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Avant le Conclave, le gouvernement de l'Eglise au centre des critiques

01/03/2013 11:20 EST | Actualisé 01/05/2013 05:12 EDT

Benoît XVI redevenu "simple pèlerin", la recherche de son successeur à la tête de l'Eglise commence, tandis que les langues se délient parmi les cardinaux pour critiquer le gouvernement de l'Eglise ainsi qu'une démission historique souvent mal comprise.

Alors que la plupart de 115 cardinaux électeurs (moins de 80 ans) sont déjà arrivés pour saluer celui qui n'est désormais plus que "pape émérite", le doyen des princes de l'Eglise, le cardinal Angelo Sodano, a envoyé des convocations pour les premières réunions préparatoires, les "congrégations générales", lundi dans la salle du synode.

C'est lors de ces réunions que sera décidée la date du prochaine conclave, sans doute après le 10 mars, selon les estimations, avec l'objectif d'élire un pape à temps pour qu'il préside les cérémonies de Pâques, la plus grande fête des chrétiens.

Pour l'heure, le conclave est très ouvert et il n'y a pas de consensus sur un nom: Benoît XVI, en partant, "n'a pas laissé de message subliminal", a commenté le cardinal capucin américain et "papabile" Sean O'Malley, jeudi soir à Rome.

Mais ces congrégations générales, à huis clos, sont aussi l'occasion de mettre franchement les problèmes sur la table.... Ce qui risque de prendre du temps, selon plusieurs vaticanistes.

Ces derniers jours, plusieurs cardinaux --de Belgique et d'Australie-- ont déjà exprimé tout haut ce que nombre de leur pairs pensent tout bas: leur ras-le-bol face à la gestion de la Curie romaine.

L'affaire "Valileaks" en 2012 a été ressentie comme le produit d'une querelle entre Italiens, qui continuent de dominer le gouvernement de l'Eglise.

Très respecté pour son message religieux, le pape sortant est critiqué pour ne pas avoir été un bon administrateur et ne pas avoir su trancher les querelles intestines.

Son successeur devra "prendre la Curie en mains", a estimé mercredi le cardinal belge Godfried Danneels.

"Un organe exécutif a toujours plus ou moins tendance à devenir législatif, à prendre le pouvoir en main. Il y a quelqu'un qui doit pouvoir y remédier", a estimé l'ancien primat de Belgique, qui a appelé à une plus grande "décentralisation" afin qu'émerge une "culture du débat (...) presque absente".

Selon Mgr Danneels, le souverain pontife devrait être entouré d'un "conseil de la couronne" composé d'évêques et de cardinaux "venus de tous les continents", un endroit "où l'on peut parler de tout".

Un cardinal électeur à la retraite, interrogé par l'AFP, souligne que le Concile Vatican II avait donné des "instruments" pour une gestion collégiale mais qu'ils sont tombés peu à peu en désuétude.

Benoît XVI "était de tempérament solitaire, il s'est isolé. Il réunissait rarement son conseil restreint, et c'était juste formel", a-t-il déploré.

Le chef de l'Eglise catholique d'Australie, George Pell, a estimé lui aussi que "le gouvernement n'était pas (le) point fort" de Benoît XVI.

"Je pense que le gouvernement (du Vatican) est assuré par la plupart des gens entourant le pape et ça n'a pas toujours été brillant. Je ne révèle rien, c'est une opinion largement partagée", a souligné le cardinal. Pour lui, le successeur "devra être capable d'élever la morale de la Curie romaine, et peut-être y renforcer la discipline".

Les dernières pseudo-révélations sur un "lobby gay", objet de racket au Vatican, renforcent encore ce sentiment des prélats non romains.

Vendredi, l'éditorialiste de l'Osservatore Romano, l'historienne Lucetta Scaraffia, est allée dans le même sens: il faut au Vatican "non une réforme institutionnelle, mais une réforme morale, qui va primer la méritocratie et la vraie humilité".

Soumis à de vives critiques dans l'opinion pour leur gestion de la crise pédophile, ces cardinaux occidentaux voient les intrigues au Vatican avec d'autant plus d'aigreur.

Le camp des occidentaux, américains en tête, devrait pousser fort à une réforme énergique de la Curie et pourrait barrer la route des Italiens.

Mgr George Pell a également critiqué la démission de Benoît XVI qui selon lui établit une "rupture un peu déstabilisante".

"Ceux qui, par exemple, seraient en désaccord avec un futur pape, seront tentés de lancer une campagne pour le pousser à la démission", a-t-il estimé.

Selon des sources vaticanes, nombre de prélats ont mal compris cette décision, la vivant un peu comme un "lâchage". C'est pourquoi Benoît XVI s'est expliqué plusieurs fois sur les raisons de sa démission.

"Le choc pour les traditionalistes est comme celui des Japonais qui découvraient en 1945 que Hirohito n'était pas Dieu", a commenté le vaticaniste Marco Politi dans le Fatto Quotidiano.

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