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Keystone XL : pas plus dommageable que les autres modes de transport, selon un rapport américain

01/03/2013 03:38 EST | Actualisé 01/05/2013 05:12 EDT
AP File
FILE - This Oct. 13, 2010, file photo shows the Sandhills near Mills, Neb., an environmentally sensitive area which TransCanada had planned to build a pipeline through to transport crude oil from Canada to the Gulf Coast. The company said Wednesday, Sept. 5, 2012, it has revised the Keystone XL pipeline route to minimize the potential impact on the Sandhills region and avoids two small city well fields.(AP Photo/Nati Harnik, File)

WASHINGTON - L'oléoduc Keystone XL de TransCanada (TSX:TRP), n'aura pas d'impact majeur sur le développement des sables bitumineux en Alberta, a affirmé le département d'État américain vendredi, un verdict crucial qui pourrait rendre plus facile l'approbation du controversé projet par la Maison-Blanche.

Il est peu probable que l'oléoduc affecte de façon significative la cadence du développement des sables bitumineux ou la demande de pétrole brut lourd aux États-Unis, a déclaré un responsable du département d'État aux médias vendredi, quelques minutes après la publication d'une ébauche du rapport, document fort attendu des deux côtés de la frontière.

Le Canada développera ses sables bitumineux «avec ou sans le projet proposé», selon l'analyse du département d'État.

Le ministre des Ressources naturelles du Canada, Joe Oliver, n'a pas commenté le rapport, précisant que le gouvernement le révisait.

Le pipeline — un projet de 7 milliards $ qui transporterait le bitume de l'Alberta à travers six États américains jusqu'aux raffineries du Golfe du Mexique — ne semble pas non plus poser de plus grands risques à l'environnement que d'autres moyens de transport, a indiqué Kerri-Ann Jones, secrétaire adjointe au département.

Le président américain Barack Obama a rejeté la demande initiale de permis de TransCanada l'an dernier, à cause de préoccupations sur l'itinéraire de l'oléoduc, qui aurait traversé un réservoir aquifère au Nebraska. Il a invité l'entreprise de Calgary à soumettre une nouvelle demande avec un itinéraire différent, ce que TransCanada a fait l'automne dernier. Le département d'État a maintenant donné son aval à ce nouvel itinéraire, malgré des allégations d'environnementalistes selon lesquelles les risques pour la région des Sand Hills de cet État demeurent importants.

Le long document rendu public vendredi indique que même si le nouveau parcours de l'oléoduc est moins long de 815 kilomètres (509 milles) par rapport au tracé initial, le nouveau trajet serait prolongé d'environ 34 km (21 milles) au Nebraska pour éviter de passer par des lieux à l'environnement délicat, dont la région des Sand Hills.

Avec ces conclusions, TransCanada vient de surmonter un obstacle majeur dans ses démarches pour obtenir l'approbation rapide de l'administration Obama.

Par contre, le rapport ne contient pas que des bonnes nouvelles pour l'entreprise albertaine.

Le document soulève des doutes sur l'argument le plus fort en faveur de l'oléoduc: qu'il aiderait les États-Unis à combler ses besoins énergétiques.

L'analyse du département d'État soutient plutôt que la croissance du transport ferroviaire de pétrole de l'Ouest canadien et des Grandes Plaines américaines pourrait fournir amplement d'énergie aux États-Unis au cours de la prochaine décennie, que le pipeline soit construit ou non.

Elle donne aussi une estimation beaucoup plus modérée du nombre d'emplois qui seraient créés par Keystone XL. Les défenseurs du projet ont prédit un boom d'embauches, et certains Républicains ont même chiffré à des centaines de milliers le nombre d'emplois créés.

Mais selon le rapport, la construction de l'oléoduc ne créerait que 42 100 emplois pendant la période de construction d'un à deux ans, avec une somme des salaires de 2 milliards $, et il ne resterait que 35 emplois permanents et temporaires une fois l'oléoduc devenu opérationnel.

