POLITIQUE
06/03/2013 05:49 EST | Actualisé 15/04/2013 10:44 EDT

L'aspirant: l'histoire de Justin Trudeau (partie 2)

justin trudeau illustration chapter 1

Justin Trudeau est-il le sauveur du Parti libéral du Canada?
Sera-t-il premier ministre un jour?

Avec L'aspirant: l'histoire de Justin Trudeau, la chef de bureau du Huffington Post Canada à Ottawa Althia Raj peint un portrait des années passées par Trudeau à Ottawa, Montréal et Vancouver et entraîne le lecteur dans les coulisses de son ascension politique.

Le récit qui compte 10 chapitres est présenté sur une semaine. Par ailleurs, le livre électronique complet est déjà disponible gratuitement en téléchargement (en anglais, liens à la fin de l'article). La version française sera disponible sous peu.

À LIRE:

PARTIE 1 - CHAPITRES 1 ET 2

PARTIE 2 - CHAPITRES 3 ET 4

PARTIE 3 - CHAPITRE 5

PARTIE 4 - CHAPITRE 6

PARTIE 5 - CHAPITRE 7

PARTIE 6 - CHAPITRE 8

PARTIE 7 - CHAPITRES 9 ET 10 - ENTREVUE AVEC JUSTIN TRUDEAU

CHAPITRE 3: UNE FAMILLE POLITIQUE

Les bookmakers ont déjà décidé.

« Brazeau est le grand favori pour l’emporter. On dit qu’il y a une chance de plus de 80 pour cent qu’il gagne ce combat », révèle Adam Burns, le gérant des paris de la section des sports du site Bodog.ca, à Metro Ottawa. « Trudeau est le perdant à 3 contre 1. Ce que cela veut dire en gros, en termes de jeu, c’est que vous gagneriez trois fois votre argent s’il l’emporte. »

La ceinture noire en karaté et la force physique de Brazeau ont suffi pour convaincre la plupart des gens qu’il était invincible.

« Je ne serais pas surpris que Trudeau se fasse assommer ou qu’il tombe au moins une fois pendant ce combat », analyse Burns.

Trudeau n’est pas convaincu.

« Je suis un meilleur boxeur que lui, on ne fait pas du karaté », lance Trudeau à Julie Van Dusen de la CBC.

« La boxe c’est les muscles, oui, mais c’est aussi la force d’esprit et de cœur, la stratégie et je crois que je vais le battre sur ces trois points. »

« Vous croyez que vous êtes plus intelligent que lui? » demande Van Dusen.

« Je crois que je suis plus rusé, répond Trudeau. Il est assurément en train d’annoncer à tout le monde qu’il va gagner, ce qui veut dire qu’à moins qu’il ne soit certain de gagner dès le départ, tout le monde va dire : Oh, c’était évident qu’il allait gagner! Alors il ne gagne pas grand-chose. Je suis le négligé et personne ne s’attend à ce que je gagne. Alors si je performe bien, ou même si je gagne - quand je vais gagner - tout le monde va se rendre compte que Justin Trudeau peut savoir ce qu’il fait. »

Trudeau sait exactement ce qu’il fait.

Cette lutte est plus qu’un simple match de boxe pour une œuvre de charité, alors il ne prend aucun risque. Il s’entraîne pendant cinq mois à Ottawa, deux fois par semaine, avec son entraîneur Matt Whitteker chez Final Round Boxing. Ce dernier entraîne aussi Brazeau. Trudeau s’entraîne également les week-ends à Montréal où il a son entraîneur privé, Ali Nestor.

« Il travaille vraiment très fort », dit Whitteker, qui se décrit lui-même comme un conservateur. « Lorsqu’il est entré dans le gym, il était concentré à 1000 pour cent sur la tâche à accomplir. »

Trudeau boxe depuis le début de sa vingtaine, le gym est un endroit familier pour lui. Il a été attiré par ce sport parce que c’est « à propos de frapper et de se faire frapper, à propos de la force physique, la vraie, celle que je savais que je savourais », dit-il.

Trudeau saute à la corde à danser et court dans les escaliers de l’Université Carleton. Il apprend à donner de meilleurs coups et améliore son coup droit. Vers la fin de l’entraînement, il s’attaque à de meilleurs et à de plus gros adversaires que lui. Sa femme s’inquiète qu’il se blesse dans le processus, alors il l’emmène à son gym de Montréal pour qu’elle le voit affronter des plus gros colosses que Brazeau. Elle repart avec plus de confiance.

