui travaillait comme chauffeur de taxi, a, lui préféré, rester pour "garder la maison". "Le 1er mars 2012, nous avons essayé en vain de le contacter. Et depuis, nous sommes sans nouvelle de lui", se lamente-t-elle.

Installée chez ses parents dans une banlieue de Damas, elle a appris que sa maison avait été incendiée: "Nous étions partis sans rien prendre avec nous".

"J'ai ensuite tout vendu pour fuir. J'ai payé 10.500 livres syriennes (105 dollars) pour le taxi qui nous a conduits au Liban", raconte-t-elle.

Son voeu le plus pieux est de "connaître le sort" de son mari, l'homme qu'elle dit avoir aimé depuis son jeune âge et avec lequel elle s'est liée en 2008.

Elle partage aujourd'hui un réduit de 20 mètres carrés, pour un loyer mensuel de 250 dollars, avec ses beaux-parents, leurs trois autres fils dont un handicapé moteur, et les familles de leurs quatre filles.

"Mes enfants étaient terrorisés par les bombardements. J'ai essayé de les rassurer en leur disant que nous partions au Liban rejoindre les grands-parents", dit la jeune maman en serrant Hanine, sa fille de quatre ans.

Etendu sur un bout de matelas, Soltane, son fils de 2 ans, laisse échapper une toux aigu: il souffre de problèmes respiratoires en raison de l'humidité dans la maison où s'est réfugiée la famille, explique-t-elle.

Elle admet, faute de moyens, son impuissance à trouver une alternative aux souffrances de son fils mais aussi de Hanine qui, victime de malformations au niveau de la bouche et du nez, nécessite une intervention chirurgicale.

Bochra dit compter sur l'aide du HCR. Pour elle, être enregistrée réfugiée "numéro million" est "un chiffre de malheur car il témoigne de la situation difficile" que vit le peuple syrien.

"Si cette situation persiste, il faudra alors que je rentre en Syrie. Vivre en exil est humiliant", conclut la jeune femme, l'air hébété.

Le cap du million de réfugiés syriens a été franchi, dont la moitié sont des enfants, a annoncé mercredi le HCR, ajoutant que "la Syrie est entrée dans la spirale d'une catastrophe absolue".

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