NOUVELLES

«Le météore» et son impact sur François Delisle

07/03/2013 04:08 EST | Actualisé 07/05/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Pas de dialogues. Des voix hors-champ qui ne sont pas celles des personnages que l'on voit à l'écran. Des plans fixes — beaucoup de plans fixes. «Le météore», nouvelle proposition de François Delisle, est une expérience cinématographique inusitée.

«Je pense qu'il faut avoir une dose d'ouverture en allant s'asseoir pour écouter le film», suggère le réalisateur québécois, qui a déjà eu un avant-goût de la réaction du public aux festivals de Sundance et de Berlin, où son oeuvre a déjà été projetée.

«Souvent, le synopsis induisait les gens en erreur — ils s'imaginaient qu'ils allaient voir un film qui allait se dérouler dans une prison. J'ai eu ce commentaire-là assez souvent, où les gens m'ont dit: 'Après 10 minutes, j'étais complètement embarqué dans cette histoire-là'.»

Le récit tourne en grande partie autour de Pierre, qui purge une peine d'emprisonnement, de sa mère, de son ancienne flamme Suzanne (Noémie Godin-Vigneau), d'un gardien de prison et d'un jeune revendeur de drogue.

«Le météore» est né d'une correspondance qui se voulait a priori ludique entre la photographe Anouk Lessard, relate François Delisle.

«Elle m'a envoyé cinq polaroïds et elle me proposait d'écrire autour des photos. À partir des cinq photos, j'ai créé les cinq monologues qui se retrouvent dans le film. L'histoire s'est construite au fil du temps.»

L'objectif de départ était d'en tirer un livre. Mais le réalisateur s'est fait prendre au jeu et une idée de film a germé.

Ainsi, pendant deux années, il a filmé des paysages, des objets ou encore des animaux en adoptant une approche résolument photographique, mais surtout, en se laissant porter par un irrésistible sentiment de liberté créatrice.

Et cette démarche l'a profondément marqué. Son prochain film, «Forget Me Not», dont le tournage devrait s'amorcer l'hiver prochain, sera plus classique dans sa facture, mais certainement pas dénué de folie, prévient-il.

«'Le météore' a eu son impact sur moi, c'est-à-dire que l'aspect libre du film, j'y tiens comme à la prunelle de mes yeux. Je serais vraiment stupide de me 'réenfermer' dans un contexte de production où tout est régulé», confie François Delisle.

Le réalisateur a prêté ses traits au personnage de Pierre, mais pas sa voix, qui est plutôt celle de l'acteur François Papineau. Il en va de même pour tous les protagonistes — on reconnaît ainsi la voix d'Andrée Lachapelle, mais ce n'est pas son visage que l'on aperçoit à l'écran.

Le réalisateur dit avoir accouché de ce concept au gré des événements, presque par hasard. La scission entre les gens qui apparaissent à l'écran et ceux qui assurent la narration n'était pas planifiée, assure-t-il.

«On était sur le bord de la mer, il y avait cette brume qu'on voit dans le film, et je me suis dit que ce serait 'le fun' que le personnage traverse l'écran à ce moment-là (...) Je me suis dit que j'allais le faire, on l'a tourné, et à partir de là, je me suis mis un peu le pied dans le piège!»

Mais François Delisle n'est pas comédien, tout comme sa mère et son fils, que l'on voit dans le film. Il s'est donc tourné vers des professionnels, dont François Papineau, au moment de faire la bande-son.

Après avoir passé une audition — en lisant un extrait du scénario dans la boîte vocale du réalisateur —, ce dernier a décidé de plonger sans trop savoir dans quoi il s'embarquait. La démarche artistique lui a plu.

«T'as pas à te soucier de rien d'autre que ce que tu dis. Il y a quelque chose de libérateur, dans un sens (...) Toute l'impression est dans les mots, tu te plonges dans ça sans te soucier de ton corps», analyse-t-il.

«Le météore» a été bien reçu par les critiques à l'étranger et au Québec. Le réalisateur dit avoir été «le premier surpris» de ce chaleureux accueil, mais lance dans un éclat de rire que «ça met ben de la pression sur le prochain (film)».

«C'est fantastique, ça va me propulser pour le prochain. Ça met la barre très haute pour le prochain, et c'est bien, tant mieux.»

Le long métrage de François Delisle prend l'affiche ce vendredi dans deux salles de cinéma — l'Excentris à Montréal et Le Clap à Québec. Il sera toutefois disponible pour les abonnés du service de vidéo sur demande d'Illico.

Quant au livre qu'il a cosigné avec la photographe Anouk Lessard, il sera en librairie la semaine prochaine.

PLUS:pc