« Justin était vraiment, vraiment concentré. Son niveau s’est élevé, mais c’est beaucoup plus qu’il a appris de très, très bonnes leçons », dit Whitteker. « Pat (Brazeau) s’est lancé sur lui comme s’il allait presque le tuer et il est demeuré détendu et recueilli, a gardé la tête calme et concentrée. Il a fait exactement ce qu’on lui a appris à faire. »

« Je dis simplement que ce sont des traits de caractère qui sont représentatifs de ce à quoi on s’attendrait d’un chef. »

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Justin Trudeau au fil des années

Bien assise dans son fauteuil beige dans le salon jaune chaleureux de son appartement du deuxième étage à Vancouver, sa tante Janet Sinclair, la deuxième sœur aînée de Margaret Trudeau, avoue qu’il a toujours été clair que son neveu suivrait les traces de son père.

« On a toujours parlé du fait que Justin deviendrait premier ministre », dit Sinclair. « Mon père avait espéré être premier ministre, mais il n’y est pas arrivé. Je pense que pour Justin, c’est quelque chose qui est dans son sang. Il a la politique dans le sang. »

Plusieurs Canadiens se souviennent du jour où Justin Trudeau est né. Il est arrivé un soir enneigé de Noël en 1971, moins de dix mois après que son père, le premier ministre Pierre Elliott Trudeau, alors âgé de 51 ans, eut surpris tout le pays en mariant Margaret Sinclair, une hippie de 29 ans sa cadette.

C’était un samedi et les grands titres des journaux du pays affichaient encore la nouvelle de sa naissance deux jours plus tôt. « Un garçon de 6 livres et 9 onces né à Noël pour les Trudeau », disait un titre du Globe and Mail. « C’est un garçon pour Margaret et Pierre », pouvait-on lire dans The Ottawa Journal, qui présentait une grande photo de Margaret et de l’Ottawa Civic Hospital. La naissance de Justin était une première pour un premier ministre en exercice en 102 ans. Des milliers de personnes ont écrit au couple pour les féliciter. Des tricots pour bébé, des bonnets, des bavoirs et des chaussons ont inondé la résidence du premier ministre au 24 Sussex Drive.

« Chacune des femmes du Canada semblait avoir tricoté son appréciation de l’événement », écrivait Margaret Trudeau dans son livre Beyond Reason.

Sa tante qui demeurait souvent avec les garçons à Ottawa se rappelle de Justin lorsqu’il était petit. Il était un enfant intelligent, attentionné, avec un grand sens de l’humour et adorait être dehors et était particulièrement bon avec les autres enfants. Elle se souvient d’un été au cours duquel il avait organisé une compétition de plongeon avec tous ses cousins au lac.

« Il était un bon garçon. Il suivait les règlements. Évidemment, il n’était pas parfait. Aucun enfant n’est parfait, mais il était bon », dit-elle.

Tout comme ses deux frères, Alexandre (Sacha), qui est aussi né le jour de Noël deux ans plus tard en 1973, et Michel (Micha), né le 2 octobre 1975, Trudeau a vécu ses premières années dans l’œil du public et des médias. Les garçons étaient des minicélébrités. Ils apparaissaient régulièrement sur les cartes de Noël de leur père et dans les pages des journaux.

Cela ne faisait pas de mal non plus, Trudeau était particulièrement photogénique. Lorsqu’il était bébé, il avait de belles boucles blondes et une peau qui bronzait facilement. Sa mère l’a décrit comme un enfant enjoué, éveillé et « débordant d’énergie ».

Lorsqu’il était tout petit, Justin avait le droit de se promener librement dans sa maison durant les événements au 24 Sussex. Après la séparation de ses parents en 1977, il accompagnait parfois son père pendant ses voyages d’affaires. Les journalistes étaient friands de cela. Lors d’une tournée européenne de 10 jours en 1980, ils ont écrit à propos du petit de huit ans qui hurlait comme un huard sur les marches du Lapp Museum en Norvège et sur son refus d’aller se coucher parce qu’il voulait faire un tour d’hélicoptère avec son père pour voir le soleil de minuit.

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Pierre Elliott Trudeau est salué par un membre de la GRC alors qu'il porte Justin à Rideau Hall, en 1973.

Lorsqu’il atteint l’âge de treize ans, Trudeau dit qu’il avait visité environ cinquante pays.

Même à cette époque, il semblait déjà aimer l’attention. Il était un enfant joyeux qui adorait faire rire les autres avec ses imitations et ses farces.

Son collègue, le député libéral Dominic LeBlanc, également son ami d’enfance et le fils de l’ancien gouverneur général Roméo LeBlanc, gardait régulièrement les petits Trudeau. C’est aussi lui qui a montré à Justin à faire des canulars téléphoniques. LeBlanc avait alors quatorze ans et était à peine plus vieux que Trudeau qui en avait onze.

Les deux garçons se servaient de la liste des parents de Rockcliffe Park Public School et téléphonaient à des mères en se faisant passer pour quelqu’un d’autre et leur donnaient de faux rendez-vous pour un café, explique LeBlanc. Ils utilisaient aussi les pages jaunes pour jouer des tours plus classiques.

