NOUVELLES

Langue de travail: Québec doit adopter la ligne dure, selon le CSLF

06/03/2013 10:34 EST | Actualisé 06/05/2013 05:12 EDT

QUÉBEC - Le gouvernement doit adopter la ligne dure dans son approche, s'il prétend faire du français la langue commune du Québec, conclut un avis formulé au gouvernement Marois par le Conseil supérieur de la langue française (CSLF).

Intitulé «Redynamiser la politique linguistique du Québec», l'avis de 143 pages a été rendu public mercredi à Québec par le président du CSLF, Robert Vézina, partisan d'une «ardeur renouvelée» envers le français.

La publication, assortie de 27 recommandations, survient au moment même où l'Assemblée nationale s'apprête à entreprendre l'étude du projet de loi 14, qui entend renforcer la Charte de la langue française (Loi 101) adoptée en 1977.

Avec cet avis, l'organisme conseil vient en quelque sorte appuyer le gouvernement dans sa démarche et accréditer ses constats, notamment en ce qui touche la nécessaire francisation obligatoire des entreprises de 25 à 49 employés, comme il est inscrit dans le projet de loi 14.

A Montréal, la première ministre Pauline Marois a réagi en se réjouissant de voir que la position du CSLF allait dans le sens de la réforme proposée par son gouvernement.

«Il faut renforcer toutes les mesures qui concernent la langue française», a-t-elle dit en point de presse, en ajoutant qu'il y avait «pas mal de boulot à faire» pour corriger la situation.

Le CSLF se montre particulièrement préoccupé par l'anglicisation accélérée du monde du travail et il exhorte Québec à prendre les moyens nécessaires pour inverser la tendance.

«C'est notre préoccupation principale», a soutenu M. Vézina en conférence de presse, en se disant soucieux de contrer un certain «laissez-aller», une forme de «négligence» qui joue contre l'usage généralisé du français dans certains milieux de travail.

Il rappelle que selon une étude de l'Office québécois de la langue française, parue en 2012, la place du français dans le monde du travail aurait augmenté entre 1971 et 1989, pour reculer par la suite entre 1989 et 2010. De 1989 à 2010, la proportion de personnes travaillant «généralement» en français est passée de 73 à 66 pour cent.

Le CSLF est aussi d'avis que le bilinguisme ne peut ni ne doit devenir une exigence systématique pour décrocher un emploi au Québec.

Le Conseil estime également que Québec devrait faire davantage pour franciser les immigrants, rappelant que beaucoup d'entre eux ont une connaissance de base du français, ce qui ne suffit pas pour s'intégrer au marché du travail.

Or les néo-Québécois vont apprendre le français «s'ils se rendent compte que cette connaissance-là leur est utile et leur permet d'améliorer leur sort», estime M. Vézina.

«Il est temps de passer le flambeau aux néo-Québécois qui eux aussi peuvent, grâce à la langue française, réussir à combler leurs aspirations», selon lui.

Il juge par ailleurs que tous les étudiants qui fréquentent le cégep, que ce soit dans le réseau francophone ou anglophone, devraient avoir acquis une maîtrise du français adéquate au moment de recevoir leur diplôme.

Les cégeps et les universités devraient adopter une politique linguistique et la rendre facilement accessible à tous, juge l'organisme.

De son côté, le gouvernement fédéral devrait faire un effort pour mieux respecter les droits des francophones travaillant au Québec dans des entreprises de compétence fédérale où la Charte de la langue françase ne s'applique pas.

Quant à la langue de l'administration gouvernementale, ce devrait être «uniquement» le français, selon le Conseil, qui demande du même coup au gouvernement de préciser «les cas, les conditions ou les circonstances» où une autre langue pourra être utilisée «en plus» du français.

Même si plusieurs recommandations du Conseil recoupent des articles du projet de loi 14, il est loin d'être acquis que cette refonte de la loi 101 pourra voir le jour, dans un contexte de gouvernement minoritaire.

L'opposition officielle formée par les libéraux s'est déjà affichée contre le projet de loi 14 déposé en décembre et le groupe d'élus de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui détient la balance du pouvoir, semble lui aussi prendre ses distances du projet de loi péquiste.

Mercredi, un porte-parole de la CAQ n'a pas voulu infirmer ou confirmer une information ayant circulé dans les médias et selon laquelle la position du parti sur le projet de loi était arrêtée et que les députés en avaient été informés par lettre.

Le porte-parole du chef François Legault, Jean-François Del Torchio, a parlé d'une simple «ébauche», en précisant que la position du parti serait connue mardi prochain, alors que débutera la commission parlementaire chargée d'étudier ce projet de loi.

Les informations qui ont filtré laissent croire que les 19 députés de la CAQ vont s'opposer aux dispositions les plus controversées du projet de loi, mettant ainsi en péril son adoption.

La CAQ refuserait apparemment d'étendre le processus de francisation aux entreprises de 25 à 49 employés et d'enlever leur statut de ville bilingue aux municipalités ne comptant pas au moins 50 pour cent de citoyens anglophones.

PLUS:pc