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DPB: le remplaçant de Kevin Page devra être consensuel et discret

07/03/2013 01:43 EST | Actualisé 07/05/2013 05:12 EDT

OTTAWA - Le remplaçant de Kevin Page devra faire preuve de «discrétion» et avoir de l'expérience dans «l'obtention de consensus», des critères de sélection qui en ont fait sursauter quelques-uns.

La Bibliothèque du Parlement a affiché jeudi un nouveau concours pour trouver un successeur à l'actuel Directeur parlementaire du budget (DPB), véritable chien de garde du gouvernement en matière de finances.

Sur la note établissant les critères de sélection, on peut lire que le candidat doit notamment avoir de l'expérience en «direction d'analyses financières de haut niveau». «Intégrité», «impartialité», «tact et discrétion» figurent parmi les qualités personnelles recherchées.

Détail non-négligeable: la maîtrise des deux langues officielles est qualifiée «d'essentielle». Il est à noter que le gouvernement conservateur avait dû essuyer de nombreuses critiques pour avoir choisi un vérificateur général unilingue anglophone.

On demande par ailleurs de «l'expérience dans la négociation et l'obtention d'un consensus sur des questions complexes auprès de divers intervenants ayant des objectifs concurrents».

Selon le chef néo-démocrate Thomas Mulcair, le rôle du DPB n'est pas de chercher des consensus. «Non. Le DPB doit fournir de l'information aux parlementaires pour que nous puissions prendre des décisions», a-t-il signalé.

Au gouvernement, on a rappelé que le DPB relevait de la Bibliothèque du Parlement et que le dossier est donc entre les mains de l'institution.

«Je pense que le processus est le processus. Il est conçu pour trouver un DPB crédible, non partisan. Alors en l'absence de preuve qu'ils ne font pas leur travail, je respecte leur travail», a soutenu le président du Conseil du Trésor, Tony Clement.

Peu de temps

Le temps pressait pour lancer cet avis de poste vacant, alors que le mandat de Kevin Page vient à échéance le 24 mars. L'affichage du poste se terminant le 2 avril, son fauteuil risque d'être vide pour un moment. En début de soirée jeudi, le gouvernement a par ailleurs annoncé que Sonia L’Heureux, l’actuelle bibliothécaire parlementaire, a été nommée Directrice parlementaire du budget par intérim.

«On a tout lieu de craindre qu'on va nous imposer encore une fois quelqu'un de proche du Parti conservateur sans aucune compétence réelle», a déploré M. Mulcair, préoccupé par le processus de sélection.

L'opposition s'inquiétait en général de ce qui allait arriver avec ce poste créé en 2006 par Stephen Harper.

Au cours de ses cinq années de mandat, M. Page a régulièrement mis le gouvernement dans l'embarras en publiant des rapports détaillés sur les finances du pays, parfois moins reluisantes qu'elles n'y paraissaient, ou sur le coût de la mission canadienne en Afghanistan, par exemple.

Il a dû s'adresser à la Cour fédérale pour clarifier son rôle, alors que le gouvernement refusait de lui fournir les informations des compressions budgétaires dans les différents ministères, lui reprochant de dépasser les limites de son mandat.

Les relations ont donc rarement été au beau fixe entre M. Page et le gouvernement. D'ailleurs, au sujet de la gestion des conflits, dans la liste des critères de l'avis de poste vacant, on peut lire que le candidat doit avoir la «capacité d'établir et d'entretenir des rapports constructifs avec les décideurs principaux, et de faciliter entre eux l'échange de renseignements et un dialogue significatif».

Le Bloc québécois a de son côté rappelé qu'il avait proposé sans succès un amendement lors de la création du poste de DPB pour qu'il relève du Parlement plutôt que de la Bibliothèque afin de lui garantir plus d'indépendance.

«On continue de croire que le Directeur parlementaire du budget devrait être quelqu'un de totalement indépendant qui relève directement de la Chambre et qui soit bilingue», a souligné le chef bloquiste Daniel Paillé.

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