« Est-ce que votre réfrigérateur marche? »

« Oui »

« Eh bien! Vous feriez mieux de courir après ».

« On ricanait, puis on raccrochait », se souvient LeBlanc

Justin pouvait faire le clown. Il conduisait un monocycle à Ottawa et aussi au secondaire à Montréal, lorsqu’il fréquentait le Collège Jean-de-Brébeuf. Ses trucs de base comprenaient l’habileté de débouler les escaliers sans se faire mal, des tours de yo-yo et un don pour le dessin.

Les frères Trudeau, racontent famille et amis, n’ont peur de rien. Une aptitude qui leur viendrait de leur père. Ce pour quoi ils excellent dans certains sports comme le canoë-kayak en eau vive, le ski de randonnée nordique, la planche à neige pour Justin et le vélo de montagne pour Sacha. Trudeau a déjà avoué à la télévision de Radio-Canada qu’il avait peur des aiguilles et des chutes lorsqu’il était enfant. Puis il a commencé à faire des dons routiniers de sang et est devenu un instructeur de canoë-kayak en eau vive.

Leur père, note Justin, leur a appris à toujours viser plus haut que ce qui était sûr et facile.

Certains pensent que les garçons prennent trop de risques inutiles. Comme lorsque le plus jeune frère de Trudeau, Micha, a été enseveli dans le Lac Kokanee en 1998, après avoir été pris dans une avalanche en faisant du ski de randonnée nordique en Colombie-Britannique.

Sa mort a secoué la famille et Pierre a semblé plus vieux du jour au lendemain. Micha était un homme insouciant qui adorait le plein air et manifestait peu d’intérêt pour la politique. Il servait souvent de pont entre ses frères. Son décès a profondément bouleversé Justin.

C’était une période très noire, dit Walker, son ami de longue date. « Il est devenu plus fort ensuite. Ça ne l’a pas détruit. Cela l’a endurci. »

La relation de Justin avec son deuxième frère a toujours été plus précaire. Aujourd’hui un documentariste indépendant, Sacha a toujours été perçu comme étant l’intellectuel de la famille. Lorsque Justin a décidé de faire le saut en politique fédérale, plusieurs libéraux croyaient que c’était le mauvais Trudeau qui avait fait le grand plongeon. Et ils n’ont pas hésité à lui dire.

Justin est l’extraverti de la famille, alors que Sacha est à l’opposé. Il peut être plus agressif, belliqueux et impatient. On met plus de temps à se rapprocher de lui. Bien que les deux soient proches, ils se disputent souvent.

Justin a le charisme et le magnétisme qui attire les gens vers lui, comme son père. Et comme sa mère, il est exubérant, chaleureux et affectueux. Justin aime les projecteurs, il est avide d’attention. Il veut que les gens l’aiment et il se fait facilement des amis. Il est parfois trop sensible.

« Justin est émotif. Il n’est pas froid, il est sensible. Il est humain », estime sa tante.

Trudeau était amusant lorsqu’il était enfant, mais il était toujours sérieux, ajoute Sinclair, surtout après les problèmes de santé mentale de sa mère et la séparation de ses parents.

« Je pense que lorsque sa mère est devenue tellement malade et est partie, Justin en a pris beaucoup sur ses épaules… Je crois que pour une longue période, Justin croyait que c’était de sa faute, comme tous les enfants, et il en assumait la responsabilité en tant qu’aîné. »

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À Oman, Pierre Elliott Trudeau regarde Justin, 11 ans, qui s'amuse sur une chaîne. 2 décembre 1983.

Trudeau a toujours été protecteur de sa mère, mais il était très proche de son père qui a élevé ses trois fils seul après le départ de Margaret. En entrevue, Pierre a déjà révélé qu’il croyait que Justin était celui de ses enfants qui lui ressemblait le plus.

Mais la tante de Trudeau croit plutôt que Justin ressemble plus à son grand-père, James Sinclair. Député libéral de Vancouver North pendant quatre mandats, il a été le ministre de la Pêche sous le premier ministre Louis St-Laurent. Comme le père de sa tante, Justin est extraverti, accessible, sympathique et se souvient des noms, dit-elle.

« Justin n’est pas aussi discipliné que son père (Pierre) l’était … Sacha est plus comme Pierre. »

« (Mais) Pierre avait une étincelle en lui, il aimait jouer des tours et duper les gens. Et Justin a cet aspect-là de son père, c’est certain », ajoute Sinclair.

Malgré qu’il n’élève pas souvent le ton, Trudeau aime un bon débat et est un excellent argumentateur. Son intelligence lui provient de sa mère, affirme sa tante Janet. Les gens pensent sûrement que Margaret n’est pas intelligente, « mais Margaret a toujours été de loin la plus intelligente de nous tous », dit Sinclair.

