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Mali: deux photos, un seul homme, deux identités

05/03/2013 10:19 EST | Actualisé 04/05/2013 05:12 EDT
AFP

La première photo, de piètre qualité, a été prise par un téléphone portable. La seconde montre le corps d'un combattant islamiste gisant dans des rochers: deux photos pour un seul homme. Mais si pour la radio RFI, il s'agit de Mokhtar Belmokhtar, pour Paris Match, c'est Abou Zeïd.

Ces photos ont été publiées par des médias français à quelques heures d'intervalle lundi soir et mardi. Et loin de confirmer la mort des deux chefs de guerre islamistes au Mali, elles ajoutent à la confusion sur l'éventuelle mort des deux Algériens.

Que sait-on ? Officiellement, seul le président tchadien Idriss Déby affirme avec aplomb qu'Abou Zeïd, haut responsable d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), et Moktar Belmokhtar, chef d'une branche dissidente d'Aqmi, ont été tués le 22 février et le 2 mars dans des combats avec les soldats tchadiens dans le massif des Ifoghas, dans l'extrême nord-est du Mali, près de la frontière algérienne.

Pour sa part, le gouvernement français a évoqué une mort "probable" d'Abou Zeïd, mais insiste sur l'absence de preuves.

Et sous couvert d'anonymat, un jihadiste d'Aqmi avait déclaré lundi qu'Abou Zeïd était mort mais a démenti le décès de Mokhtar Belmokhtar, selon l'agence mauritanienne d'informations en ligne Sahara Médias (privée).

Lundi soir, la radio française RFI a alors publié sur son site internet "la photo qui fait dire au Tchad que Belmokhtar est mort".

Le cliché reprend celui montré sur un téléphone portable par des militaires tchadiens revenant du front à l'envoyé spécial de RFI à Tessalit, dans le nord-est du Mali, Madjiasra Nako.

Les soldats tchadiens lui ont affirmé que le corps avait été photographié par leurs soins et qu'il est bien celui de Belmokhtar, surnommé "Le Borgne", qui aurait été tué dans la vallée d'Ametetai.

"Aucune confirmation définitive"

Selon RFI, c'est cette photo qui a déterminé les autorités tchadiennes à annoncer la mort au combat du chef islamiste, qui a mené une prise d'otages massive et sanguinaire en janvier sur un site gazier du sud de l'Algérie, In Amenas.

Sur le cliché, l'homme est en treillis. Son visage est maculé de sang.

RFI souligne qu'"il n'y a toutefois aucune confirmation définitive que cette image est bien celle du jihadiste".

Mais quelques heures plus tard, l'hebdomadaire français Paris Match publiait à son tour une photo: "Abou Zeïd. La photo qui confirme sa mort".

Problème: la photo, de qualité moyenne et prise le 2 mars par un "officier tchadien", montre apparemment le même homme que sur la photo de RFI.

Un homme en treillis, portant une montre au poignet droit et gisant contre un rocher. L'homme porte une barbe noire dont l'extrémité est parsemée de poils gris et blancs. Une pièce de tissu bleu recouvre son front et son crâne. Le haut du visage, notamment l'oeil gauche, est maculé de sang.

"Quand j'ai vu la photo, je l'ai reconnu immédiatement. C'était bien Abou Zeïd", affirme le journaliste tchadien Abdelnasser Garboa, travaillant pour Paris Match et cité par son média.

Qui a raison de RFI ou de Paris Match ? Impossible à dire. L'homme sur les photos est de toute évidence le même. L'AFP a obtenu des photos de cet homme. Mais il est difficile de dire s'il s'agit de Zeïd, de Belmokhtar, ou d'un autre combattant.

Pour le journaliste algérien Mohamed Mokkedem, spécialiste des milieux islamistes, qui avait été le premier à révéler fin 2010 dans un livre la véritable identité d'Abou Zeïd, Mohamed Ghadir, il s'agit bien d'Abou Zeïd.

"Je n'ai aucun doute: pour moi c'est la photo d'Abou Zeïd dans les deux cas (la photo de RFI et celle de Paris Match). Ceux qui disent que c'est Belmokhtar se trompent", a-t-il assuré à l'AFP.

Interrogés par l'AFP, les deux médias plaident la bonne foi.

L'envoyé spécial de RFI "a posé la question à l'état-major tchadien, qui lui a confirmé" qu'il s'agissait de Belmokhtar. "C'est l'armée tchadienne qui dit que c'est lui. Nous n'avons jamais dit que c'était lui", se défend Christophe Champin, directeur général adjoint en charge des nouveaux médias.

Pour sa part, Paris Match assure avoir "recoupé plusieurs sources".

"On ne s'est même pas posé la question de savoir si c'était Abou Zeïd ou non", dit Caroline Mangez, rédactrice en chef Actualité du titre.

"On reconnaît clairement sa physionomie et certains détails vestimentaires. La photo a été prise dans son fief (...). Des prélèvements ADN auraient été faits sur ce corps, selon l'armée tchadienne", selon elle.

"Tous ces recoupements corroborent la version selon laquelle c'est Abou Zeïd", conclut la journaliste.