NOUVELLES

Menahem Frouman, le rabbin-colon qui croyait à la paix avec le Hamas

05/03/2013 03:00 EST | Actualisé 04/05/2013 05:12 EDT

Le rabbin Menahem Frouman, personnalité hors normes, l'un des rares Israéliens à avoir dialogué avec les islamistes du Hamas, a été inhumé mardi dans sa colonie de Tekoa, en présence de milliers de personnes.

Ardent militant de la paix, Menahem Frouman, rabbin de Tekoa, près de Bethléem, en Cisjordanie, qui s'est éteint lundi à l'âge de 68 ans, était convaincu de la possibilité d'un accord de paix avec les Palestiniens, y compris avec le Hamas, sur la base d'ententes religieuses mutuelles.

Avec sa longue barbe blanche et son rire communicatif, ce père de 10 enfants, qui écrivait des poèmes à ses heures perdues rêvait de voir la paix s'établir avec ses voisins palestiniens.

Son ami Ibrahim Abou al-Hawa, un Palestinien de Jérusalem-Est venu aux obsèques a confié à l'AFP "que le rabbin Frouman était comme un frère".

La foule a entonné à plusieurs reprises des mélodies juives et a fait une ovation au défunt pendant plusieurs minutes.

Plusieurs députés israéliens étaient présents, ainsi que le ministre des Affaires stratégiques Moshé Yaalon qui a décrit dans un discours le disparu comme "un visionnaire qui aimait la paix et la recherchait".

Un message de condoléances du président de l'Etat Shimon Peres a été lu, saluant "le rabbin Frouman qui voyait en chacun un ami et savait trouver le chemin vers le coeur des ennemis les plus acharnés".

Au fil des années, le rabbin avait multiplié les rencontres controversées dans son camp avec des personnalités palestiniennes.

Il avait ainsi rendu visite au dirigeant historique palestinien Yasser Arafat, décédé en novembre 2004, et au chef spirituel et fondateur du Hamas, cheikh Ahmad Yassine, tué dans un raid aérien israélien en mars 2004.

Il avait également rencontré le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan après l'assaut israélien contre une flottille pro-palestinienne tentant de briser le blocus de Gaza, qui avait coûté la vie à neuf passagers turcs, afin de tenter de réconcilier les deux pays.

Ces contacts lui avaient valu des menaces de certains colons, qui le considéraient comme un "fou", quand ils ne le qualifiaient pas de "traître".

Selon le rabbin Frouman, Israël et les Palestiniens étaient les seuls à pouvoir "jeter un pont" entre civilisations occidentale et islamique.

Il considérait comme "impossible de conclure la paix sans prendre en considération les questions religieuses, car ceux qui ont tenté ce pari impossible ont tous échoué".

Pour cet amoureux de la terre d'Israël, la possibilité de continuer de vivre à Tekoa, même dans le cadre d'un Etat palestinien, était une alternative aux projets d'évacuation des colonies en cas d'"échange de la terre contre la paix".

Enseignant dans divers établissements talmudiques, il prônait un judaïsme à la fois orthodoxe et ouvert vers le monde laïc.

Il était également très actif dans le dialogue interreligieux et avait notamment organisé des rencontres entre des rabbins et des dirigeants religieux chrétiens, musulmans et bouddhistes.

Fondateur du mouvement pacifiste Eretz Shalom, composé de colons et de Palestiniens, il avait déclaré, après avoir appris être atteint d'une maladie incurable en 2010, "vouloir consacrer ses dernières forces à la paix".

mib/dms/sst/hj

PLUS:afp