Même au secondaire, Trudeau avait l’attitude naturelle d’un leader, révèle son ami Mathieu Walker, aujourd’hui cardiologue à Montréal, au Centre Hospitalier St. Mary’s.

Les deux se sont rencontrés à la cafétéria de l’école en 1984, alors que Trudeau était en secondaire 2. Walker était l’un des rares jeunes bilingues au Collège Jean-de-Brébeuf. Lui, Trudeau et cinq autres garçons « anglos » ont commencé à se tenir ensemble. Ils se surnommaient « la gang » et sont toujours proches aujourd’hui.

À part le fait qu’une voiture de la GRC le conduisait à l’école et le ramenait à la maison chaque jour, Trudeau ne se démarquait pas vraiment du lot au secondaire, se souvient Walker. La résidence des Trudeau était certainement exceptionnelle. L’emblématique maison Cormier au 1418 avenue des Pins Ouest était remplie d’objets collectionnés par Pierre Trudeau au cours de son mandat de premier ministre. La maison aux murs de marbre n’était pas très chaleureuse, dit Walker. Il avait même été surpris de constater que la chambre de Justin était plus petite que la sienne. Personne n’avait le sentiment que Trudeau était riche, renchérit Walker.

« Je pense que son père faisait un point de ne pas trop gâter ses enfants. »

Walker raconte qu’une fois, pendant le dîner à l’école, Trudeau avait décidé qu’ils iraient explorer un vieux club de chasse abandonné près du collège. Ils s’y étaient rendus, mais la police avait alors été alertée et ils avaient dû aller en retenue.

« J’avais décidé que la prochaine fois, je ne suivrais pas Justin sans y repenser avant », avoue Walker. « Il est bon charmeur. Il peut parfois faire bien paraître de mauvaises choses. »

Lorsqu’on le questionne à propos de la carrière politique de Justin, Walker est gêné d’expliquer l’intuition qu’il a toujours eue pour son ami.

« C’est difficile de vous l’expliquer… Étant donné que je suis médecin et aussi peut-être ne devrais-je pas en parler ainsi, mais j’ai toujours senti que c’était son destin », confie-t-il.

Ce n’est pas que Trudeau était un étudiant particulièrement actif politiquement, il ne l’était pas. Il n’était pas président de classe et n’était pas un membre actif du Parti libéral. Il était concentré sur le moment présent et complètement apolitique.

Mais tout de même, Walker savait qu’un jour Trudeau ferait son entrée en politique.

« Je sentais simplement que c’était la voie à laquelle il était destiné depuis le début. Je sentais seulement que ça allait arriver, explique Walker. Parfois, Justin disait : non, non, non. Mais cela ne m’a jamais convaincu. J’ai toujours senti que lorsque le bon moment viendrait, il ferait le grand saut. Alors lorsqu’il l’a fait, je n’étais pas surpris. »

Le Canada a sa propre histoire de dynasties politiques. W.A.C. Bennett et son fils Bill ont tous deux occupé le poste de premier ministre de la Colombie-Britannique. Les deux fils du premier ministre du Québec Daniel Johnson, Pierre-Marc et Daniel, ont aussi tous les deux eu de courts passages comme premiers ministres sous différentes bannières politiques. Paul Martin, le père du premier ministre Paul Martin Junior, a été longtemps ministre au cabinet libéral. Robert, le père de l’ancien chef du NPD Jack Layton, était un ministre du cabinet de Brian Mulroney, sa veuve Olivia Chow est aussi députée et son fils Michael est conseiller municipal à Toronto.

Dans l’est, il y a la famille MacKay et dans l’ouest les Manning. Mais aucun n’a vécu le même genre de popularité que les Trudeau.

Lorsque l’on pose la question à Trudeau, pour savoir s’il considère qu’il fait partie d’une dynastie politique, sa réponse est : « Dynastie? Non. »

« Le propre des dynasties est le passage de titres héréditaires d’une génération à l’autre et il n’y avait rien d’héréditaire ou d’inévitable à ce que je me lance en politique ou à ce que je réussisse en politique », assure-t-il.

Toujours un simple député, Justin Trudeau est déjà l’un des visages politiques les plus reconnus au Canada. Les recherches pour son nom sur internet dépassent celles de tous les autres hommes politiques canadiens à part Stephen Harper. Lors de son récent voyage à Kamloops en Colombie-Britannique, 600 personnes se sont déplacées pour écouter son discours. Les organisateurs n’en espéraient que 200. Un lundi soir dans un bar où Trudeau tenait une rencontre, en banlieue d’Ottawa à Orléans, les propriétaires ont dû demander aux clients et aux curieux de ne plus entrer, car ils avaient atteint la capacité maximale de 220 personnes, seulement dix minutes après l’entrée de Trudeau. Les halls d’universités sont souvent pleins. Il n’est pas rare non plus de voir des salles de débordement pour accueillir tous les gens intéressés à l’entendre parler.

