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A Chypre, l'immobilier compte sur les Chinois pour sortir de la crise

06/03/2013 04:56 EST | Actualisé 05/05/2013 05:12 EDT

Sites internet et cartes de visite en mandarin, gigantesques idéogrammes sur des panneaux de promoteurs le long de plages méditerranéennes: le secteur immobilier de Chypre, durement touché par la récession, a les yeux tournés vers la Chine.

A la faveur d'une clarification de la loi permettant à un étranger propriétaire d'une maison valant au moins 300.000 euros d'obtenir un droit de séjour permanent, des centaines de ressortissants chinois ont acquis une résidence secondaire sur l'île afin de pouvoir voyager plus librement en Europe.

"Les Chinois achètent ces résidences par le biais d'agents spécialisés dans la délivrance de visas. Ils ne sont pas intéressés par la maison en tant que telle mais par le statut de résident", explique Antonis Loizou, un expert immobilier de l'île.

Chypre fait partie de l'Union européenne mais pas de l'espace Schengen -un Chinois résident permanent à Chypre ne peut donc voyager librement en Europe. Mais "il est beaucoup plus simple d'obtenir des visas européens" lorsqu'on est résident à Chypre, souligne Mme Wuang Hong, installée de longue date sur l'île.

Selon cette cadre des télécommunications, devenue intermédiaire pour des investisseurs chinois, les candidats au permis de séjour sont en majorité des hommes d'affaires, dont la plupart ont acheté des biens sur la côte, notamment à Paphos.

"Certains cherchent à donner un meilleur avenir à leurs enfants, l'environnement est moins pollué ici, et il y a de très bonnes écoles internationales, beaucoup moins chères qu'en Chine", dit Mme Wuang, en évoquant un projet souvent à long terme.

Elle cite l'exemple d'un cadre d'une entreprise étatique originaire de Pékin, avec un revenu annuel confortable de 70.000 euros à 35 ans.

Rares sont ceux qui ont choisi de s'établir pour le moment sur l'île, où le statut de résident ne leur permet pas de travailler, et aucun n'a accepté de répondre à l'AFP.

Il faut dire que ces nouveaux acheteurs, qui tablent sur une hausse des prix de l'immobilier à Chypre, ont souvent dû ruser pour transférer leurs fonds hors de Chine, où la loi interdit en théorie de sortir du pays plus de 50.000 dollars par personne et par an.

Et ils sont réticents à expliquer leurs motivations, qu'il s'agisse de s'assurer une solution de repli politique, de faire un deuxième enfant impunément, ou de profiter de l'hospitalité de banques chypriotes.

Tous les acteurs du secteur assurent qu'il n'y a pas lieu de craindre de blanchiment d'argent. "On ne peut pas pas arriver avec une valise de liquide. L'argent doit venir d'une banque" et l'acheteur doit justifier d'un revenu annuel cohérent, de 30.000 euros minimum, souligne Nick Antoniades, qui préside une société de services aux investisseurs chinois.

A Paphos, désertée par les Britanniques en raison de la crise, le roi du carnaval aura cette année les traits d'un investisseur chinois, en l'honneur de ces nouveaux acheteurs.

"Pour nous, c'est une question de survie", explique Maximos Pantelides, un agent immobilier qui vient de se rendre en Chine soulignant que "les prix ont baissé d'au moins un tiers en quatre ans" et que beaucoup d'agences ont fermé.

Face à la concurrence d'autres pays comme l'Espagne, qui veut également proposer un titre de séjour contre l'achat d'un bien immobilier, Chypre a simplifié mi-2012 les démarches pour obtenir un statut de résident à vie, qui sont désormais "les plus favorables en Europe", souligne M. Antoniades.

Si certains intermédiaires font miroiter à tort à leurs clients un droit de voyager immédiatement dans tout le continent, nombreux sont ceux qui tablent sur le fait que Chypre rejoindra à court terme l'espace Schengen.

Mais, note M. Loizou, comme Malte, Chypre pourrait durcir les conditions d'obtention du statut de résident une fois atteint un certain quota de bénéficiaires.

cnp/cco/sw

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