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La mobilisation contre la disparition du Mur de Berlin prend de l'ampleur

03/03/2013 01:19 EST | Actualisé 03/05/2013 05:12 EDT

La mobilisation pour sauver un vestige du Mur de Berlin a pris de l'ampleur dimanche, jusqu'à 6.000 personnes manifestant pour tenter de protéger ce symbole honni de la Guerre froide devenu une attraction touristique majeure, menacé par des projets d'urbanisme.

Les protestataires se sont rassemblés devant l'East Side Gallery pour manifester contre la disparition d'une partie de ce tronçon d'1,3 kilomètre du Mur décoré d'une centaine de fresques peintes par des artistes du monde entier.

Vendredi, quelques centaines de personnes s'étaient déjà réunies devant ce qui constitue le plus grand et l'un des rares restes du "Mur de protection anti-fasciste", selon son nom est-allemand officiel, qui a divisé la ville du 13 août 1961 au 9 novembre 1989.

Les manifestants brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "Indignez-vous !", "L'argent fait tomber le Mur!". Et près de 24 ans après les manifestations pacifiques en RDA qui avaient conduit à la chute du Mur, ils ont également détourné l'un des slogans de l'automne 1989: "Le Mur doit tomber!" par "Le Mur doit rester!".

"Je ne peux et ne veux tolérer que le peu de restes du Mur de Berlin encore debout soient endommagés", s'est exclamé le député Vert, Hans-Christian Ströbele, élu du quartier.

"Si j'étais (Barack) Obama (le président américain), je dirais à (Klaus) Wowereit (le maire de Berlin): 'gardez le Mur tel qu'il est érigé !", a lancé à la foule le DJ Dr. Motte, figure légendaire des nuits berlinoises et fondateur après la chute du Mur du grand rendez-vous techno Loveparade.

Il faisait ainsi allusion à l'injonction "Abattez ce Mur !" de l'ancien président américain Ronald Reagan à l'intention du numéro un soviétique Mikhaïl Gorbatchev en 1987.

Dans la foule, certains expliquaient l'importance de cette galerie à ciel ouvert pour rappeler aux nouvelles générations la division de l'Allemagne et de l'Europe après la Seconde guerre mondiale.

Une pétition sur l'Internet a déjà réuni plus de 55.000 signatures tandis que plusieurs journaux locaux ont affiché en Une des photos de l'ouverture du Mur en 1989 et du percement des vestiges ces derniers jours.

L'Association des victimes de la dictature en RDA a également rappelé que "plusieurs personnes" avaient trouvé la mort en tentant de passer à l'Ouest à cet endroit et invité la ville à revoir ses projets urbains.

La destruction partielle de l'East Side Gallery vise à la mise en place d'un accès direct à une tour d'habitation de grand luxe de 63 mètres de haut qui doit prochainement sortir de terre sur les berges de la Spree, la rivière qui traverse Berlin et qui marqua la frontière entre Berlin-Ouest et Berlin-Est.

La Ville veut en outre assurer l'accès à un pont pour piétons et cyclistes qui devrait enjamber la Spree d'ici 2015. Une deuxième percée est même envisagée.

Les travaux d'aménagement en vue du projet immobilier doivent se poursuivre lundi, a dit le promoteur, Maik Uwe Hinkel.

L'East Side Gallery, le long d'une avenue sans âme où vrombissent camions et berlines, aligne des pans de béton de 3,6 mètres de hauteur ornés de fresques et est devenue l'une des attractions touristiques majeures de la capitale allemande avec quelque 1,5 million de visiteurs par an.

Or, du Mur il ne reste plus grand chose: à peine 3 kilomètres sur les 155 kilomètres de béton qui encerclaient Berlin-Ouest.

Parmi les fresques les plus connues de l'East Side Gallery: le "Baiser fraternel" entre les dirigeants soviétique Brejnev et est-allemand Honecker, ou les têtes multicolores de l'artiste français Thierry Noir.

Certains Berlinois accusent la capitale, très endettée, de brader ses derniers terrains à des sociétés immobilières avides de gains, mais Berlin réplique que la parcelle où doit être construit le nouvel immeuble de grand luxe a été vendue dès le début des années 90.

yap/fjb/dro

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