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Tunisie: incertitude sur la formation dans les délais d'un gouvernement

07/03/2013 05:01 EST | Actualisé 06/05/2013 05:12 EDT

Des négociations tendues se tenaient jeudi en Tunisie sur la formation d'un gouvernement de coalition à même de sortir le pays d'une profonde crise, l'islamiste Ali Larayedh ayant moins de 48 heures pour trouver un compromis.

Mais sa promesse de coalition élargie est restée lettre morte, les trois formations politiques approchées pour intégrer le cabinet ayant annoncé leur retrait des pourparlers.

Ainsi, jeudi à la mi-journée, seule la coalition sortante --le parti islamiste Ennahda et ses alliés laïques, le Congrès pour la république (CPR) du président Moncef Marzouki et Ettakatol-- négociait encore sur la composition du cabinet et son programme.

La reconduction de cette Troïka reste cependant aussi incertaine. "Il est possible que la Troïka disparaisse", a déclaré à la radio Shems-FM, le ministre des Affaires sociales et haut responsable d'Ettakatol, Khalil Zaouia.

D'importants désaccords subsistent notamment sur l'identité des ministres de l'Intérieur et de la Justice, et cela malgré la concession d'Ennahda qui a accepté de confier les ministères régaliens à des indépendants.

Autre point d'achoppement, la question de la dissolution de la Ligue de la protection de la révolution, sorte de milice pro-islamiste accusée par une large part de la classe politique d'attaques brutales mais que Ennahda et le CPR soutiennent encore.

Le ministre de l'Intérieur sortant, l'islamiste Ali Larayedh a été chargé le 22 février de former un nouveau gouvernement après la démission du Premier ministre Hamadi Jebali qui n'avait pu imposer à son parti, Ennahda, un gouvernement composé exclusivement de personnalités apolitiques.

Il disposait de 15 jours pour présenter son équipe et son programme au président Moncef Marzouki, un délai qui expire normalement vendredi à minuit. En cas d'échec, le chef de l'Etat doit désigner une autre personnalité pour former un cabinet.

M. Larayedh, cadre du parti islamiste au pouvoir Ennahda, se voulait rassurant avant la début des pourparlers, tout en laissant entendre qu'un échec était possible.

"On est en grande partie d'accord mais il reste quelques points à discuter", a-t-il dit à l'antenne de la radio Mosaïque FM.

"L'échec ne me fait pas peur, car ce qui m'est demandé c'est de satisfaire ma conscience et de fournir le maximum d'efforts. Chacun assumera sa responsabilité concernant le résultat", a-t-il ajouté.

Dans ce contexte, des journaux tunisiens étaient très sévères pour la classe politique qui n'a pas trouvé de sortie de crise un mois après l'assassinat retentissant de l'opposant anti-islamiste Chokri Belaïd.

"Avec le feuilleton de la composition du gouvernement Larayedh qui s'étire à n'en plus finir, le pays s'enlise, de jour en jour, dans un état de paralysie quasi générale", juge le quotidien La Presse.

"L'état d'expectative, d'absence de perspectives et de confusion est sûrement la faute des politiciens, qu'ils soient au pouvoir ou dans l'opposition", poursuit-il.

Si Ennahda, fort de 89 sièges sur 217 à l'Assemblée nationale constituante, peut trouver relativement facilement la majorité de 109 députés nécessaire à la formation du gouvernement, elle serait insuffisante pour pouvoir résoudre définitivement la crise.

En effet, pour sortir le pays de l'impasse, l'ANC doit adopter à une majorité des deux-tiers une Constitution et ouvrir la voie à de nouvelles élections. Or, Ennahda n'a pas trouvé, même avec ses alliés sortants, de compromis sur ce texte.

Le pays est aussi déstabilisé par des conflits sociaux, le chômage et la misère, facteurs clé de la révolution de 2011, continuant de faire des ravages.

De plus, il peine à juguler l'émergence de groupes islamistes radicaux violents, dont l'un a, selon les autorités, orchestré le meurtre de Chokri Belaïd.

alf/kl/sw

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