Trudeau est conscient que la fascination autour de sa candidature est largement due à son nom de famille et à l’héritage de son père. Par moment il l’embrasse, il évoque les réalisations de son père dans ses discours et parle du Canada d’autrefois. Mais parfois, il la fuit.

Lors d’une collecte de fonds organisée par l’ancien député Herb Dhaliwal à Richmond plus tôt cette année, Trudeau est présenté à un groupe de fervents partisans libéraux et l’introduction sur Pierre Elliott Trudeau est longue.

« Nous avons tous l’impression de faire partie de ta famille parce que nous t’avons vu grandir avec ton père et plusieurs connaissaient ton père qui était un grand Canadien. Il était à mon avis l’un des meilleurs premiers ministres que le Canada aura eus. En fait, permettez-moi aussi de dire que je devais faire de la politique à cause de Pierre Elliott Trudeau », lance Dhaliwal sous les applaudissements.

« Il est celui qui a mis de l’avant le multiculturalisme… »

Et Dhaliwal continue ainsi sur tout l’héritage de Pierre.

« Alors, je suis bien heureux que tu aies décidé d’entrer dans la course », conclut Dhaliwal avant de donner la parole à Justin.

Sur le chemin du retour dans la voiture, les premiers mots de Trudeau entre deux bouchées de son sandwich, sur un ton moqueur, sont : « Merci d’avoir présenté mon père, Herb. »

« Il n’essaie pas d’être son père, précise Walker. Il est maître de lui-même, il a des qualités de ses deux parents et je crois que ça fait de lui un homme très équilibré. »

Plus tard, lors d’une entrevue, Trudeau va avouer que le nom de famille ouvre bien des portes, mais qu’il les rend aussi plus difficiles à traverser.

« Pour justifier le fait que je me suis fait offrir beaucoup d’opportunités, j’ai dû m’assurer de travailler beaucoup plus fort que n’importe qui, explique Trudeau. Cela me terrifie de penser que je profiterais en quelque sorte du nom. »

Trudeau s’est lancé en politique en étant tout à fait préparé. Il connaît bien tous les sacrifices que sa famille et lui devront faire pour y arriver s’il obtient la direction du Parti libéral du Canada, révèle sa tante. « Ce n’est pas la belle vie, croit Sinclair. (Les politiciens) ne sont pas bien traités. »

* * *

CHAPITRE 4 : L’ASCENSION DU FIlS

L’événement est un combat de boxe organisé pour Fight for the Cure. Même s’ils demeurent polis, Trudeau et Brazeau sont fébriles à l’idée de « s’entretuer »

Tout le monde à Ottawa sait qu’il s’agit bien d’un combat entre les libéraux et les conservateurs et que le gagnant remportera aussi le droit de frimer.

« Il ne met pas un pied devant l’autre sans y penser avant, dit l’ami de Trudeau, Terry DiMonte, longtemps après l’événement. Beaucoup de gens ont perçu le match de boxe comme quelque chose de, vous savez, bête, drôle et futile. »

Justin voulait attirer l’attention du pays sans avoir à parler de ses ambitions politiques, explique DiMonte. Et ç’a fonctionné.

Quelques semaines avant le combat, DiMonte avait demandé à Trudeau pourquoi il se battait.

« Il a commencé à rire et j’ai ri avec lui, parce que je savais que a) il avait ses propres intentions et b) il s’entraînait comme un fou furieux. Il ne fait rien dans l’idée de perdre. »

« L’arme la plus puissante de Justin, qu’il soit en campagne électorale ou en rencontre avec des gens, c’est la façon dont ils le sous-estiment, ajoute DiMonte. Ce sera l’un de ses plus gros avantages. Ils vont le sous-estimer tout le long jusqu’au sommet. »

Avant le combat, même son ami Mathieu Walker pense que Trudeau va se faire « botter le derrière » par Brazeau.

« Ce que j’ai dit à tout le monde, c’est qu’il allait surprendre et gagner. J’ai dit ça parce que c’est ce qu’il avait fait par le passé, lorsque les gens l’avaient sous-estimé. Mais au fond de moi, j’avais peur qu’il se blesse, qu’il saigne ou qu’il se casse le bras ou quelque chose du genre. »

Allen Steverman, un ami du secondaire de Trudeau, a amené sa trousse de médecin pour le combat.

« Nous avions vraiment peur qu’il se blesse », raconte aussi Walker.

