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La mort de soldats syriens risque d'entraîner l'Irak dans le conflit syrien

05/03/2013 08:51 EST | Actualisé 05/05/2013 05:12 EDT

L'embuscade qui a coûté la vie à 48 soldats syriens sur le territoire irakien, mettant en péril la fragile neutralité que l'Irak a tenté de préserver jusque là, risque d'entraîner Bagdad dans le conflit qui fait rage en Syrie depuis bientôt deux ans.

Un convoi transportant des soldats syriens blessés, qui s'étaient réfugiés en Irak, a été attaqué lundi alors qu'il traversait la province d'al Anbar (ouest), en direction de la frontière, pour être rendus à la Syrie "par les canaux officiels" a indiqué le ministère irakien de la Défense.

Quarante-huit soldats syriens et neuf gardes irakiens qui les escortaient ont été tués, selon le ministère.

Face à la guerre civile qui embrase son voisin syrien, Bagdad s'est jusque là refusé à appeler au départ du président syrien Bachar al-Assad, que les rebelles veulent renverser, se contentant d'appeler à la fin des violences.

Le conflit peut avoir des échos dangereux à l'intérieur même de la société irakienne.

Les habitants sunnites de la province d'al Anbar ont de forts liens tribaux, familiaux et commerciaux avec les habitants de l'est de la Syrie, dont certains sont des rebelles, eux aussi principalement sunnites. Le gouvernement, dominé par les chiites et proche de l'Iran, a résisté aux pressions occidentales pour désavouer Assad.

"Si l'Irak s'implique dans le conflit syrien, c'est le début assuré d'une explosion majeure de violences confessionnelles" dans le pays, estime l'analyste politique Ihsan al-Shammari.

Mais l'embuscade, dernier en date des débordements du conflit syrien en territoire irakien, met en évidence la fragilité des efforts de Bagdad pour rester en dehors de la mêlée.

La crise syrienne "est un conflit avec des implications régionales" qui risque d'avoir un impact fort sur les pays composés de multiples ethnies et confessions, notamment l'Irak et le Liban, souligne l'analyste politique Hamid Fadhel.

L'embuscade va "envoyer un message clair à tous les Irakiens que ce qui se passe en Syrie" s'est étendu concrètement à l'Irak selon lui.

John Drake, spécialiste de l'Irak pour la société d'évaluation des risques AKE, estime que cette attaque peut accélérer la contagion du conflit syrien.

"Si l'attaque a effectivement été menée par des rebelles syriens, il s'agirait de leur plus importante incursion en territoire irakien depuis le début des combats en Syrie" souligne M. Drake, évoquant néanmoins la possibilité que l'attaque ait été "menée avec au moins un peu de soutien de ressortissants irakiens".

"Le fait que les victimes (syriennes NDLR) soient entrées en Irak pour s'y mettre en sécurité pourrait amener les rebelles syriens à considérer l'Irak et les intérêts irakiens comme une menace potentielle pour leur lutte" a souligné M. Drake.

"Cela pourrait mener certains groupes anti-Assad, parmi les plus radicaux, à être davantage enclins à attaquer l'Etat irakien", a-t-il estimé.

Dimanche, 24 heures avant l'embuscade, une importante composante de l'opposition syrienne a accusé Bagdad d'avoir élevé son niveau d'"ingérence" en Syrie et "d'attaquer le peuple syrien".

Bagdad est pris en étau, notamment entre l'Iran, son voisin à l'est, qui soutient Assad, et les Etats-Unis, avec qui Bagdad entretient également de bonnes relations et qui ont appelé au départ du président syrien, tout comme de nombreux Etats arabes.

Les réactions officielles à l'embuscade de lundi indiquent que les autorités irakiennes craignent une contagion du conflit syrien.

Le ministère de la Défense a pointé du doigt "un groupe terroriste qui s'est infiltré en territoire irakien depuis la Syrie", dénonçant "une attaque contre la souveraineté de l'Irak".

Le porte-parole du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, a exprimé des inquiétudes similaires, soulignant que "certains tentent de propager la crise syrienne en Irak, mais nous ferons face à ces tentatives d'où qu'elles viennent avec toute notre force".

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