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USA: le débat sur les drones retarde la nomination de Brennan à la CIA

06/03/2013 05:43 EST | Actualisé 06/05/2013 05:12 EDT

La nomination de John Brennan à la tête de la CIA s'est heurtée mercredi à la question controversée des assassinats ciblés par drones, un républicain ayant réussi à bloquer le vote de confirmation par le Sénat américain en conservant la parole plusieurs heures dans l'hémicycle.

Le chef de la majorité démocrate, Harry Reid, n'a pu que constater l'obstruction et repousser le vote, qui aura lieu dans le meilleur des cas jeudi.

John Brennan, conseiller antiterroriste de Barack Obama et orchestre du programme secret de frappes par drones à l'étranger, a besoin d'un vote de l'ensemble du Sénat pour prendre ses fonctions.

Le sénateur Rand Paul a mis à exécution sa menace de blocage pour protester contre une lettre du ministre de la Justice Eric Holder, dans laquelle ce dernier expliquait lundi que, dans une "circonstance extraordinaire" comparable au 11-Septembre ou à l'attaque de Pearl Harbor en 1941, le président aurait le droit d'ordonner des frappes de drones aux Etats-Unis.

Rand Paul exploite une règle qui permet aux orateurs de conserver la parole aussi longtemps qu'ils le souhaitent.

"Je parlerai aussi longtemps qu'il le faudra pour sonner l'alarme dans chaque coin du pays, car notre Constitution est importante, votre droit à un procès est précieux, aucun Américain ne devrait être tué par un drone sur le territoire américain sans avoir d'abord été inculpé d'un crime, sans avoir d'abord été condamné par un tribunal", a-t-il déclaré.

L'élu exige une clarification écrite confirmant que l'administration estime qu'il n'est pas constitutionnel de "tuer avec des drones aux Etats-Unis des gens qui ne sont pas activement engagés dans des combats", admettant qu'en situation de guerre ou d'attaque comme le 11-Septembre, une réponse militaire est nécessaire.

"Je parlerai jusqu'à ce que le président réponde et dise: +non, nous ne tuerons pas d'Américains dans des cafés+".

Quelques heures plus tôt, Eric Holder a été pressé de questions par des sénateurs des deux camps, démocrates et républicains, sur la légalité des assassinats ciblés par drones.

"Si un individu est tranquillement assis à un café, aux Etats-Unis (...) la Constitution permet-elle de tuer un citoyen américain sur le territoire américain par drone ?", a demandé Ted Cruz, un républicain.

"Je ne pense pas que ce soit une utilisation appropriée de la force létale", lui a répondu Eric Holder, avant de répondre "non" au terme d'un échange tendu.

Sous pression, la Maison Blanche a accepté de donner accès à certains sénateurs aux mémorandums du département de la Justice, jusque-là jalousement gardés, qui autorisent le président à ordonner des attaques contre des citoyens américains au Pakistan, en Somalie et au Yémen.

Mais les sénateurs critiquent l'exécutif pour le manque de transparence sur ce programme, devenu secret de Polichinelle, et qui a déjà tué des milliers de personnes, selon des estimations d'ONG.

Les élus entendent aussi exercer pleinement leur tutelle des 16 agences de renseignement. Or "nous ne pouvons le faire sans avoir vu les fondements juridiques de certaines activités", a tancé Dianne Feinstein, la présidente démocrate de la commission du Renseignement. "L'administration va vraiment devoir se faire une raison", a-t-elle ajouté.

ico/are

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