* * *

Si Trudeau avait planifié de quelque façon que ce soit son ascension au plus haut poste du pays, son ami d’université Gerald Butts avoue qu’il n’en a jamais démontré de réel signe lorsqu’il était à l’Université McGill.

Les deux hommes ont été présentés par un ami commun, Jonathan Ablett, en file au centre universitaire, alors que Trudeau avait 19 ans et que Butts en avait 20. Trudeau, qui sortait d’une période délicate, avait les cheveux longs et des lunettes avec une grosse monture noire et des verres fonds de bouteilles. Il plaisantait et parlait plus de hockey que de politique. Trudeau et Butts, tous deux étudiants au baccalauréat en anglais, ont vraiment appris à se connaître en revenant vers Montréal en voiture un soir, après un tournoi de débats à Princeton. Le père de Trudeau lui avait prêté une vieille Chevrolet qui se conduisait « comme un tank. » Et les deux amis fatigués se sont gardés éveillés pendant le trajet de 12 heures à partir du New Jersey.

Trudeau était un bon orateur, mais c’était Butts qui recevait les honneurs, gagnant deux fois le championnat national canadien des débats. Walker révèle que Justin admirait Butts et suivait ses conseils.

Ils avaient une amitié typique. Ils parlaient de filles, de hockey, de livres, du groupe de débats et de ce qu’ils voulaient faire de leur vie. À cette époque-là, Trudeau était passionné de pratiquement tout sauf de politique, se rappelle Butts.

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Justin Trudeau avec Gerald Butts. 16 février 2013.

Il reconnaît qu’ils ont déjà parlé de l’idée que Trudeau devienne premier ministre un jour, mais la discussion n’était jamais sérieuse. « On en parlait comme on parlait d’un jour devenir gardien de but des Canadiens, il n’y avait pas de discussion sérieuse. »

Cela a changé lorsque Trudeau a prononcé un discours touchant à l’éloge de son père, lors de son service funéraire en 2000.

À l’âge de 80 ans, Pierre Trudeau avait été diagnostiqué d’un cancer de la prostate métastatique. Son médecin lui avait aussi révélé qu’il était aux premiers stades de la démence. Le cancer pouvait être traité, mais l’ancien premier ministre voulait que le cancer vienne le chercher avant qu’il ne perde toute sa tête. Avec ses fils, Pierre avait planifié les six derniers mois de sa vie. Justin était revenu de Vancouver pour rester aux côtés de son père à Montréal. Ils s’assoyaient et parlaient souvent.

Une semaine avant que son père ne décède, Trudeau s’est tourné vers son ami Terry DiMonte pour de l’aide. Les deux étaient maintenant amis depuis 10 ans, une amitié que Pierre considérait avec prudence car DiMonte était un membre des médias. Il était animateur radio à une station de rock et adorait parler de politique. Justin adorait le rock et lorsqu’il était adolescent, il avait appelé la station de radio pour gagner un prix.

Six mois plus tard, quand Trudeau avait voulu des billets pour les Rolling Stones, il avait téléphoné à DiMonte. Malgré leurs quatorze ans d’écart, ils sont devenus assez proches. Alors que Trudeau était au début de sa vingtaine, ils passaient leurs après-midis d’été sur la terrasse du Magnan, dans le quartier Pointe-Saint-Charles à Montréal, et parlaient de politique. Quels ministres faisaient du bon travail, devrait-on réduire l’âge minimum pour le droit de vote, quelles actions devaient être prises par rapport à l’environnement. DiMonte affirme qu’il ne léchait pas les bottes de Trudeau et qu’il aimait le voir devenir un adulte. « Quand je trouvais qu’il disait n’importe quoi, je lui disais et je crois qu’il aimait ça »,dit-il en riant.

DiMonte se souvient quand Trudeau, vers la fin de la vingtaine, lui expliquait la rivalité qu’il y avait entre le premier ministre Jean Chrétien et son ministre des finances Paul Martin Jr. Trudeau prédisait qu’il y aurait « une sorte de guerre civile » et que Martin deviendrait premier ministre. Puis, Trudeau aurait prédit à DiMonte que les conservateurs prendrait ensuite le pouvoir parce que la « politique c’est cyclique » et qu’ils demeureraient au pouvoir pour un mandat ou deux, le temps que les libéraux se trouvent un nouveau chef. Et ce serait là qu’il ferait son entrée en politique, aurait-il également affirmé à DiMonte.

« Pourquoi voudrais-tu être candidat si les libéraux ne sont pas au pouvoir? » a demandé DiMonte à Trudeau.

« Parce que je ne voudrai pas être un député pendant qu’ils sont au pouvoir… Ce que tu veux faire, c’est gagner un siège alors que tu n’es qu’un simple député », a répondu Trudeau, selon le souvenir que DiMonte garde de cette conversation.

