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Le dégel des relations entre Washington et Caracas pas pour tout de suite

06/03/2013 10:23 EST | Actualisé 06/05/2013 05:12 EDT

Les Etats-Unis espèrent ouvrir un nouveau chapitre de "relations constructives" avec le Venezuela après la mort du président Hugo Chavez, un souhait qui semble toutefois difficilement réalisable à court terme selon les experts.

Signe de mauvais augure: quelques instants avant l'annonce officielle de la mort du dirigeant vénézuélien mardi, le vice-président Nicolas Maduro accusait les "ennemis historiques" du Venezuela d'avoir provoqué le cancer de Chavez et annonçait l'expulsion d'un attaché militaire de l'ambassade des Etats-Unis, soupçonné de conspiration. Des accusations jugées "absurdes" par Washington.

Jusqu'aux dernières minutes des 14 années de pouvoir du leader controversé, décédé à 58 ans après des mois de lutte contre la maladie, la tension entre Washington et Caracas sera donc restée à son comble.

Bien que le président américain Barack Obama ait dit espérer "développer des relations constructives" avec le prochain gouvernement de Caracas, Carl Meacham, du Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS), estime que "les jours les plus difficiles de nos relations avec le Venezuela ne sont pas derrière nous, mais devant nous".

"La volonté est là" de la part de l'Amérique, dit-il à l'AFP, "mais je ne pense pas que ce soit dans l'intérêt des groupes pro-Chavez de se montrer conciliants envers les Etats-Unis".

Au pouvoir depuis 1999, le dirigeant disparu, allié du régime communiste cubain, était une figure hautement controversée aux Etats-Unis, pays qu'il pourfendait à longueur de discour.

Les relations entre Washington et Caracas se sont profondément dégradées lors de la tentative de coup d'Etat déjouée de 2002, Chavez accusant le président américain de l'époque, George W. Bush, d'avoir soutenu la rébellion.

Le dirigeant vénézuélien s'est ensuite attiré les foudres de Washington en comparant le même Bush au "diable", lors d'un discours devenu célèbre à la tribune des Nations unies en 2006.

Maduro "proche idéologiquement" du régime castriste

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Une nouvelle étape dans les relations a semblé s'ouvrir avec l'arrivée au pouvoir du démocrate Barack Obama en janvier 2009. Les deux hommes se sont rencontrés le 17 avril de cette année lors du sommet des Amériques à Trinidad, partageant une poignée de main qui fit la une de la presse mondiale.

Mais aucun réchauffement n'a suivi, même si le 30 septembre dernier, en pleine campagne électorale aux Etats-Unis, Chavez a assuré que s'il avait été américain, il aurait voté pour M. Obama, qualifiant ce dernier de "type bien".

La crise politique au Honduras, le rapprochement entre Caracas et Téhéran, ou les liens entre le Venezuela et les Farc sont venus troubler de nouveau les relations entre les deux pays.

La différence reste que ces dernières années, "la politique des Etats-Unis a été de garder profil bas, pour ne pas donner plus de munitions à Chavez" comme ce fut le cas après 2002, souligne Ted Piccone, de l'institut Brookings.

Malgré ces relations compliquées, Chavez n'a jamais cessé de vendre du pétrole aux Etats-Unis, son principal marché. C'est d'ailleurs cette dépendance à l'égard de l'or noir vénézuélien qui a poussé M. Obama à tendre la main à d'autres pays producteurs comme le Brésil.

Alors que le cancer de Chavez, détecté en 2011, commençait à empirer, Washington s'est empressé de rechercher des contacts avec le post-chavisme. La responsable pour l'Amérique latine, Roberta Jacobson, a tenté en novembre un rapprochement avec le vice-président Nicolas Maduro.

Mais les accusations de complot américain lancées par Maduro, qui pourrait prendre la succession de Chavez, ont compromis ce rapprochement.

"Maduro est proche idéologiquement" du régime castriste, rappelle Shannon ONeal, du Council on Foreign Relations. Une orientation qui pourrait peser sur les relations avec Washington.

jz-sam/jca

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