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La "fuite des cerveaux", un phénomène qui prend de l'ampleur au Soudan

07/03/2013 04:31 EST | Actualisé 06/05/2013 05:12 EDT

Ouvriers, employés mais aussi médecins ou universitaires, ils sont des dizaines de milliers de Soudanais à avoir quitté en 2012 leur pays, en proie à une grave crise économique, pour trouver un emploi ou augmenter leur salaire.

Assaad Abdulmajid, un médecin de 29 ans, a choisi de partir pour l'Arabie saoudite, où son salaire sera plus de vingt fois celui qu'il aurait perçu dans un hôpital public dans son pays.

"Ici, mon salaire était de 600 livres par mois", soit environ 66 euros au taux du marché noir, explique-t-il.

"Maintenant, j'ai un contrat avec un hôpital privé en Arabie saoudite qui me paiera 8.000 rials (1.635 euros)", indique-t-il à l'AFP dans un bureau gouvernemental où de très nombreux candidats au départ remplissent des formulaires pour émigrer.

Plus de 94.000 Soudanais ont quitté leur pays en 2012, comparé à quelque 10.000 en 2008, selon une étude du ministère du Travail.

Ce document note une hausse croissante des départs de personnes qualifiées appartenant aux secteurs universitaire, technique ou de la Santé, même si ces catégories sont minoritaires.

C'est une "véritable fuite des cerveaux" parmi le personnel médical, déplore El Cheikh Badr, vice-directeur des ressources humaines au ministère de la Santé.

Selon les chiffres du ministère du Travail, 1.620 docteurs ont quitté le Soudan en 2012 comparé à 338 en 2008.

Cette exode coïncide avec une détérioration de la situation économique depuis que le sud du pays est devenu indépendant en juillet 2011, héritant de la grande majorité des réserves pétrolières du Soudan d'avant la partition.

D'autres indicateurs sont dans le rouge: la monnaie a perdu environ 40% de sa valeur sur le marché noir depuis fin 2011, l'inflation a atteint 43% en janvier, et le taux de chômage est estimé à 40%.

"J'ai obtenu mon diplôme en agriculture en 2008 et je n'ai toujours pas de travail", se lamente Abdelmoneim Ahmed, 30 ans, au bureau de l'émigration où il prépare, lui aussi, son départ pour l'Arabie saoudite.

Il explique que sa famille a payé 20.000 livres (environ 2.192 euros) pour un permis l'autorisant à vivre et chercher un emploi dans ce pays.

"L'économie du pays pâtit énormément de cette émigration", qui a augmenté ces deux, trois dernières années, indique un économiste de l'Université de Khartoum, Mohammed Eljack Ahmed.

Selon lui, les chiffres du ministère du Travail pourraient ne pas refléter l'ampleur du phénomène, qui peut aussi s'expliquer par des facteurs non économiques.

Les emplois dans la fonction publique sont considérés comme étant souvent attribués pour des raisons politique, tribale ou ethnique, plus que sur le mérite, une "injustice" qui décourage l'intelligentsia qui, du coup, quitte le pays, selon cet économiste.

Selon les analystes, l'Etat privilégie en outre les dépenses liées à la sécurité et la défense du pays, encore en proie à de nombreuses violences au Darfour (ouest) et dans le sud, au détriment des secteurs de l'éducation et de la santé.

Selon le ministère de la Santé, l'Arabie saoudite est la première destination des émigrés soudanais, mais des milliers d'entre eux se rendent aussi aux Emirats arabes unis, au Qatar, au Koweït ou en Libye.

Mohammed Adam Osmane travaille depuis cinq ans comme comptable au Qatar.

Il explique qu'il a un salaire beaucoup plus élevé dans ce pays, lui permettant d'offrir une bonne éducation à ses enfants.

"De ce que je sais de la situation au Soudan, je ne pense pas que j'y retournerai", a-t-il indiqué à l'AFP depuis le Qatar.

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