« Avec mon profil, mon nom de famille, je serais mieux comme simple député. Cela me prendrait du temps pour bien connaître la Colline (parlementaire), apprendre les entrées et les sorties du parti, faire mon chemin à travers les échelons, à travers tout ce qui ce passe au parti et tous les changements qui s’y opèrent. Et pendant que je ferais tout cela, je pourrais aussi me bâtir un réseau à travers le pays. »

DiMonte était abasourdi par la réponse de Trudeau. « J’ai dit : comment tu sais que tout cela va se produire? »

« Eh bien, je ne sais pas, mais si je me fie à la carte politique, et la façon dont les choses fonctionnent dans le temps dans le monde de la politique, c’est ma meilleure hypothèse »,Trudeau avait-il répondu.

Ce soir-là, DiMonte est retourné chez lui persuadé que Trudeau serait un jour premier ministre.

Lorsque Pierre Elliott Trudeau est décédé le 28 septembre 2000, un cirque médiatique a encerclé la maison de la famille sur l’avenue des Pins et Trudeau s’est réfugié chez DiMonte.

« Je ne crois pas que (Justin) était prêt, raconte DiMonte à propos du décès de Pierre Elliott Trudeau. Je pense qu’il y avait encore des choses qu’il voulait partager avec son père. »

Cette semaine-là, Trudeau passait de moments de grande détresse à la planification des funérailles. Un jour, Terry Mosher, le caricaturiste Aislin, est venu lui montrer un dessin qu’il avait fait de Pierre et qu’il voulait publier. Il s’inquiétait du fait que cela pourrait heurter la famille et il voulait s’assurer que Justin était d’accord. Le dessin montrait Pierre pagayant seul dans un canoë, avec un soleil couchant. Lorsque Justin l’a vu, il s’est effondré en larmes.

Le mardi 3 octobre 2000, à la basilique Notre-Dame de Montréal, les funérailles de Pierre Elliott Trudeau ont attiré des dignitaires de partout dans le monde. Parmi ceux-ci : le président cubain Fidel Castro, l’ancien président américain Jimmy Carter, l’Aga Khan, le prince Andrew et le duc de York. Quatre anciens premiers ministres canadiens étaient également présents : Joe Clark, John Turner, Brian Mulroney et Kim Campbell. Leonard Cohen était au service national télévisé, ainsi que plusieurs collègues et amis de Pierre.

Justin avait passé la semaine à travailler sur son panégyrique avec ses amis Butts, DiMonte et quelques autres, mais cela faisait bien plus longtemps qu’il y songeait. « Je savais que ce serait un moment très important pour moi et tout le pays », se souvient Trudeau.

Au service funèbre, il se tenait devant un microphone, une rose rouge sur le revers de son veston, le cercueil de son père sur sa droite.

Il scruta la salle en se mordant la lèvre avant de s’adresser à la foule et de leur raconter, d’une façon un peu théâtrale, que certains qualifieront même plus tard de forcée, la fois où son père et son grand-père Sinclair l’avaient emmené dans son premier voyage, à l’âge de six ans. C’était à Alert, le point le plus septentrional du Canada. Et s’il avait espéré passer plus de temps avec son père lors de ce voyage au pôle Nord, son père avait quand même du travail à faire et Justin s’ennuyait. Il ne comprenait pas l’objectif du voyage, dit-il, jusqu’à ce que, par un après-midi glacé, on l’emmène brusquement dans un Jeep pour une « mission top-secrète ». Ils se rendirent à une bâtisse rouge et on l’éleva au niveau de la fenêtre. Justin a ensuite raconté comment il avait frotté ses manches sur la vitre givrée, au travers de laquelle il aperçut un homme penché sur une table de travail encombrée.

« Il portait un habit rouge avec de la fourrure blanche », Justin a-t-il raconté, les larmes aux yeux. « Et c’est là que j’ai compris combien de pouvoir mon père avait et comment merveilleux il était. » Les dignitaires et les membres de sa famille ont éclaté en rires et en applaudissements.

Tandis que beaucoup de Canadiens ont versé des larmes pendant l’éloge de Trudeau, plusieurs l’ont vu comme une performance politique. Le chroniqueur du Toronto Sun, Peter Worthington, l’a décrit comme un discours néo-politique, mis en scène et calculé par un acteur, un poseur et un exhibitionniste.

En effet, les deniers mots de Trudeau, « Je t’aime, papa », sa lente marche vers le cercueil, comment il penchait sa tête en pleurant, constituaient certainement de bons éléments de télévision. Mais étaient-ils organisés ou sincères?

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Justin Trudeau aux funérailles de son père, 3 octobre 2000, à la basilique Notre-Dame à Montréal.