Le président et chef de la direction de TransCanada, Russ Girling, s'est dit d'accord avec le département d'État sur la conclusion la plus importante du rapport, que le Canada continuera de développer les sables bitumineux peu importe si Keystone XL voit le jour ou non.

«C'est le marché qui déterminera ce qui est produit et ce qui est raffiné. Le pétrole fera son chemin jusqu'à la côte du Golfe», a-t-il déclaré à Calgary, ajoutant «qu'un oléoduc était la façon la plus sécuritaire et la plus efficace de transporter le pétrole vers les marchés».

La première ministre de l'Alberta, Alison Redford, a déclaré qu'elle était satisfaite des conclusions du département d'État, disant que l'ébauche d'analyse représentait un progrès réel dans la longue route vers l'approbation du projet. Elle a ajouté qu'elle avait confiance que le président Obama prendrait sa décision sur la base «de la science et des faits».

Le département d'État américain tiendra maintenant des audiences publiques pendant 45 jours sur les conclusions de cette ébauche, ce que la secrétaire adjointe Kerri-Ann Jones a réitéré plusieurs fois pendant la conférence téléphonique avec les médias.

Pour cette raison, le rapport ne devrait pas être perçu comme étant le dernier mot du département d'État sur Keystone XL.

«Le document ne va pas dans un sens ou l'autre et ne prend pas de décision sur ce qui devrait arriver avec ce projet», a affirmé Mme Jones.

«Nous ne sommes pas à ce stade dans le processus... Nous regardons cela très objectivement, nous voulons nous assurer de servir les meilleurs intérêts de notre pays, alors nous regardons les choses de manière approfondie et nous attendons que les gens commentent et nous donnent leurs réactions», a-t-elle insisté.

Ces commentaires n'ont pas rassuré les environnementalistes qui s'opposent depuis des années au projet, symbole pour eux du «pétrole sale». Ils soutiennent que l'oléoduc comporte des risques importants pour les communautés ainsi que pour la faune et flore se trouvant sur son trajet.

Bill McKibben, qui est à la tête du groupe environnemental 350.org, a qualifié le rapport de «stupéfiant».

Selon lui, le département d'État — qui a la responsabilité d'analyser le projet puisqu'il traverse une frontière internationale — fait erreur lorsqu'il affirme que l'oléoduc ne provoquera pas davantage de développement des sables bitumineux. Cette conclusion, soutient le militant, va à l'encontre de ce qu'affirment des scientifiques de partout au monde.

«Tous ceux qui lisent des publications sur le sujet au Canada, tous ceux qui font attention aux finances, savent que s'ils ne l'obtiennent pas, ils ne développeront pas les sables bitumineux autant qu'ils le veulent», a déclaré M. McKibben.

«Nous avons espoir que le président Obama et le secrétaire d'État (John) Kerry viendront à la conclusion que les bureaucrates ont fait un piètre travail dans ce cas», a-t-il ajouté.

MM. Obama et Kerry ont tous les deux donné espoir aux environnementalistes que Keystone pourrait être refusé, compte tenu de leurs engagements sur la lutte aux changements climatiques.

C'est M. Obama qui, lui seul, décidera du sort du pipeline. Sa décision ne pourrait toutefois pas survenir avant plusieurs mois.

Le département d'État devra répondre aux commentaires du public sur l'ébauche de son analyse avant de compléter le rapport. Des responsables devront également examiner séparément si Keystone XL est dans l'intérêt des États-Unis.

Terry Lee, un membre du Congrès du Nebraska, s'est dit ravi que le projet aille de l'avant, mais peu convaincu que l'on en vienne à une conclusion sous peu.

«En 2010, nous sommes passés par ce processus et il s'est écoulé plus d'un an entre l'ébauche du rapport d'impact environnemental du département d'État et l'ébauche du rapport supplémentaire ... j'ai zéro confiance que ce processus ira de l'avant de façon opportune. Nous sommes déjà allés à ce rodéo», a-t-il déclaré dans un communiqué.

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