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Ouverture aux Emirats du procès de 94 islamistes accusés de complot

04/03/2013 05:11 EST | Actualisé 03/05/2013 05:12 EDT

Plus de 80 islamistes accusés de complot pour renverser le régime ont comparu lundi devant la Cour suprême fédérale à Abou Dhabi, dans le plus grand procès de l'histoire des Emirats arabes unis, un pays du Golfe resté à l'abri de la contestation ayant secoué le monde arabe.

Le procès s'est tenu en l'absence des représentants de la presse internationale et de défenseurs des droits de l'Homme, interdits par les autorités.

Au total, 84 accusés ont comparu devant la cour de sécurité de l'Etat, qui relève de la Cour suprême fédérale, alors que dix sont jugés par contumace, selon un communiqué du ministère de la Justice diffusé par l'agence officielle Wam. Treize femmes figurent parmi les accusés.

Ces islamistes, arrêtés entre mars et décembre 2012, sont membres ou proches d'Al-Islah, un groupe dans la mouvance des Frères musulmans aux Emirats où les partis politiques sont interdits.

Parmi eux figurent deux avocats spécialisés dans les droits de l'Homme, Mohammed al-Roken et Mohammed al-Mansouri, des juges, des professeurs et des étudiants.

Des proches de ces islamistes autorisés à assister à l'ouverture du procès ont indiqué sur Twitter que les accusés ont plaidé non coupables.

Cinq des prévenus ont affirmé avoir été torturés, et le juge a demandé l'hospitalisation de quatre des accusés qui doivent être opérés, selon des proches.

Les prévenus sont poursuivis pour "appartenance à une organisation secrète illégale ayant pour objectif de s'opposer aux fondements du régime politique dans le pays et de prendre le pouvoir", et pour avoir pris contact avec "des parties et des groupes étrangers afin d'exécuter ce plan", selon l'agence.

Ils risquent jusqu'à 15 ans de prison.

La prochaine audience a été fixée au 11 mars.

Amnesty International a indiqué que les Emirats avaient interdit l'entrée dans le pays à l'un de ses observateurs, l'avocat koweïtien Ahmad al-Dhafeeri, pour assister au procès, "ce qui soulève de sérieux doutes sur sa transparence".

La même interdiction a frappé la Suissesse Noémie Crottaz, représentante de l'ONG Alkarama Foundation, basée à Genève, a indiqué Amnesty International.

Human Rights Watch (HRW) a de son côté appelé le secrétaire d'Etat américain John Kerry, attendu aux Emirats en soirée, à "demander aux autorités de mettre fin à ces pratiques honteuses et d'assurer un procès équitable aux 94 activistes".

La presse locale a été autorisée à assister à l'audience, ainsi que des représentants d'organisations pro-gouvernementales de défense des droits de l'Homme, mais pas les représentants des médias internationaux.

Parallèlement au procès, les arrestations se poursuivent parmi les sympathisants d'Al-Islah, a indiqué le groupe sur son site internet, faisant état de sept interpellations ces derniers jours.

Outre les islamistes locaux, les autorités émiraties ont arrêté entre le 21 novembre et le 7 janvier 13 islamistes égyptiens. Ils sont accusés, selon la presse, de diriger une cellule liée aux Frères musulmans qui recrutait des expatriés égyptiens, recueillait des informations sensibles et envoyait illégalement des fonds à la confrérie au pouvoir en Egypte.

Le chef de la police de Dubaï, le général Dhahi Khalfane, avait ouvertement accusé les Frères musulmans de comploter pour renverser les monarchies arabes du Golfe.

Al-Islah a cependant démenti avoir une aile militaire et recevoir des financements de l'étranger pour instaurer un régime islamiste.

La fédération des Emirats arabes unis, l'un des pays les plus riches du monde, a été épargnée par la vague de contestation populaire qui a secoué le monde arabe.

Mais les autorités ont multiplié les arrestations de militants. En novembre 2011, le chef de l'Etat avait gracié cinq militants pro-démocratie condamnés à des peines de prison pour avoir "humilié" les dirigeants du pays.

Certains étaient signataires d'une pétition réclamant des réformes politiques, dont l'élection au suffrage direct et l'élargissement des pouvoirs du Conseil national fédéral, une instance consultative sans réels pouvoirs.

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