Les Canadiens se sont rués à la défense de Trudeau. La suggestion selon laquelle la politique aurait joué un rôle dans le discours de Justin choque encore Butts.

« C’est ce genre de chose qui me dérange dans la façon dont les gens pensent à propos de Justin. C’est un être humain. Il faisait l’éloge de son père décédé. Il ne pensait à rien en dehors de cette église. Ce n’était pas le lancement de sa carrière politique. Justin voulait que les gens sachent que son père aimait vraiment ses enfants. C’était le seul but de son discours. »

Trudeau savait que l’éloge ferait parler et attirerait l’attention, mais il ajoute : « Ce n’est pas un discours politique du tout. » Il voulait offrir aux Canadiens de verser leurs dernières larmes, de montrer quel genre de fils son père a élevé. « Peut-être que ça semble plus égoïste que ça ne l’est vraiment, je ne sais pas, mais c’était important pour moi de le faire pour mon père. »

Un mois après les funérailles, Trudeau et Butts ont eu une discussion sérieuse à propos de la candidature de Justin aux prochaines élections. Le premier ministre Jean Chrétien avait fait savoir qu’il y aurait de la place pour le fils de Pierre, s’il était prêt. Mais Justin n’était pas prêt, pas encore.

Par contre, deux ans plus tard, lors d’une entrevue avec le magazine Macleans’s, Trudeau allait révéler ses ultimes intentions.

« Quand ça arrivera, ce sera lorsque mon tour sera venu », avait-il dit à Jonathon Gatehouse. « Mon père était 20 ans plus vieux que moi quand il a fait ses débuts en politique. Je ne veux pas être précipité. »

« Je suis loin d’être un produit fini, avait-il expliqué. Je n’ai encore rien fait, je n’ai rien accompli. Je suis un jeune homme de 30 ans, moyennement charmant, assez intelligent, qui a eu une vie intéressante – un peu comme quelqu’un qui a été élevé par les loups ou une personne qui a cultivé une citrouille géante. »

Au courant de l’année 2003, alors que Butts travaille comme secrétaire politique pour l’ancien chef de l’opposition Libéral Dalton McGuinty, il soupe avec Trudeau chez The Host, un restaurant indien de Toronto.

Trudeau bombarde son ami de questions à propos de la vie politique. « Était-ce endurable? », « Était-ce plein de cynisme et de conneries? », « Comment cela a affecté ta vie privée? » Butts lui répond que c’était faisable s’il le voulait vraiment.

Trudeau savait qu’il fascinait les gens, mais il voulait accomplir quelque chose de sa vie avant de faire le saut en politique : bâtir une compagnie, peut-être, ou obtenir un diplôme en droit, peut-être écrire un livre.

Il ne savait pas trop quoi faire. Après être retourné à Montréal en 2002, il n’avait pas pris le temps d’appliquer pour son certificat d’enseignement du Québec. Il rejoint le conseil d’administration de Katimavik, l’organisme national de bénévolat pour la jeunesse que son père avait fondé en 1977. Il en est ensuite devenu le président en 2003, la même année où il avait délaissé ses études en ingénierie à l’École Polytechnique de Montréal. Il avait commencé une maîtrise en géographie environnementale à McGill à l’été 2005, puis avait ensuite abandonné à l’automne 2006.

Trudeau joue alors avec son statut de célébrité de série B : il prend part à « Canada Reads », le panel littéraire de Radio-Canada en 2003, introduit le dalaï-lama en 2004, travaille pour la station de radio CKAC à Montréal et fait des reportages pendant les jeux olympiques d’Athènes. Il a même joué le rôle de Talbot Mercer Papineau dans la minisérie de 2006 de la CBC, « The Great War » Il a aussi été porte-parole non-rémunéré pour la Société pour la nature et les Parcs du Canada (SNAP) en 2003.

« Il a essayé plusieurs choses, mais s’est rendu compte finalement qu’aucune ne lui apportait de réel plaisir, selon son ami Mathieu Walker. Ce qui se passait, c’est qu’il commençait quelque chose, puis ensuite, son niveau d’attention diminuait, il se lassait un peu. »

Il n’y avait par contre aucun doute à propos de Sophie Grégoire, une personnalité de la télévision avec qui Trudeau est tombé immédiatement amoureux en 2004.

TRADUCTION FRANÇAISE: Sophie Ferrandino

À LIRE:

PARTIE 1 - CHAPITRES 1 ET 2

PARTIE 2 - CHAPITRES 3 ET 4

PARTIE 3 - CHAPITRE 5

PARTIE 4 - CHAPITRE 6

PARTIE 5 - CHAPITRE 7

PARTIE 6 - CHAPITRE 8

PARTIE 7 - CHAPITRES 9 ET 10 - ENTREVUE AVEC JUSTIN TRUDEAU

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